A LA UNE Actualités ENTRETIENS Ligue 2

Grand entretien – Mamadou Ngom Niang : « Guelwaars est déjà prêt pour la Ligue 1 »

Dans cet entretien exclusif, Mamadou Ngom Niang, président de Guelwaars et nouveau patron de la Ligue régionale de Fatick, revient en détail sur la réussite fulgurante de son club, les clés de la montée en Ligue 2, et ses projets ambitieux pour le football local. Entre gestion rigoureuse, formation et développement régional, il partage sa vision claire pour hisser Fatick parmi les grandes régions du football sénégalais.

Du terrain à la direction, Mamadou Ngom Niang vit une année charnière. Après avoir mené son club, Guelewaar, à une promotion historique en Ligue 2, il prend les rênes de la Ligue régionale de football de Fatick. Une double mission qu’il aborde avec une vision claire : bâtir sur les succès passés pour propulser le football local vers de nouveaux sommets.

Entretien.

Quelles ont été les clés de la montée historique de Guelewaar cette saison ?

Je pense que c’est simplement le travail. Pour atteindre notre objectif d’accéder à la Ligue 2, nous avons misé sur un recrutement de qualité. Nous avons des joueurs qui pourraient même évoluer en Ligue 1. Nous avons d’ailleurs failli battre Génération Foot en demi-finale de la Coupe du Sénégal, et nous avons dominé des équipes de Ligue 1 et Ligue 2. Notre effectif, bien que nous soyons en National 1, a un niveau Ligue 2 sénégalaise.

Nous avons également recruté des staffs techniques compétents, avec des entraîneurs titulaires au moins de la licence B-CAF. Nous avons été très rigoureux dans la sélection des joueurs. Tout cela, combiné à un programme d’entraînement et de formation solide – car nous sommes encore une jeune académie – a conduit à notre accession en Ligue 2. Nous avons fait une seule année en National 1, alors que nous avions prévu deux ans. En seulement quatre ans, Guelewaar est passé d’une nouvelle équipe à l’élite du football sénégalais.

Quels ont été les moments les plus difficiles ou les plus décisifs de ce parcours ?

Les moments les plus difficiles ont été peut-être la séparation avec certains de nos joueurs. Étant très exigeants dans le recrutement, nous devons parfois nous séparer de joueurs, même attachés au club, pour renforcer l’équipe sur des postes clés. C’est toujours une étape délicate.

L’autre difficulté a été les longs déplacements. Notre poule comprenait six équipes dans la zone sud, ce qui impliquait des déplacements lointains et exigeants. Mais Dieu merci, nous avons su surmonter ces défis.

Quant aux moments de gloire, l’accession en Ligue 2 est le principal, car c’était l’objectif final. Bien que la Coupe du Sénégal n’ait pas été un objectif, atteindre les demi-finales est une performance notable. Notre équipe cadette a également atteint la finale de la Coupe du Sénégal. Cela montre que Guelewaar est véritablement entré dans l’élite du football sénégalais.

« Nous ne venons pas en Ligue 2 pour faire de la figuration. Notre ambition est de jouer les premiers rôles, c’est-à-dire de figurer parmi les trois premières équipes de Ligue 2 »

Aujourd’hui, quel est votre objectif pour la saison prochaine en Ligue 2 : le maintien ou visez-vous plus haut, à l’instar de clubs promus comme Wally Daan et Ajel ?

Nous allons étudier attentivement l’objectif assigné au staff technique pour l’année prochaine. Nous pouvons nous inspirer de ces équipes que vous avez citées, ainsi que de Cambérène, qui a réussi deux montées consécutives . Nous ne venons pas en Ligue 2 pour faire de la figuration. Notre ambition est de jouer les premiers rôles, c’est-à-dire de figurer parmi les trois premières équipes de Ligue 2. Si nous y parvenons, nous pourrons légitimement viser la montée en Ligue 1.

Nous ne mettons pas de pression excessive sur le staff technique pour le maintien ou la montée, mais en tant qu’académie, nous abordons chaque match avec l’objectif de le gagner. Si tout se passe comme prévu, nous devrions normalement être en Ligue 1 l’année prochaine.

Quels changements prévoyez-vous pour renforcer l’équipe en vue de la Ligue 2 ?

Nous travaillons constamment à renforcer toutes nos catégories : U17, U20 et seniors. Chaque année, nous effectuons un rapport technique pour identifier nos faiblesses et les renforcer. L’objectif est de se renforcer avec nos propres jeunes si la formation le permet. Des juniors intégreront l’équipe senior, et nous prévoyons un recrutement ciblé. Nos renforts ne dépasseront pas quatre ou cinq joueurs au maximum. Si je parviens à garder l’effectif actuel, il n’y aura pas beaucoup de nouvelles arrivées. Le reste sera composé de jeunes promus, car la philosophie du club est de faire jouer nos jeunes, afin qu’ils puissent un jour être appelés en équipe nationale U17 ou U20. Notre objectif est de toujours avoir un joueur de Guelewaar dans les convocations nationales.

Quelle place accordez-vous à l’encadrement technique dans votre projet de développement du club ?

C’est le volet le plus important. Même avec les meilleurs joueurs, sans les meilleurs formateurs, la mayonnaise ne prendra pas. C’est un tout : un bon recrutement, de bonnes pépites, et un bon encadrement pour assurer leur formation continue. Tous les techniciens reconnaissent le travail de Guelewaars.

Je vais discuter avec les membres du staff technique dont les contrats sont arrivés à terme. Je n’envisage pas de me séparer d’eux car j’apprécie leur travail. Il leur appartient de décider, mais je ferai tout pour les garder, car ils font partie des meilleurs. Ablaye Sy a travaillé à Génération Foot et Dakar Sacré-Cœur, il connaît la formation. Victor Sagna n’est plus à présenter. Richard Sagna était au Jaraaf. Nous avons même un coach ivoirien. Nous sommes très ambitieux et ne lésinerons pas sur les moyens pour renforcer notre encadrement technique, car c’est un atout majeur. Un bon staff assure un bon recrutement et de bonnes séances de travail pour développer la performance des joueurs.

« Guelewaar a déjà un solide réseau de partenaires, et je compte étendre ce partenariat à la Ligue de football régionale pour en faire bénéficier tous les clubs de la région »

Quelles sont les grandes lignes de votre programme à la tête de la Ligue de Fatick ?

Comme je l’ai dit aux acteurs, mon programme n’est pas prédéfini, il consiste à trouver des solutions aux difficultés qu’ils ont évoquées. Les clubs locaux de Fatick ont souvent des difficultés budgétaires et financières, peinant à terminer le championnat. Nous allons travailler avec les techniciens pour faciliter leurs déplacements. Si nécessaire, nous envisagerons d’élargir le nombre de poules pour éviter les déplacements multiples et permettre aux équipes à faibles moyens de participer pleinement au championnat.

Un autre volet essentiel sera la formation, et ce, avec un grand F. Cela inclut la formation des arbitres pour avoir des arbitres internationaux et des arbitres professionnels. Nous formerons et accompagnerons ceux qui sont déjà là. La formation concernera également les éducateurs et entraîneurs. Nous ferons un recensement de tous les éducateurs de la région, avec leur niveau et leurs diplômes, pour organiser des formations supplémentaires et des renforcements de capacités. Si nous avons de bons entraîneurs dans tous les départements, le football local se développera.

La formation s’étendra aussi au football féminin. Nous viserons une bonne détection et un bon recrutement, et notre objectif sera d’avoir une sélection régionale féminine. Nous créerons également des sélections régionales U17 et U20, avec des stages réguliers, pour former nos jeunes au niveau local afin qu’ils puissent intégrer les meilleurs clubs sénégalais ou même les équipes nationales. La formation sera le point fondamental de ce mandat.

Enfin, nous irons à la recherche de partenaires financiers et d’équipements. Guelewaar a déjà un solide réseau de partenaires, et je compte étendre ce partenariat à la Ligue de football régionale pour en faire bénéficier tous les clubs de la région. Mon réseau, initialement dédié à Guelewaar, sera mis à la disposition de la Ligue pour renforcer ses caisses et équiper les équipes.

La dernière élection a été très disputée, avec même un recours lors du premier scrutin. Qu’est-ce qui, selon vous, a fait pencher la balance en votre faveur ?

Je pense que c’est la confiance des clubs. Lors de la première élection, nous savions que si seuls les clubs votaient, il n’y aurait pas photo. Sur 23 clubs, nous avions le soutien de 16 clubs lors du premier scrutin, et ce chiffre est passé à 19 lors de la deuxième élection le 10 juillet. La majorité des clubs était avec nous.

Mes collègues présidents ont vu le travail accompli à Guelewaar et savent que nous maîtrisons le secteur. Chacun d’entre eux souhaite bénéficier du réseau du président de Guelewaar. Ils voient mes partenaires venir à Fatick et Dakar, et nos joueurs signer à l’étranger (trois doivent partir en Europe cette année). Ils veulent bénéficier de ce réseau.

Quel est votre regard sur l’état du football à Fatick ?

Le football fatickois se porte bien. Nous avions une équipe en Ligue 1, Jamono Fatick, qui, malheureusement, est descendue en Ligue 2. Fatick a maintenant deux équipes en Ligue 2. Seul Thiès est peut-être devant Fatick au niveau des régions en ce qui concerne la Ligue professionnelle. Nous pouvons nous classer troisièmes.

Cependant, il n’y aura plus d’équipe de Nationale 1 à Fatick l’année prochaine, Guelewaar étant monté. L’objectif de la Ligue sera d’appuyer et d’aider ces équipes pour qu’elles puissent accéder aux niveaux supérieurs chaque année. C’est pourquoi je vous dis qu’il n’y aura pas de conflit d’intérêts. Notre objectif est d’aider les clubs à progresser, de travailler à la base, de les aider à avoir de bons encadreurs, de bons joueurs, et les moyens nécessaires pour couvrir les charges liées aux compétitions régionales.

« Le modèle de Guelewaar est basé sur des partenaires fiables. Nous avons des clubs européens qui nous prennent nos meilleurs joueurs moyennant des indemnités de transfert, ce qui renforce nos caisses »

Quel levier comptez-vous activer pour développer les clubs amateurs et les petites catégories de la région de Fatick ?

Je ne compte pas me limiter aux subventions de la fédération. Je l’ai dit aux membres du bureau : si je me suis présenté, c’est parce que je sais que j’ai la capacité d’aider la Ligue à capter des financements et à trouver des partenaires pour développer le football local. Aujourd’hui, sans moyens, on ne peut pas obtenir de résultats. Les déplacements, les soins aux joueurs, tout cela a un coût. Les subventions de la fédération sont insuffisantes.

Le modèle de Guelewaar est basé sur des partenaires fiables. Nous avons des clubs européens qui nous prennent nos meilleurs joueurs moyennant des indemnités de transfert, ce qui renforce nos caisses. Nous avons aussi des partenariats de sponsoring pour obtenir des équipements, du matériel, des ballons. Les partenariats sont essentiels. La Ligue ne peut pas se limiter à une subvention fédérale car elle ne suffit pas à couvrir tous les aspects du développement. Les partenariats nous aideront à renforcer nos caisses et à équiper nos équipes.

Vous êtes désormais une figure montante du football local africain. Avez-vous des ambitions nationales, voire fédérales, à l’avenir ?

Non, pour le moment, je n’ai pas d’ambition fédérale. J’accompagne un des candidats. Parmi les sept candidats, je connais six d’entre eux, avec qui j’ai travaillé pendant près de six ans. Je leur ai donné ma position en toute transparence. Je sais que chacun d’eux a les qualités pour diriger la fédération sénégalaise de football. Mon souhait était qu’ils puissent se parler et trouver le meilleur candidat entre eux pour que la base suive.

Cependant, comme chacun doit se déterminer, j’ai annoncé mon soutien à Monsieur Ablaye Fall pour plusieurs raisons. Je le connais bien ; il a toujours aidé la famille du football sénégalais sans faire de bruit. C’est un grand fonctionnaire d’État qui a rendu de nombreux services au Sénégal. Il a été impliqué dans le football, même si beaucoup ne le savent pas, mais je peux témoigner de son engagement. Pour moi, il n’y a pas de meilleur candidat que lui, c’est pourquoi je le soutiens. Cela n’empêche pas que je garde de bonnes relations avec les autres candidats comme Mady Touré et Augustin Senghor, que je connais bien et respecte énormément pour le travail qu’il a accompli à la tête de la Fédération Sénégalaise de Football.

Propos recueillis par Khadim DIAKHATÉ

Articles similaires