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Malickou Diakhaté sur la gestion des cadres : « Toujours dire la vérité aux joueurs »

Ancien défenseur des Lions et actuel Manager à l’US Ouakam, Pape Malickou Diakhaté revient dans cet entretien dont l’intégralité est sur la chaine Youtube de Dsports TV sur les errements défensifs qui ont précipité le fiasco du Sénégal au Mondial 2026. L’ancien international a aussi abordé l’évolution du jeu défensif et se projette sur sa future carrière d’entraineur.

Malickou Diakhaté, on a vu que la sélection a beaucoup souffert défensivement avec 9 buts encaissés lors du Mondial 2026, alors que la défense était un des points forts de l’équipe. Comment expliquez-vous ces contre-performances ?

Malickou Diakhaté : Dans une grande compétition, ce sont les défenses qui permettent à l’équipe de gagner, on l’a vu avec le Sénégal lors de la Can et l’Espagne lors du Mondial. Les équipes qui gagnent n’encaissent pas beaucoup. Malheureusement, beaucoup de nos défenseurs manquaient de rythme au moment de la compétition. Déjà en préparation, la paire axiale titulaire Kalidou-Niakhaté n’a pas joué ensemble. Même si les joueurs se connaissent, c’est toujours bien de travailler les automatismes, surtout s’il y a de nouveaux plans de jeu. Pour moi, l’autre facteur qui a joué en notre défaveur, c’est notre manque d’adaptation. Tu ne peux pas aller dans un grand tournoi comme la Coupe du monde en te disant que tu ne vas jouer qu’avec une paire, il faut anticiper car il peut toujours y avoir des blessures ou des suspensions. Et ça s’est vu qu’on n’avait pas préparé à jouer avec une autre paire axiale.

Qu’avez-vous pensé de la gestion de Pape Thiaw à l’endroit de Kalidou Koulibaly ?

Les entraineurs doivent toujours avoir confiance en leurs joueurs, mais cela ne doit pas être une confiance aveugle. Un joueur reste toujours un compétiteur, donc quand il vient, il veut toujours jouer. Le rôle du coach c’est d’appeler le joueur, même s’il est un cadre et que tu es sûr qu’il ne peut pas jouer un match entier, il faut le lui faire savoir. Par exemple contre la France, il devait le préparer pour jouer seulement une mi-temps, car ce qu’on oublie parfois, c’est que sur certaines blessures, tu peux avoir besoin du temps que tu es resté sans jouer pour revenir à son meilleur niveau.

Pensez-vous que le Sélectionneur a manqué de poigne ?

Je ne pense pas. Le même coach ne peut pas changer du tout au tout en l’espace de 6 mois pour devenir mauvais. Sur ce point, il y a d’autres paramètres qui ne sont pas du seul ressort du coach. Il y a l’accompagnement, tout ce qui est autour de lui, le staff, la Fédération. Et le constat, c’est qu’on a vu un coach affaibli. Et il y a un problème de légitimité qui se pose dès lors.

Pensez-vous que le manque de compétition de certains joueurs a aussi déteint sur ces contre-performances ?

Absolument. Notre niveau physique n’était pas bon. Moi j’étais inquiet dès les matchs de préparation, j’essayais même de leur trouver des circonstances atténuantes en me disant que c’est à cause du décalage horaire. Mais lors de la compétition, je me suis rendu de notre déficit physique pendant le mondial. On n’était pas prêt physiquement. On a péché physiquement.

Il y a des défenseurs qui frappent à la porte de la sélection comme Arouna Sangante, Abdoulaye Faye, ou encore Ousmane Diao. Est-ce que vous suivez ces jeunes et pensez-vous qu’ils peuvent apporter une plus-value à l’équipe ?

Je les regarde, le défenseur sénégalais a la cote. Abdoulaye Faye, je suis fan, il est calme, il a une bonne relance, et son jeu est propre, il n’a pas peur de jouer. Sangante il était capitaine avec Le Havre, je pense qu’il va passer un cap avec ce transfert à Séville. Diao aussi est performant et montre de bonnes choses. Ils peuvent apporter une plus-value.

Est-ce que selon vous un joueur comme Malang Sarr doit être appelé lors du prochain rassemblement ?

Je crois qu’on doit dépasser les débats sur les binationaux, si quelqu’un décide de jouer pour la sélection, il est de facto sélectionnable. Le plus important, c’est de savoir s’il est compétitif, s’il peut apporter à l’équipe et s’il a la bonne mentalité pour tout donner.

Parlons des défenseurs sénégalais en général, quels sont leurs points forts et qu’est ce qui leur manque pour être parmi les meilleurs défenseurs au monde ?

Je vais être chauvin, mais je trouve que les défenseurs sénégalais sont globalement performants. Je trouve que ce qui leur manque en général, c’est le leadership. On voit que les grands défenseurs comme Van Djik impressionnent par leur qualité de leadership. Tu les vois gesticuler, commander, et ce sont les guides de leurs équipes. Par exemple, des joueurs comme Mamadou Sarr, Abdoulaye Faye doivent s’imprégner de cela, ils doivent commander, diriger. On peut être un introverti en dehors du terrain, mais sur le terrain, il faut avoir du caractère.

Parlons de l’évolution du jeu défensif aujourd’hui, les défenseurs ne se contentent plus de défendre, ils participent aussi à la construction du jeu. Comment analysez-vous cette évolution ?

C’est le football d’aujourd’hui qui demande cela. Beaucoup d’entraineurs prônent une philosophie de jeu en repartant de derrière. Aujourd’hui quand les équipes recrutent, et c’est même valable pour moi à Ouakam, on cherche des défenseurs qui savent jouer, qui sont capables de ressortir proprement le ballon, qui sont rapides et qui sont bons en un contre un.

Aujourd’hui on voit beaucoup d’entraineurs avoir une ligne défensive haute, comme le Barça, le Bayern ou l’Espagne. Quels sont les avantages et les inconvénients d’une telle tactique pour les défenseurs ?

C’est un élément incontournable. La plupart des coaches d’aujourd’hui veulent étouffer leurs adversaires en décidant d’aller presser haut car ce sont des entraineurs protagonistes, Kompany, Flick et d’autres prônent cette philosophie de jeu car ils veulent que leurs équipes ne laissent pas l’adversaire jouer à sa guise. L’avantage, c’est que tu récupères haut, pour enclencher des transitions rapides. Le défenseur aussi est proche de son adversaire donc ça peut favoriser une intervention rapide pour déstabiliser l’attaquant. Après l’inconvénient, c’est que tu libères des espaces et tu peux te faire contrer. C’est pourquoi je parlais de rapidité et de capacité à jouer les un contre un pour les défenseurs d’aujourd’hui. Car en transition, il faut que le défenseur soit rapide et bon en un contre un pour les annihiler. J’ajouterais que les défenseurs d’aujourd’hui doivent jouer avec courage, car tout est prise de risque avec ou sans ballon. Avec le ballon, tu dois relancer proprement et ne pas dégager le ballon, et sans ballon tu dois faire des courses et jouer les un contre un.

Quel est le défenseur qui vous impressionne le plus actuellement ?

Cubarsi du Barça, il est jeune, courageux, il a une bonne lecture de jeu, une bonne qualité d’anticipation. C’est le prototype du défenseur moderne.

Malickou Diakhaté, vous êtes Manager à l’US Ouakam, mais vous aviez déposé votre candidature pour entrainer la sélection U17, qui n’a pas été retenue…

Il y a eu un appel à candidature, j’ai déposé mon dossier, pas que pour les U17, parce que l’essentiel pour moi c’est d’apporter mon expertise pour mon pays. J’ai passé mes diplômes et je veux transmettre, donc aujourd’hui je veux le faire avec une des sélections nationales. J’ai vu les nominations, mais je n’ai pas eu d’explication. Peut-être que c’e n’est pas le moment pour moi.

Quelle est la vision de Malickou Diakhaté en tant que coach ?

Ma philosophie de jeu, c’est d’être protagoniste, je veux avoir le ballon, le récupérer vite dès la perte, aller chercher haut pour presser. Je veux aussi que les joueurs dézonent et qu’ils n’aient pas de position fixe, car je recherche toujours cette capacité d’adaptabilité, Je ne me repose pas non plus sur un système fixe.

Mais entrainer, ce n’est pas que le jeu, ce n’est pas que le terrain, il y a aussi l’aspect management, tu peux pas être manager sans être juste, exigeant, proche envers tes joueurs. Quand je passais mon diplôme, un de mes encadreurs m’a une fois dit : « les joueurs de foot sont des requins, quand il voit le sang ils vont t’attaquer ». C’est pourquoi il faut toujours être juste avec les joueurs et leur tenir un langage de vérité.

Parlons enfin de l’US Ouakam, quels sont les chantiers en vue de la saison prochaine

L’Objectif est de reconstruire le club, rajeunir l’effectif, et faire en sorte que l’équipe soit attractive. Parce que quand les gens viennent au stade, ils doivent apprécier le spectacle. Après on a des objectifs aussi sur le plan financier, car c’est le nerf de la guerre. Il faut qu’on arrive à sortir des joueurs. Après il faut aussi que la Ligue aide notamment au niveau de la réglementation de certains terrains de foot, car il y a des terrains comme ceux de Hlm ou des Parcelles qui sont indignes d’une Ligue pro. Et on ne peut pas avoir la prétention de pratiquer du beau football sur des terrains à la limite du praticable.

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Aziz Kane

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