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SALIF KEITA, à une génération près

Au Sénégal, on parle souvent de la génération 2002 qui a écrit l’une des plus belles pages de l’histoire du football sénégalais. Pourtant, juste avant une autre avait brillé à la Can 2000, dont Salif Keita, avec des co-équipiers justement de l’épopée 2002, comme Henri Camara et Khalilou Fadiga. Aujourd’hui responsable de formation à l’académie Urban Foot, l’ancien buteur des Lions continue d’exercer une passion qu’il a failli abandonner.

A la fin des années 90, rares étaient les internationaux sénégalais qui évoluaient en Europe. Pourtant Salif Keita étaient de ceux-là. Avec des expériences en première division belge et grecque et en deuxième division allemande (Hanovre). Comme la plupart des joueurs sénégalais, Salif Keita a commencé dans les navétanes, avant d’être repéré par un certain Claude Leroy : « J’ai joué à Diamono et j’ai commencé très jeune, à 17 ans j’ai brillé lors d’une finale zonale et Claude Leroy m’a repéré. Il m’a sélectionné pour un match de qualification à la Can à Bamako face au Mali et je marque l’unique but de la rencontre. Et c’est là aussi qu’un superviseur belge m’a vu. Et tout est allé vite, j’ai commencé en réserve dans des équipes comme Germial Ekeren ou Cappelen ».

Des équipes de deuxième divisions inférieures donc avant de franchir un pas dans l’élite pour marquer l’histoire de Genk et de Hanovre : « J’ai marqué le premier but de l’histoire de Genk en Coupe d’Europe. C’était une belle expérience surtout pour un jeune comme moi, en Allemagne, j’ai joué avec Hanovre et en 2002 et on a réalisé une montée historique pour le club en première division. Là aussi c’était un exploit mémorable ».

Mais les meilleurs souvenirs de Salif Keita coïncident avec ses passages dans la sélection, quand il côtoie à 17 ans des figures comme Roger Mendy : « J’ai été convoqué pour les éliminatoires de la Can et du Mondial 94, j’ai eu la chance de côtoyer des légendes comme Roger Mendy, Souleymane Sané, Adolphe Mendy. De très grands joueurs à l’époque, et j’ai essayé d’apprendre le maximum à leurs côtés ».

Mais le plus grand accomplissement de l’ancien attaquant reste sa participation à la Can 2000 pour son unique grand tournoi international avec la Sélection : « ça reste le plus grand moment de ma carrière, à cette époque-là, participer à une Can n’était pas facile pour le Sénégal comme ça l’est actuellement, donc c’était un moment incroyable pour nous ».

Une Can qui se déroule au Nigeria et le Sénégal sera éliminé par l’équipe hôte en quart de finale, dans une atmosphère dantesque. Le Sénégal ouvre le score par l’intermédiaire de Fadiga mais Julius Agahowa égalise en toute fin de rencontre. Le même Agahowa inscrira un doublé en prolongations, puis moment surréaliste, l’envahissement du terrain par les supporters nigérians et l’entrée sur la pelouse des éléments de la sécurité. Des souvenirs qui marquent encore l’ancien attaquant de Hanovre : « En fait ce jour-là, on savait qu’il y’aurait des problèmes dès notre arrivée au stade, car on a vu une foule immense devant le stade alors qu’il était déjà plein. Et on connaissait bien cette équipe du Nigeria car on s’était affronté en qualification et on avait fait même match nul à Dakar, et c’était la grosse équipe avec les Okocha Kanu et consorts. Quand Fadiga marque, on sent une atmosphère pesante dans le stade, et même les nigérians commencent à nous parler en nous disant que si on gagne ce match personne ne sortirait vivant de ce stade, que ça soit eux ou nous. Et quand ils marquent le 2e but, il y’a un envahissement de terrains, parce que semble-t-il, ils croyaient que c’était un but en or. Et on voit les éléments de la sécurité qui entrent aussi sur la pelouse avec des chevaux et des chiens. Je vous dis la vérité, on n’a pas perdu ce match exprès, mais quand je suis rentré à l’hôtel, pour la première fois j’étais content d’avoir un perdu un match. Parce que le football est un jeu, et il doit le rester. Si la vie des joueurs est en danger, cela n’en vaut pas la peine ».

Une génération qui a amorcé les prémices des exploits de 2002 avec notamment des joueurs comme Fadiga, Henri Camara, Moussa Ndiaye entre autres. Salif Keita ne sera pas de l’épopée de 2002, mais reste marqué par l’exploit de ses anciens coéquipiers : « Quand Metsu est venu, il a fait confiance en majorité à des joueurs qui évoluaient dans le championnat de France. Peut-être que j’avais ma place, mais on ne peut pas lui en vouloir, car au finish, il a eu des résultats. Moi je considère que cette génération est la plus talentueuse du football sénégalais avec les El Hadj Diouf Aliou Cissé Salif Diao et consorts qui sont venus renforcer l’équipe. Même si elle n’a rien gagné, elle a montré le chemin, et on voit que c’e n’est pas facile d’atteindre les quarts de finale d’une Coupe du monde, et eux l’ont fait. Ils pouvaient même viser plus car on était plus forts que l’équipe de Turquie. Peut-être justement qu’on s’était vus trop beaux en pensant déjà aux demi-finale ».

Salif Keita n’oublie pas non plus un homme, Peter Schnittger, entraineur de cette génération 2000. Un technicien qui a remis le football sénégalais sur les rails : « C’était un coach très rigoureux, discipliné et méthodique. Comme les entraineurs allemands en général. C’était vraiment un travailleur. D’ailleurs, à son départ, il avait laissé un document pour indiquer aux dirigeants et techniciens la voie à suivre pour propulser le football sénégalais au sommet ».

Salif a rangé les crampons, il a failli disparaitre des radars du football. Mais c’est Saer Seck qui a su raviver la flamme chez lui : « A la fin de ma carrière, j’avais décidé de quitter le monde du football, j’avais un projet pour me lancer dans l’agriculture, et être proche de la famille. Mais Saer Seck m’a contacté pour venir travailler et transmettre mon expérience aux jeunes à Diambars, mais sincèrement, je n’étais pas chaud. Mais il n’a pas lâché, il m’a invité à Diambars et m’a dit : on va sur deux semaines, si ça ne t’intéresse pas, tu arrêtes. Mais en vrai, il a suffi que je sois sur le terrain, que j’entende le bruit du ballon rouler pour que la flamme se ravive ».

Après Diambars, l’ancien attaquant s’est lancé dans un nouveau projet, à l’académie Urban Foot, où il est responsable de la formation : « J’ai désormais cette passion de transmettre, et heureusement d’ailleurs que je n’ai pas quitté le foot. Ce sport m’a tout donné et c’est normal que j’en rende une partie en transmettant aux jeunes. On a une académie jeune qui n‘a pas encore un an puisqu’on l’a créé en Octobre. On fait principalement de la détection ici, on essaie aussi d’approcher les écoles de foot pour créer des ponts car le Sénégal est un vivier de talent. Je peux donner juste l’exemple de la Casamance quand je vais là-bas à chaque fois je vois des jeunes pétris de talent et c’est partout au Sénégal. Notre objectif aussi est de construire des hommes, une carrière de footballeur s’arrête généralement après 35 ans, si l’homme n’est pas préparé pour l’après carrière, qu’est ce qu’il va faire ? » s’interroge-t-il.

La question de l’efficacité des attaquants sénégalais est un débat qui revient souvent, mais pour Salif Keita il y’a un travail en profondeur à faire : « Je pense que si on veut vraiment former de très bons attaquants, il faut que la Fédération installe des antennes dans toutes les régions avec Touba Dialaw comme centre et point clé. On fait en sorte de regrouper les meilleurs attaquants jeunes de chaque région et on les regroupe à Touba Dialaw avec des entrainements spécifiques et des notions qu’on inculque à ces jeunes.

Je pense aussi que c’est important d’avoir un entraineur spécifique des attaquants dans la sélection, car les attaquants ont toujours besoin de travailler certains gestes, certains reflexes spécifiques ».

En plus de la formation, l’ancien joueur de l’Us Gorée aspire aussi à devenir entraineur. Mais il attend la validation de son diplôme de licence B qu’il a passée depuis…2015 : « J’ai passé la Licence D, puis la Licence C depuis 2015 et jusqu’à maintenant on ne m’a rien dit. Je ne sais pas où se situe le blocage mais je n’y peux rien alors j’attends ».

En observateur averti, Salif Keita a suivi les remous qui ont secoué le football sénégalais après le Mondial 2026 qui ont conduit au départ de Pape Thiaw et au choix de Patrick Vieira. Vieira, un coach qu’il a côtoyé bien évidemment à Diambars, même s’il reste dubitatif : « On n’a pas une relation particulière mais on s’est côtoyé à Diambars quand il est venu, on a pu discuter brièvement sur la formation et le projet Diambars. Après moi je n’ai rien contre lui, mais je trouve que la Fédération fait fausse route. Car le constat, c’est qu’on avait décidé de faire confiance aux entraineurs locaux, et tous les trophées gagnés par les Sélections nationales l’ont été avec des entraineurs locaux. Je pense qu’on aurait pu continuer sur cette voie. S’agissant de Pape Thiaw, moi je ne comprends pas comment on a pu aller aux Etats Unis alors qu’il n’avait pas de contrat. S’il a fait des erreurs, il ne faut pas non plus absoudre les dirigeants qui ont aussi leur part de responsabilité dans cet échec. Et j’ai l’impression qu’on est en train de tout jeter, que tout a été mauvais avec Pape et ce n’est pas le cas, alors je pense qu’on pouvait continuer avec lui ».

De joueur à Responsable de la formation en attendant peut-être la carrière d’entraineur, Salif Keita croque à pleine dent dans sa vie avec le football. L’agriculture elle attendra encore un peu.

Aziz Kane

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