Vous devez plutôt raser les murs
Vingt milliards de francs CFA. Trois ans de fermeture, entre 2022 et 2025. Et au bout du compte, un Stade Léopold Sédar Senghor toujours privé de l’onction de la CAF et de la FIFA pour accueillir les matchs de la sélection nationale. Dans un pays qui se respecte, des responsabilités auraient dû être situées, au ministère des Sports en premier lieu, et des sanctions prononcées. Mais au pays de la Téranga, où personne n’est jamais fautif, on ‘’taf yeungeul’’ sans jamais évaluer. Et on continue comme si de rien n’était.
Les dirigeants du ministère et de la Direction du stade ont, malgré leur démenti de façade, bel et bien envisagé de ‘’sacrifier’’ Diambars et de Teungueth FC. Jamais ils n’ont officiellement répondu à ces deux clubs, qui réclamaient de recevoir leurs matchs à LSS. Leur plan : tout miser sur une pelouse prête pour le 25 septembre et la réception du Mozambique, quitte à laisser les deux clubs sénégalais dans l’incertitude.
Le représentant de Teungueth FC, présent à la réunion d’harmonisation, a confirmé les informations publiées par Dsports pourtant démenties par le ministère de la Jeunesse et des Sports. Par prudence, la Fédération sénégalaise a donc écrit à son homologue mozambicaine pour inverser les journées 1 et 5 des qualifications. Et c’est seulement après cette réponse favorable que le ministère s’est enfin fendu d’un communiqué pour démentir et bomber le torse.
Pourquoi, depuis, aucune réponse officielle à Diambars et à Teungueth FC ? Pourquoi ne pas leur avoir ouvert le stade pour qu’ils puissent organiser leurs rencontres ?
Un passage du communiqué ministériel en dit long : « La pelouse principale fait l’objet d’un programme d’entretien renforcé, planifié et conduit sous supervision technique depuis le 24 août, avec un suivi journalier documenté, afin d’être conforme aux exigences de la CAF. Les équipes sont pleinement mobilisées pour livrer une aire de jeu aux normes. Ces matchs sont prévus dans ce programme initial. »
En creux, ce texte confirme que la pelouse n’était pas en état. Il omet soigneusement de préciser que la Fédération comptait bel et bien y jouer Sénégal–Mozambique. Elle l’avait même annoncé dans son communiqué de presse pour les accréditations. Il oublie aussi de mentionner les visites d’Abdoulaye Fall venu constater l’état du terrain, et son amer constat : peine perdue, malgré les 20 milliards consacrés à la rénovation de ce stade mythique.
Si le ministère et la Fédération n’ont rien communiqué sur le changement de lieu et se sont fait doubler par la Fédération mozambicaine, elle, transparente sur les raisons du déplacement, c’est que la partie sénégalaise avait son propre scénario : invoquer la distance entre le Sénégal, l’Éthiopie et la France, où se jouera l’amical contre les Comores, pour maquiller un manque flagrant de planification, de stratégie, et peut-être, tout simplement, des carences managériales.
Mais un crime n’est jamais parfait. Et de toute façon, ce mariage brinquebalant entre le ministère de la Jeunesse et la FSF n’enfante depuis un moment que catastrophes, échecs, couacs et dettes à payer.
Une dernière chose, pour le ministère de la Jeunesse, si prompt à inviter à contacter sa cellule de communication pour vérifier les informations : encore faudrait-il qu’elle daigne d’abord répondre au téléphone, plutôt que de se réfugier derrière des communiqués.
Quand un pays pauvre investit des milliards dans ses infrastructures et que sa propre équipe nationale ne dispose pas d’un stade aux normes pour recevoir ses matchs de qualification à la CAN, tous ceux qui gravitent autour de ce fiasco n’ont qu’un choix : démissionner, ou raser les murs. C’est mieux que de s’essayer à démentir la réalité.
Mbaye Babacar Ndiaye (Teungueth FC) : « Nos dirigeants travaillent à décanter la situation »
Demba VARORE






