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Entretien exclusif – Habib Diarra : « Je suis prêt pour la CAN »

Il a affronté l’arrêt brutal, la solitude de la rééducation et l’angoisse des blessures prolongées. Pourtant, Habib Diarra n’a jamais fléchi. À 21 ans, le milieu de terrain sénégalais revient plus déterminé que jamais, fort d’un mental d’acier, de choix de carrière mûrement réfléchis et d’une confiance intacte en son potentiel. De Guédiawaye à Sunderland, de la salle de soins au rêve de la CAN, il se confie avec sincérité, sans détour ni artifice.

Entretien.

Blessure, mental et retour à la compétition

Habib Diarra, tu es éloigné des terrains depuis le mois de septembre en raison d’une blessure. Comment as-tu traversé cette période, aussi bien sur le plan mental que physique ?

Habib Diarra : C’est vrai qu’au début, c’était difficile. Après la blessure, je ne pensais pas qu’il y aurait une intervention chirurgicale. Ensuite, on m’a expliqué qu’il y avait deux options : soit me soigner sans opération, avec un risque de rechute, soit me faire opérer pour régler le problème définitivement. J’ai choisi la deuxième option. Ça a été très dur, mais je suis resté positif mentalement. Le club m’a soutenu, la Fédération sénégalaise de football aussi, ma famille, franchement tout mon entourage. Cela m’a vraiment aidé à garder un état d’esprit positif.

Tu occupais une place importante dans le dispositif de Régis Le Bris à Sunderland. Comment as-tu vécu le fait de ne plus pouvoir aider ton équipe sur le terrain ?

Ça fait partie du football. On a un effectif assez dense. Même si je me suis blessé, je savais qu’il y aurait quelqu’un pour me remplacer et faire le travail comme il faut.

Y a-t-il eu des moments de doute durant cette longue indisponibilité ?

Non, pas du tout. À aucun moment je n’ai douté. Je connais mes forces. J’ai beaucoup travaillé pendant cette période de convalescence pour revenir le plus rapidement possible. Je suis resté droit dans mes baskets.

« L’objectif personnel passe au second plan. Déjà, disputer une CAN, c’est une aubaine, ce n’est pas donné à tout le monde. Mon objectif sera d’aider au maximum l’équipe à gagner les matchs et à atteindre l’objectif final. »

As-tu eu des échanges avec le sélectionneur Pape Thiaw avant ta convocation pour la CAN ? Quel a été le contenu de ces discussions ?

Oui, pendant ma convalescence, nous sommes restés en contact, ainsi qu’avec le staff médical de la sélection. Il m’a dit qu’il avait confiance en moi et que le plus important restait ma santé. Pape Thiaw est un coach qui pense beaucoup aux joueurs.

Tu as récemment repris l’entraînement collectif. Te sens-tu aujourd’hui prêt à répondre aux exigences d’une compétition comme la CAN ?

Oui, bien sûr. Je suis toujours prêt à répondre aux exigences. On évolue dans un monde où on n’a pas le choix : soit tu as le niveau, tu joues, soit tu ne l’as pas, tu restes à l’écart. Je connais mes qualités, je continue à progresser et à m’améliorer. Je suis encore jeune, je travaille dur tous les jours et je sais que je suis prêt pour la CAN.

Quel est ton objectif personnel pour ce tournoi, si tu es amené à jouer ?

L’objectif personnel passe au second plan. Déjà, disputer une CAN, c’est une aubaine, ce n’est pas donné à tout le monde. Mon objectif sera d’aider au maximum l’équipe à gagner les matchs et à atteindre l’objectif final.

                  Choix de carrière et Sunderland

L’été dernier, tu as choisi Sunderland alors que des clubs comme l’AC Milan ou l’Atlético de Madrid s’intéressaient à toi. Qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

C’était un choix très réfléchi. J’ai échangé avec le directeur sportif et le coach, et j’ai rapidement dit que j’allais venir. Ils m’ont présenté un projet clair et intéressant, et j’ai été très réceptif. Dès le départ, ils m’ont montré qu’ils me voulaient vraiment. Pour un joueur, se sentir important dans un club, c’est essentiel. Je sais que ce choix n’a pas été compris par tout le monde, notamment certains Sénégalais, et je les comprends. Mais moi, je ne brûle jamais les étapes. Pour passer à un niveau supérieur, il faut bien réfléchir. Je ne badine pas avec ça.

« Si on partage les mêmes valeurs, je m’engage à fond. À Sunderland, je me sens super bien. C’est un choix du cœur, et au niveau des résultats, tout fonctionne. On ne pouvait pas espérer mieux. »

En quoi Sunderland t’aide-t-il à progresser aujourd’hui, sur le plan sportif mais aussi humain ?

Sunderland est un club très familial. Tout le monde aime le football, l’ambiance est bonne, les gens ont le sourire au quotidien. Les infrastructures sont excellentes, on n’a rien à reprocher au club. Il y a aussi eu beaucoup d’arrivées : Granit Xhaka, Mukiele, Noah Sadiki, Simon Adingra… Quand j’ai vu cet effectif, j’étais très serein.

Ressens-tu parfois des regrets de ne pas avoir rejoint un club engagé en Ligue des champions ?

Non, pas du tout. Quand je prends une décision, c’est parce que je l’ai bien étudiée. Je suis quelqu’un de très organisé. Si on partage les mêmes valeurs, je m’engage à fond. À Sunderland, je me sens super bien. C’est un choix du cœur, et au niveau des résultats, tout fonctionne. On ne pouvait pas espérer mieux.

Comment décrirais-tu ta relation avec ton entraîneur, Régis Le Bris ?

C’est une relation saine entre un coach et ses joueurs. Il nous parle beaucoup et nous explique ses choix. Tactiquement, c’est un coach très fort. J’ai beaucoup appris à ses côtés. Il veut qu’on progresse et qu’on donne toujours le maximum.

« Affronter la France, c’est une bonne chose, ça permet de se mesurer aux meilleures nations. Le Sénégal est une grande nation, ce sera un super choc.»

Vous êtes promus et vous surprenez beaucoup cette saison, notamment face aux grandes équipes. Quel est le secret de Sunderland ?

Il n’y a pas vraiment de secret. On travaille dur à l’entraînement, on s’entend très bien en dehors, on prend du plaisir ensemble. Et comme je l’ai dit, le coach est très fort tactiquement.

   Équipe nationale et grands rendez-vous

Habib Diarra, le Sénégal est tombé dans un groupe relevé pour la Coupe du monde, avec la France et la Norvège d’Erling Haaland. Quelle a été ta réaction ?

Franchement, j’étais content. J’en parlais même avec certains joueurs du club avant le tirage. Affronter la France, c’est une bonne chose, ça permet de se mesurer aux meilleures nations. Le Sénégal est une grande nation, ce sera un super choc.

Affronter des joueurs de ce calibre est-il une source de motivation supplémentaire ?

Bien sûr. Quand tu affrontes des joueurs de cette classe, tu as envie de montrer ton talent. Ils sont très forts, mais sur le terrain, on va tout faire pour gagner, quel que soit l’adversaire.

Tu as déjà affronté Kylian Mbappé et Ousmane Dembélé. Qu’as-tu ressenti ?

J’aime beaucoup me comparer aux grands joueurs pour voir ce qu’il me manque et ce que je dois améliorer. Dembélé, sur les dribbles, c’est une machine. Mbappé est très fort dans les détails, surtout la finition. Ça te montre clairement sur quels aspects tu dois progresser.

Penses-tu que la défense sénégalaise peut contenir Mbappé ?

Bien sûr. Pourquoi pas ? On a Kalidou Koulibaly, Moussa Niakhaté, Abdoulaye Seck et Mamadou Sarr. J’ai vraiment confiance en eux.

Selon toi, quels éléments permettront au Sénégal de rivaliser avec les grandes nations ?

Il faut rester humble et travailler dur. On a l’habitude d’affronter de grandes équipes et on s’en sort souvent bien, comme contre l’Angleterre.

      Héritage, famille et histoire

Ton père t’a-t-il parlé de la génération 2002 ?

Oui, énormément. Avec mon père, 90 % de nos discussions tournent autour du football. Il m’a raconté sa carrière et les grandes époques de l’équipe nationale.

Que représente pour toi cette génération de 2002 ?

C’est un exemple et une immense fierté. Ce sont des légendes qui ont marqué l’histoire du Sénégal. Ça ne peut que nous motiver à suivre leur voie.

Ressens-tu une responsabilité particulière en portant le maillot national ?

Oui, bien sûr. Porter le maillot du Sénégal procure de fortes émotions. Il y a de la pression, mais il faut savoir la gérer.

Habib Diarra, buteur 4 fois en 13 sélections

Habib Diarra, buteur 4 fois en 13 sélections

La vie dans la Tanière

Comment décrirais-tu l’ambiance actuelle au sein de la sélection ?

Franchement, elle est incroyable. La dernière fois que j’y étais, j’étais très heureux. Ça me manque beaucoup et j’iespère retrouver la même ambiance à la CAN.

Quels leaders t’inspirent le plus ?

Kalidou Koulibaly pour sa sérénité, Gana Gueye qui est une référence pour moi au milieu, et bien sûr Sadio Mané. C’est la légende et le leader de l’équipe, il inspire tout le monde.

Quelle relation entretiens-tu avec Noah Sadiki ?

Noah, c’est comme un frère. On se taquine beaucoup, je le charrie souvent, et on est très proches. Je l’ai beaucoup chambré après notre victoire à Kinshasa. Avant le match, ils parlaient beaucoup, nous on parlait peu. Le lendemain, je l’ai directement appelé.

Penses-tu qu’il y aura un esprit de revanche ?

Bien sûr. C’était une défaite amère pour eux. On les a privés d’une qualification directe, donc c’est normal qu’ils aient envie de revanche.

Tu es natif de Guédiawaye. Comment réagis-tu à ceux qui pensent que tu ne parles pas wolof ?

Ça me fait rire. Parfois, des gens parlent mal de moi en wolof en pensant que je ne comprends pas, alors que je parle mieux le wolof qu’eux.

Que représente Guédiawaye pour toi ?

C’est là où ma vie a commencé. Je suis très reconnaissant envers cette ville.

« Depuis que je suis petit, je regarde l’équipe nationale et je rêvais de représenter mon pays. Voir le Sénégal éliminé comme ça, ça fait mal.»

Tu suis le championnat local. Guédiawaye traverse actuellement une période difficile, avec seulement un point au classement. Quel regard portes-tu sur la situation du club ?

Oui, je suis Guédiawaye de près. J’ai vu la situation actuelle. Il y a des périodes compliquées comme ça dans une saison. Je leur donne toute ma force et tout mon soutien pour qu’ils puissent se relever et sortir de cette mauvaise situation.

   Projections, ambitions et CAN

Le Sénégal est-il favori de la CAN selon toi ?

Le Sénégal fait partie des favoris avec le Maroc, la Côte d’Ivoire et l’Égypte. Ce sont de grandes nations. Nous, on reste humbles et on donnera tout pour ramener la deuxième étoile.

Comment as-tu vécu l’élimination de 2023 ?

C’était très dur. Depuis que je suis petit, je regarde l’équipe nationale et je rêvais de représenter mon pays. Voir le Sénégal éliminé comme ça, ça fait mal.

Où te vois-tu dans cinq ans ?

« Je ne sais pas. Pour l’instant, je me sens bien à Sunderland. Le football, on ne sait jamais. »

Quel est ton objectif principal cette saison ?

En club, faire une grosse deuxième partie de saison et aider l’équipe à atteindre ses objectifs. En sélection, continuer à m’adapter, être décisif et gagner la CAN.

Pour conclure, quel message au peuple sénégalais ?

On va se battre pour ramener la deuxième étoile. Ils peuvent compter sur nous.

Habib Diarra Sénégal

Propos recueillis par Khadim DIAKHATÉ

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