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FSF : les distinctions individuelles mettent le Comex sous haute tension

Au lendemain du sacre du Sénégal au Maroc, la Fédération sénégalaise de football aurait dû savourer l’instant. Mais dans les couloirs feutrés de la FSF, l’euphorie a très vite laissé place à une profonde amertume. Derrière l’image d’une institution soudée, une crise silencieuse couve au sein du Comité exécutif (Comex). Une crise faite de frustrations et d’un sentiment d’injustice désormais assumé.

Ce qui devait être un symbole de reconnaissance collective s’est progressivement transformé en facteur de division profonde au sein du Comité exécutif (Comex). Aujourd’hui, la discorde n’est plus feutrée. Elle est documentée, assumée et portée jusqu’au sommet de l’État.

La lettre qui a brisé le silence

Pour la première fois, un membre du Comex a officiellement saisi le président de la République, Bassirou Diomaye Faye. Abdoulaye Cissé, dirigeant de la FSF, a adressé une lettre dénonçant la mise à l’écart répétée de plusieurs membres du Comité exécutif lors de l’attribution des distinctions honorifiques consécutives au sacre.

Dans un ton ferme, il écrit : « Nous tenons à rappeler, avec tout le respect dû à votre fonction, qu’il s’agit là de la deuxième fois que les membres du Comex se retrouvent ainsi laissés en rade, alors même que leur contribution est essentielle au bon fonctionnement, à la stabilité et aux succès de l’institution. »

Loin d’un simple reproche protocolaire, la lettre pointe un malaise structurel : celui d’un succès collectif célébré de manière sélective.

Légions d’honneur : le point de départ du mal

Selon plusieurs sources internes, le cœur de la crise réside dans la manière dont les Légions d’honneur ont été attribuées. Sur les 23 membres que compte le Comex, seuls le président de la Fédération, les vice-présidents et deux autres membres ont été distingués. Un choix vécu comme une injustice par certains membres de l’instance. « Il y a une frustration instante à l’intérieur du Comex. Après le sacre, c’est le président Abdoulaye Fall qui a choisi les membres distingués. Même ceux qui ont été distingués ne sont pas à l’aise. Au total, nous sommes 23, et seuls cinq ont été honorés. Les autres sont laissés en rade », confie un membre du Comex sous couvert d’anonymat.

Aucune communication interne claire. Aucun critère officiellement expliqué. Une méthode jugée unilatérale, qui pourrait profondément ébranler la cohésion de l’instance dirigeante. Déjà que plusieurs n’étaient pas dans le camp au cours des élections.

Terrains et 50 millions : un flou qui attise la colère

À cette frustration symbolique s’ajoute un autre dossier explosif : celui des terrains et de l’enveloppe de 50 millions de francs CFA annoncés dans la foulée du sacre. Là encore, le flou est total. « Pour les terrains et les 50 millions, ce n’est pas encore clair. On ne sait pas qui est concerné ou pas. Il n’y a aucune liste et jusqu’à présent le président de la fédération ne s’est pas encore prononcé sur le dossier », révèle une autre source, membre du Comex.

Cette absence de clarification nourrit les soupçons et renforce le sentiment d’une gouvernance à deux vitesses.

Un silence présidentiel lourd de conséquences

À ce jour, aucune réaction officielle n’a été enregistrée, ni sur la lettre adressée au chef de l’État, ni sur les frustrations exprimées en interne. Un silence qui inquiète certains observateurs et membres du Comex, convaincus qu’un tel malaise, s’il n’est pas rapidement désamorcé, pourrait se transformer en crise institutionnelle ouverte.

Car au-delà des décorations et des avantages matériels, c’est la question de la reconnaissance du travail collectif, de la transparence et du respect des équilibres internes qui est posée.

Le sacre au Maroc restera gravé dans l’histoire du football sénégalais. Mais en coulisses, il a aussi mis à nu des fractures longtemps contenues, nées certainement depuis la campagne pour la succession de Me Augustin Senghor.

Khadim DIAKHATÉ

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