Grand Entretien | Joseph Layousse Samb : « Mon idole, c’est moi-même, je suis Layousse Samb »
Révélé à Teungueth FC et champion du Sénégal en 2024, Joseph Layousse Samb vit aujourd’hui une nouvelle aventure en France sous les couleurs du Stade Lavallois. Le latéral gauche rufisquois, passé par Ajel et Génération Foot, se confie à Dsports.sn sur son parcours, sa mentalité, son transfert en Ligue 2 et ses rêves de gloire avec les Lions du Sénégal.
Tu viens de Rufisque, une ville avec une vraie culture du football. Peux-tu nous raconter tes débuts dans le quartier, ton premier contact avec le ballon ?
J’ai débuté dans mon quartier, au centre Abdou Khadre. L’école de football s’appelait Khiba Thiaw. J’y ai joué jusqu’à mon premier contact avec Génération Foot, en 2013-2014. J’ai toujours voulu devenir footballeur, c’est une passion depuis l’enfance. On me disait toujours que le football, c’est avant tout la passion, le travail, la discipline et l’écoute des conseils.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir footballeur professionnel ?
C’est en voyant des connaissances signer pro, des joueurs avec qui j’avais joué. Mais j’ai vraiment eu la certitude que je pouvais le devenir en 2020, quand j’étais à Ajel. Cette saison-là, j’évoluais en latéral gauche et j’ai délivré 12 passes décisives. Je me suis alors dit qu’il fallait me concentrer à fond sur le football, que je pouvais réussir. Depuis ce jour, j’ai doublé mes efforts.
« C’est un club qui m’a beaucoup marqué. Il m’a façonné, sur et en dehors du terrain. Tout ce que je fais pour Teungueth ne sera jamais suffisant à mes yeux. »
Quels ont été tes premiers modèles ou inspirations dans le football ?
Pour dire vrai, je n’ai pas d’idole à part moi-même. Mais j’ai beaucoup appris des latéraux comme Pape Ndiaye Souaré, pour ses qualités de centre, ou Marcelo, pour sa technique. J’observe aussi le marquage, l’intelligence et le positionnement des autres. Mais sincèrement, mon idole, c’est moi-même. Je suis Layousse Samb. Je reste moi-même, même si j’apprends de tout le monde et que certains me donnent des surnoms.
À quel moment as-tu compris que tu pouvais en faire une carrière ?
C’était à Ajel, lors du dernier match de championnat de National 1, pendant notre montée. On jouait contre Don Bosco de Kédougou, à Ngalandou Diouf. En première mi-temps, c’était 0-0. Au retour des vestiaires, j’ai délivré cinq passes décisives (même si la dernière n’a pas été validée). Baba Ciss qui était parmi les buteurs a ensuite signé pro après ça. C’est là que j’ai compris que c’était possible.
Qu’est-ce que ton passage à Rufisque t’a apporté sur le plan humain et sportif ?
J’ai beaucoup appris des clubs rufisquois. D’abord à Ajel, une équipe qui m’a énormément apporté, là où tout a presque commencé. Il y a eu des moments difficiles, mais sur le plan personnel, j’étais performant. À Teungueth FC, j’ai fait évoluer mon jeu, j’ai gagné en maturité et obtenu ma première sélection. Alhamdoulilah. Je leur suis très reconnaissant.
Comment s’est passée ton arrivée à Teungueth FC ?
Je suis arrivé en 2021, l’année où Ajel montait en Ligue 2. À mon arrivée à Teungueth, j’ai été suspendu pendant six mois, mais le président a réglé le problème. J’ai ensuite commencé à jouer, mais lors de mon premier match contre la Linguère, j’ai encore été sanctionné parce que je n’étais pas encore qualifié. Je suis donc resté six mois sans jouer avant de revenir en deuxième partie de saison.
C’est à ce moment-là que Cheikh Guèye est arrivé sur le banc et j’ai commencé à être titulaire. On a joué la finale de la Coupe de la Ligue contre le Stade de Mbour. La saison suivante, je n’ai raté aucun match et on a été champions en 2024. La saison dernière a été plus difficile, mais c’est souvent dans les moments compliqués qu’on reconnaît les meilleurs joueurs.
Teungueth est un club qui soutient ses joueurs, qui les comprend. Le président venait souvent dans les vestiaires nous motiver, et faisait tout pour nous mettre à l’aise. C’est un club qui m’a beaucoup marqué. Il m’a façonné, sur et en dehors du terrain. Tout ce que je fais pour Teungueth ne sera jamais suffisant à mes yeux.

Layousse Samb sous le maillot de Teungueth FC
« Quand tu vois les supporters dans les tribunes, tu as juste envie de tout donner pour eux et de ne pas les décevoir. Leur soutien m’a beaucoup marqué ».
Ce club a une vraie identité au Sénégal. Qu’est-ce qui t’a marqué chez eux ?
Leur union, leurs valeurs, leur amour pour le club. Leur force, c’est leur public. Quand tu vois les supporters dans les tribunes, tu as juste envie de tout donner pour eux et de ne pas les décevoir. Leur soutien m’a beaucoup marqué.
Tu as été champion du Sénégal avec Teungueth. Quelle image forte gardes-tu de cette saison ?
C’était un rêve devenu réalité. J’ai toujours supporté Teungueth FC. J’habite dans la ville, donc c’était un honneur de remporter le championnat avec eux. Tout joueur rêve de gagner un trophée avec son club, surtout celui de sa ville. C’était une grande fierté et beaucoup de bonheur.
« Cheikh Guèye sait être proche des joueurs tout en restant exigeant. En dehors du terrain, il est comme un grand frère, mais à l’entraînement, il est très rigoureux ».
Qu’est-ce qui fait la particularité du championnat sénégalais ?
Il y a beaucoup de talent, même si c’est difficile. La preuve, c’est la qualité de la sélection locale et des petites catégories. Mais il faut revoir certains textes et surtout mieux aider les jeunes. Les infrastructures, les horaires, les conditions doivent évoluer. Les salaires aussi. J’espère que le nouveau président de la FSF pourra révolutionner le football. On croise souvent des joueurs talentueux qui gagnent à peine 100 000 FCFA, voire moins, alors qu’ils donnent tout sur le terrain. Il faut penser aux joueurs, à leurs conditions financières. C’est ce qui les motivera à se dépasser. À Teungueth, on était bien traités, mais ailleurs, beaucoup ne sont même pas payés. Ce n’est pas normal. J’espère que les nouveaux dirigeants changeront cela.
Quels entraîneurs ou coéquipiers t’ont le plus marqué à Teungueth ?
Cheikh Guèye, sans hésiter. Son professionnalisme, sa méthode, sa gentillesse. Il sait être proche des joueurs tout en restant exigeant. En dehors du terrain, il est comme un grand frère, mais à l’entraînement, il est très rigoureux.
Côté joueurs, je dirais Baye Assane Ciss, notre capitaine, un joueur discipliné et exemplaire. Il y a aussi Marco, Bakary, Mbaye Jacques Ndiaye et beaucoup d’autres. Je suis quelqu’un d’ouvert, j’aime parler à tout le monde et me sentir bien dans le groupe.
Tu as porté les couleurs du Sénégal au CHAN 2024. Qu’as-tu ressenti ?
Représenter son pays, c’est immense. Tu ne représentes pas ton club, mais ton peuple. Le maillot national est très lourd à porter. C’est une fierté d’être choisi parmi tant d’autres. On voulait rendre le Sénégal fier et on a tout donné pour finir troisièmes, même si ce n’était pas l’objectif. Pour moi, jouer pour le Sénégal, c’est tout donner, même ma vie pour le maillot. Je ne veux jamais qu’on dise que je n’ai pas mouillé le maillot. C’est un honneur de se battre pour son drapeau.
« Mon travail a fini par payer. Avant le CHAN, j’avais dit à ma mère que je reviendrais avec une médaille et un contrat. Alhamdoulilah, les deux se sont réalisés. »
Quels souvenirs gardes-tu du CHAN ?
Le quart de finale contre l’Ouganda. L’état d’esprit des joueurs m’a impressionné. Le stade était plein de supporters ougandais, mais dans nos têtes, on s’est dit qu’ils étaient là pour nous, que c’était les nôtres. Malgré les sifflets, on a tout donné, et on a gagné. C’était un moment fort.
Comment s’est concrétisé ton transfert au Stade Lavallois ?
Je n’ai pas d’agent. La veille du match pour la troisième place contre le Soudan, le président Babacar Ndiaye m’a appelé. Il m’a dit que deux clubs de Ligue 2 française étaient intéressés, sans me dire lesquels. Après le match, il m’a annoncé que Laval voulait me recruter. Le directeur technique, Ousmane Dabo, un Sénégalais, m’a ensuite contacté. On s’est mis d’accord le dimanche soir, dernier jour du mercato. J’ai signé le lundi, après avoir demandé conseil au coach Souleymane Diallo, qui m’a félicité. Je le remercie encore pour sa confiance, c’est aussi grâce à lui que j’en suis là.
Qu’as-tu ressenti au moment de signer ?
Beaucoup de joie. Mon travail a fini par payer. Avant le CHAN, j’avais dit à ma mère que je reviendrais avec une médaille et un contrat. Alhamdoulilah, les deux se sont réalisés.
Comment se passe ton adaptation à Laval ?
Très bien. Ici, on parle français, donc c’est plus facile. Ousmane Dabo m’a beaucoup aidé, tout comme mes coéquipiers. Ils m’ont tout de suite intégré, que ce soit à l’entraînement ou en dehors. Ils me motivent, m’invitent à sortir, m’encouragent. Par contre, le froid, c’est dur à supporter ! (rires)
Quelles différences vois-tu entre le football sénégalais et européen ?
La principale différence, c’est l’organisation et le professionnalisme. Ici, chaque détail compte. Tu dois arriver au moins 45 minutes avant la séance. Il n’y a pas de sentiments, tout est basé sur le travail. Mais sur le plan du talent, au Sénégal aussi il y a de très bons joueurs. Ce qui change, c’est la rigueur, la formation, la mentalité et le suivi. Ici, on veille à ton bien-être, sur et en dehors du terrain.
Qu’est-ce qui t’a le plus surpris à Laval ?
L’état d’esprit collectif. L’union. Même mes concurrents directs sont bienveillants. Ylieuse, qui joue à mon poste, vient me chercher avec sa voiture pour les entraînements. Les autres aussi, comme Julien, m’invitent à dîner. Leur gentillesse m’a beaucoup touché.
Quels sont tes objectifs pour cette saison ?
Marquer mon empreinte, aider le club à se maintenir en Ligue 2. Personnellement, je veux délivrer au moins six passes décisives, marquer quelques buts et performer au point de pouvoir prétendre à une place pour la CAN avec l’équipe nationale.

Comment décrirais-tu ton style de jeu ?
Je suis un latéral gauche qui aime défendre avant tout, mais aussi participer au jeu. Je peux jouer piston. J’aime aider l’équipe, créer le danger, faire marquer.
« Je déteste perdre. Quand ça arrive, je suis fâché contre moi-même. Mais je ne veux jamais manquer de respect à un adversaire. Je suis très exigeant envers moi-même, et ça m’aide à rester fort mentalement. »
Ta plus grande qualité ?
Ma vision de jeu. J’anticipe souvent les actions avant même d’avoir le ballon. C’est quelque chose de naturel chez moi.
Et le point à améliorer ?
La concentration. Parfois, je sors de mon match sans m’en rendre compte. Je m’énerve vite, mais j’ai appris à me canaliser. Au CHAN, par exemple, j’ai joué toute la compétition sans prendre de carton. C’est un bon début.
Tu sembles calme et discipliné : d’où vient cette force mentale ?
Je déteste perdre. Quand ça arrive, je suis fâché contre moi-même. Mais je ne veux jamais manquer de respect à un adversaire. Je suis très exigeant envers moi-même, et ça m’aide à rester fort mentalement.
Quel message veux-tu adresser aux jeunes footballeurs sénégalais ?
Soyez patients, disciplinés et concentrés. Écoutez les conseils, fixez-vous des objectifs clairs, évitez ce qui peut vous ralentir. Travaillez dur, car seul le travail paie.
Où te vois-tu dans trois à cinq ans ?
En Ligue 1, ou en Angleterre. Jouer avec l’équipe nationale du Sénégal, être compétitif en club comme en sélection, et pourquoi pas devenir champion d’Afrique.
Un club de rêve ?
Le Real Madrid. Je rêve de porter le maillot blanc à Santiago Bernabéu.
Que représente pour toi la sélection nationale A du Sénégal ?
Un honneur, une fierté. Se battre pour son pays, gagner des trophées. C’est le rêve de tout footballeur. Et je crois que mon tour viendra, avec le travail et la persévérance.
En dehors du foot, qu’est-ce qui te passionne ?
Franchement, je ne me vois pas faire un autre métier. Je ne sais faire que ça ! Peut-être qu’après ma retraite, j’y réfléchirai (rires).
Si tu devais résumer ton parcours en une phrase ?
Un beau parcours jusqu’ici, marqué par la réussite, la progression et le travail. Et ce n’est que le début, je travaille dur.
Entretien réalisé par Ndèye Camara







