Ibrahima René Diouf (AS Saloum) : « Je suis en fin de contrat, mais il faut d’abord faire le bilan »
Après une saison conclue à la sixième place de Ligue 2 avec l’AS Saloum, Ibrahima René Diouf revient sur les regrets de la course à la montée, les difficultés traversées par son équipe et son avenir encore incertain. Le technicien kaolackois évoque également sa philosophie de jeu, ses inspirations et son ambition de découvrir prochainement la Ligue 1 sénégalaise.
Ibrahima René Diouf, AS Saloum était bien lancé pour la montée en Ligue 1. Que s’est-il passé lors des dernières journées ?
C’est ça la Ligue 2 sénégalaise. Rien n’est acquis avant le coup de sifflet final. J’en sais quelque chose, puisque j’ai réussi à hisser Jamono Fatick en Ligue 1 en 2023, et nous avions dû lutter jusqu’à la dernière journée. Ensuite, pendant deux ans sur le banc de la Douane, nous avons également perdu la montée lors de l’ultime journée. Avec Saloum, c’était ma première saison. Le championnat était très serré et homogène. Sur la fin, nous avons été confrontés à plusieurs difficultés majeures. En début de saison, j’ai subi une rupture du tendon qui m’a éloigné du terrain pendant trois mois, même si je continuais à travailler avec mon staff technique à travers des programmes d’entraînement. Il y a eu aussi le décès de notre joueur Youssou Diouf. J’en profite encore pour présenter mes condoléances à sa famille.
Au final, cette sixième place reste décevante par rapport à nos ambitions, mais l’équipe a réalisé une saison sérieuse. Les joueurs ont donné le meilleur d’eux-mêmes et les supporters ont pleinement joué leur rôle. À domicile, le stade était pratiquement toujours bien rempli. Une montée se construit avec beaucoup de sacrifices et énormément de motivation.
« Mon père, Daouda René Diouf, c’est ma première école. Il a entraîné dans toutes les catégories au Sénégal, des cadets jusqu’aux Espoirs. Très tôt, je l’ai suivi dans les stades à travers le Sénégal. J’ai grandi dans cet environnement. »
Y avait-il moyen de faire mieux avec les moyens disponibles ?
On peut toujours faire mieux, parce qu’aucune œuvre humaine n’est parfaite. Mais je pense qu’au regard d’un projet qui venait juste de démarrer, du niveau de l’effectif et des conditions de travail, nous avons fait de notre mieux. Il y a certaines défaites, comme celle contre Essamaye FC au retour, que nous aurions pu éviter. Je pense aussi que si nous avions pris un point à Ziguinchor, la dynamique aurait peut-être été différente. À domicile, nous n’avons concédé qu’une seule défaite. C’est surtout à l’extérieur que nous avons laissé filer des points qui auraient pu nous permettre de jouer la montée jusqu’à la dernière journée.

Ibrahima René Diouf, champion de Ligue 2 avec Jamono Fatick
Votre père était entraîneur. C’est lui qui vous a transmis cette passion ?
Mon père, Daouda René Diouf, c’est ma première école. Il a entraîné dans toutes les catégories au Sénégal, des cadets jusqu’aux Espoirs. En club, il est passé par la Sonacos, l’US Rail, le Mbossé de Kaolack ou encore l’USO. Très tôt, je l’ai suivi dans les stades à travers le Sénégal. J’ai grandi dans cet environnement. Et puis Kaolack est une ville de football. On attrape très vite le virus.
Entraîner le club de votre ville natale représente-t-il une pression particulière ?
Non, ce n’est pas une pression. C’est surtout une immense fierté. Je sais ce que ce club représente pour la population. Je reste un fils de cette ville, mais quand je suis sur le banc, je dois avant tout être entraîneur. Ce sont mes compétences qui doivent parler. Je remercie d’ailleurs le président Fallou Kébé ainsi que tous les Kaolackois pour le soutien constant qu’ils m’ont apporté tout au long de la saison.
Champion de Ligue 2 avec Jamono Fatick en 2023, mais sans rejoindre immédiatement la Ligue 1. Pourquoi ?
Je ne pensais pas que c’était le bon moment. J’estimais être arrivé au bout de mon projet avec Jamono Fatick et qu’il fallait démarrer une nouvelle aventure. J’ai reçu plusieurs propositions. Avec mon entourage, nous les avons étudiées avant de choisir la Douane, qui reste l’un des plus grands clubs de l’histoire du football sénégalais. C’était un projet excitant et nous avons réussi à maintenir le club dans la course à la montée à chaque fois. Malheureusement, comme cette saison encore, la montée nous a échappé sur la fin. Mais nous avions mis en place un groupe performant et un jeu cohérent. Jamono, Douane et maintenant Saloum, ce sont trois expériences différentes et très enrichissantes. Aujourd’hui, je serais heureux d’étudier le projet d’un club de Ligue 1 et de vivre ma première expérience en tant qu’entraîneur principal à ce niveau. Je me sens mieux armé qu’avant. Mais avant tout, il faudra faire le bilan avec l’AS Saloum.
Donc si un club de Ligue 1 vous appelle cet été, vous dites oui ?
Je ne ferme aucune porte. Mon attachement à l’AS Saloum et à ma ville est réel, mais le coaching est mon métier et il peut me mener partout. Tout entraîneur ambitionne de se mesurer au plus haut niveau. Si un projet sérieux se présente, avec des conditions de travail qui me permettent d’exprimer mes idées, il sera difficile de refuser.
« Je suis très exigeant, mais humain. Je ne transige pas sur le travail, la discipline et l’engagement. Mais je prends aussi le temps de comprendre chaque joueur : ses forces, ses failles, ses motivations et sa vie en dehors du terrain. »
Et si Saloum veut vous garder ? Quelle serait votre condition essentielle ?
Un projet. Pas simplement un contrat. Je veux entendre que le club souhaite réellement monter, avec les moyens nécessaires : une vraie politique de recrutement et de meilleures conditions d’entraînement. Je ne demande pas la lune, mais je ne veux pas gérer le statu quo. Si on me dit : « On veut construire et on t’accompagne », alors je suis prêt à continuer.
Quel type de coach êtes-vous au quotidien ?
Je suis très exigeant, mais humain. Je ne transige pas sur le travail, la discipline et l’engagement. Mais je prends aussi le temps de comprendre chaque joueur : ses forces, ses failles, ses motivations et sa vie en dehors du terrain. C’est très important au Sénégal. Un vestiaire n’est jamais un groupe uniforme. Vingt joueurs, ce sont vingt personnalités différentes. Mon rôle est de créer les conditions pour que chacun donne le meilleur de lui-même au service du collectif. Je suis convaincu que la confiance individuelle libère la force du groupe.
C’est quoi la philosophie de jeu de Ibrahima René Diouf ?
J’aime un football organisé et méthodique. C’est la base. Sans cela, on ne construit rien. Ensuite, lorsque les conditions le permettent, j’apprécie les transitions rapides capables de mettre l’adversaire en difficulté. Je suis un pragmatique : j’adapte toujours mon système aux qualités des joueurs dont je dispose.

Ibrahima René Diouf avec le trophée de la Coupe de la Ligue en 2014
Quels entraîneurs vous inspirent le plus ?
Je peux citer feu Alassane Dia. Il m’a énormément marqué par sa méthode de travail. Je n’ai jamais fait partie de son staff, mais j’ai assisté à plusieurs de ses séances d’entraînement. C’était un véritable pédagogue, capable de passer plusieurs minutes à expliquer comment effectuer correctement une touche. Cela montre à quel point il accordait de l’importance aux détails. Et comme on le dit souvent, tout se joue dans les détails. Au-delà de l’entraîneur, c’était aussi un conseiller. Je ne signais jamais un contrat sans échanger avec lui et attendre son avis.
Où vous voyez-vous dans cinq ans ?
Dans cinq ans, inchallah, je me vois toujours au Sénégal. Depuis quelques années, notre football progresse énormément. Nos sélections dominent l’Afrique avec des entraîneurs locaux dans les staffs. Ce n’est pas donné à tous les pays. Des U15 jusqu’à la sélection nationale, nous avons tout gagné en Afrique avec le « consommer local ». Cela démontre la qualité de la formation des entraîneurs sénégalais. Je suis actuellement en train de passer la Licence A CAF avec de très grands formateurs. C’est l’occasion pour moi de féliciter et prier pour le nouveau Directeur technique national, Souleymane Diallo, qui a toutes les compétences et la rigueur pour mener à bon port la politique technique de notre football. D’ici cinq ans, j’espère être champion du Sénégal et pourquoi pas conduire un club ou une sélection sénégalaise au sommet du football africain.
Demba VARORE




