Idy Président
Je voulais faire cet hommage la veille de la finale. Je me suis ravisé : je ne voulais pas lui porter la poisse. J’avais même pensé l’intituler Gana The Cleaner. Celui qui nettoie sans laisser de traces. Mais le revoir porter le brassard, le jour de son 100ᵉ match sous ce maillot, et surtout en finale, m’a fait changer d’avis. Par superstition. Parce que la 100ᵉ de Kouli…
Août 2013, la première fois
Idy, j’étais témoin de la première fois où il a noué ce bout de tissu ô combien symbolique autour de son bras gauche. C’était en août 2013, en France, à Saint-Leu-la-Forêt. Le Sénégal, engagé dans une énième reconstruction avec Alain Giresse, disputait un match amical face à la Zambie (1-1). Au coup de sifflet final, en zone mixte, il m’avait confié sa fierté. Elle débordait.
Gana–Mané, compagnons de route
De ce match, il ne reste aujourd’hui que son pote et compagnon de guerre : Sadio Mané. Ensemble, ils ont enduré les échecs et savouré les réussites. Et personne ne connaît mieux Sadio que Idy. Il l’a décomplexé, l’a encouragé à assumer ses responsabilités, en lui rappelant qu’il était celui qui pouvait hisser le Sénégal au sommet de l’Afrique. Il n’a pas eu tort.
Dimanche à Rabat, alors que les rangs semblaient en ordre dispersé, j’ai vu Idy esquisser un sourire lorsque le général Sadio a sommé les troupes de revenir au front et de se battre comme des hommes. Parce que j’en suis certain : il sait que lorsque Mané promet, il fait.
L’homme de l’ombre mis en lumière
La suite, on la connaît. Et je suis heureux que l’histoire ait choisi de mettre en lumière l’homme de l’ombre qu’il est. Car à jamais, on retiendra qu’il a signé la passe décisive sur le premier but du Sénégal en finale de Coupe d’Afrique des nations, le 100ᵉ dans l’histoire de la compétition. Cela, après un remarquable travail de son poto Sadio.
Cette passe le résume. Simple, mais diablement efficace. Effacé, mais toujours au bon endroit. Infatigable récupérateur, mais aussi précieux dans l’animation. Sur cette CAN, il a bluffé plus d’un.
Endurant, il a disputé toutes les minutes de la compétition. Résilient, il a tenu en finale malgré les crampes. Généreux, il a couru partout. Intelligent, il a lu et anticipé tous les circuits de nos adversaires. Solidaire, il a couvert, encore et encore, les espaces laissés par ses partenaires.

Gana et Sadio, les deux compagnons de route
Pas de trophée individuel, mais le respect
En zone mixte pourtant, il n’a jamais tiré la couverture à lui, toujours prompt à louer ses coéquipiers. Aucun trophée « Homme du match » dans la besace, mais la reconnaissance de ses pairs et des officiels techniques de la CAF, qui l’ont placé dans l’équipe-type du tournoi. Amplement mérité, pour l’ensemble de son œuvre.
36 ans, mais toujours des jambes de 20 ans. La tête d’un coach, celui qui voit tout avant les autres, et le boute-en-train de la Tanière. Le plus vieux et le plus ancien du vestiaire, il a montré son expérience quand il a fallu provoquer l’exclusion de Bissouma sur le terrain. Et après le sacre, il a assuré l’ambiance comme un môme.
Les danses quotidiennes, il les a laissées à son cadet de Diambars, Ousseynou Niang. Mais dans le bus, dans l’avion et durant toute la parade, il a fait le show et s’est lâché. De l’humilité, encore. Et surtout une manière d’intégrer les plus jeunes.
Un héritage et des valeurs
Un des nombreux héritages légués par Aliou Cissé : la culture du travail et de la gagne, le respect du maillot, la rigueur et la discipline. Des valeurs qu’il partage avec les autres cadres : Édouard Mendy, Kalidou Koulibaly et Sadio Mané. Bien loin des pommes pourries que le prédécesseur de Pape Thiaw avait trouvées en sélection, et qu’il n’avait pas hésité à trier. Pour tout ça, et comme dirait El Hadj Malick Diouf : « Nagnou leu diokhe rewmi. » T’es un modèle.
D.V.






