Joe Senghor – Modou Fall : un derby, des histoires
Ils s’étaient quittés sous haute tension. Dimanche, les chemins de l’entraîneur Joe Senghor et du président Modou Fall vont se croiser à nouveau, à l’occasion du grand derby de la banlieue dakaroise entre Guédiawaye FC (10e, 22 pts) et l’AS Pikine (9e, 24 pts), au stade Léopold Sédar Senghor. Une affiche qui dépasse largement le cadre d’un simple match de football.
Le football a ceci de prodigieux : derrière 22 joueurs qui courent après un ballon et essaient de le mettre au fond d’un filet par des gestes devenus presque mécaniques à force de répétition, il y a des histoires qui pourraient inspirer Evenprod ou Mbarodi. Au match aller, Guédiawaye FC et l’AS Pikine en avaient offert une mémorable. Sans conteste le meilleur spectacle de la saison de football local jusqu’à ce jour. Le stade Léopold Sédar Senghor avait renoué avec ses heures glorieuses : gradins bien garnis, tribunes colorées, larmes de joie et de tristesse mêlées, mais des supporters exemplaires dans leur fair-play. Sur la pelouse, une intensité rare et des buts d’anthologie. Le tout s’achevait sur un épilogue renversant : Pikine s’imposait 3-0, mettant fin à treize ans de disette face à son voisin guédiawayois, alors en pleine déroute avec 5 défaites, 1 nul, 1 but marqué, 11 encaissés.
Quatre mois plus tard, les rôles s’inversent
Dimanche, pour le compte de la 21e journée de Ligue 1, les deux clubs se retrouvent face à face. Mais le tableau a radicalement changé. Comme s’il était interdit que Guédiawaye et Pikine soient simultanément au sommet de leur forme, les rôles se sont inversés : là où Guédiawaye FC connaissait la crise, c’est désormais Pikine qui s’écroule. Et ce retournement de situation, on peut largement le mettre au crédit d’un homme : Joseph Waganne Senghor.
Arrivé discrètement sur le banc des Crabes, Joe Senghor a produit des résultats qui ont tout du coup de baguette magique. Depuis sa prise de fonction, il affiche un bilan immaculé : 3 victoires en 3 sorties, 8 buts marqués, 2 encaissés. Pour une équipe qui totalisait 9 défaites, 5 nuls et 3 victoires en 17 matchs avant sa venue, le contraste est saisissant. C’est le jour et la nuit.
L’ombre d’un départ fracassant
Ce qui pimente encore davantage ce match, c’est la singulière trajectoire de ce technicien. Car avant Guédiawaye FC, Joe Senghor entraînait… l’AS Pikine. Et il n’en était pas parti en douceur. La saison passée, après seulement deux journées de championnat, il claquait la porte des Sandicalystes dans un bruit qui résonnait bien au-delà des vestiaires.
Les mots échangés à l’époque entre lui et Modou Fall avaient été d’une franchise brutale, pour ne pas dire cinglante. Le président n’avait pas mâché ses mots : « Il n’avait pas les épaules pour diriger l’AS Pikine. Si j’avais été là au moment de sa nomination, il n’aurait jamais obtenu ce poste. Il n’est pas de la trempe des Alassane Dia qui ont fait briller ce club. » Le coach, lui, avait riposté avec une égale vigueur : « En vérité, je ne pouvais pas travailler avec Modou Fall, le vice-président du club. Ce n’est pas un homme de vérité. Le club fait croire aux supporters que tous les ingrédients sont réunis pour gagner le championnat, alors que depuis deux mois, on travaille sans salaire. »
Des déclarations qui ont laissé des traces. Et dimanche, le terrain sera peut-être le lieu d’une réponse.
Les enjeux d’un duel à rebondissements
Ce ne sera pas nécessairement un duel entre Joe Senghor et Modou Fall. Mais l’ancien coach de Pikine a l’occasion rêvée d’enfoncer une vieille connaissance qui ne l’avait pas épargné. En cas de victoire, il réussirait à hisser les Crabes devant les Sandicalystes au classement, et plongerait surtout ces derniers dans une nouvelle zone de turbulences. Ce serait en effet un 5e revers en 6 journées de la phase retour ; exactement le bilan catastrophique qu’affichait Guédiawaye FC à la phase aller, après sa correction infligée par ce même Pikine.
En revanche, un succès pikinois relancerait une machine grippée depuis la victoire contre le Jaraaf au stade Léopold Sédar Senghor (1-0), le 25 janvier 2026, et stopperait net l’élan conquérant insufflé par leur ancien entraîneur à Guédiawaye FC.
Les enjeux sont là. Les jeux sont ouverts. Et quelque part, dans les coulisses de ce derby, une vieille histoire attend son dénouement.
D.V.







