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Lamine Sy (AJ Auxerre) : « Si je suis appelé par le Sénégal, je n’hésiterai pas »

Latéral droit en pleine ascension à l’AJ Auxerre, Lamine Sy s’impose progressivement en Ligue 1 après un parcours marqué par le travail, la résilience et deux graves blessures. Né en France de parents sénégalais, le défenseur ne cache pas son attachement au pays de ses origines et son ambition de porter un jour le maillot des Lions. Entretien avec un joueur ambitieux et profondément attaché à ses valeurs.

Lamine Sy, depuis le début de saison, on te voit enchaîner les bonnes performances au poste d’arrière droit avec l’AJ Auxerre en Ligue 1. Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Je suis né aux Mureaux, en France. Mes parents sont sénégalais. En dehors du football, je suis quelqu’un de simple, très attaché à ma famille, à mes valeurs et à l’éducation que mes parents m’ont donnée. J’aime les moments calmes, les repas en famille, surtout quand on mange le thieb ou le « lathiri khako » préparé par ma maman. Je suis allé plusieurs fois au Sénégal. Au départ, je passais beaucoup de temps dans le village de mon père à Walel, dans la région de Matam, et dans celui de ma mère à Sémé. Puis, en grandissant, mon frère m’a fait découvrir davantage Dakar, la capitale.

Peux-tu nous raconter comment le football est entré dans ta vie ?

Comme pour beaucoup d’enfants, tout a commencé très tôt, dans la rue et dans les quartiers. Je viens d’une grande famille, avec beaucoup de frères qui jouaient déjà au football, donc je me suis naturellement inspiré d’eux. J’ai ensuite commencé dans le club de ma ville, Les Mureaux. Mon parcours m’a ensuite mené à l’INF Clairefontaine, puis j’ai effectué ma formation à Caen. J’ai été prêté à Rouen et aujourd’hui je suis à l’AJ Auxerre. À Clairefontaine, j’avais 12 ou 13 ans, et ça a été une étape très importante pour moi.

À quel moment as-tu compris que le football pouvait devenir ton métier ?

À l’adolescence. Quand j’ai compris qu’il fallait faire des sacrifices et que je voyais que je progressais. Mon grand frère qui est agent de joueurs m’a aussi beaucoup parlé, il m’a fait passer des messages que je ne comprenais pas forcément au début par manque d’expérience. Mais avec le temps, j’ai compris. C’est là que j’ai eu le déclic et que j’ai pris conscience des enjeux.

« Représenter le pays de mes parents serait un immense honneur. Mais je sais que ça se mérite. Je travaille chaque jour pour être performant. J’avais déjà eu l’opportunité de venir avec les U23, mais une blessure a freiné le processus ».

Comment s’est faite ton arrivée à l’AJ Auxerre ?

Ça s’est fait assez naturellement. J’étais à Rouen, en sortie d’une très bonne saison où j’avais été élu meilleur joueur et meilleure révélation, et j’étais dans le onze type. Auxerre m’avait déjà fait une offre, mais malheureusement je me suis blessé à deux journées de la fin. Il y avait aussi d’autres clubs intéressés, notamment Lille et d’autres équipes de Ligue 1. Malgré ma blessure aux ligaments croisés, Auxerre est revenu sans même savoir exactement dans quel état j’étais physiquement. Ils m’ont tout de suite montré leur confiance et leur attachement. Le directeur sportif, David Wantier, a beaucoup compté dans ma décision. C’est ce qui a fait que mon cœur s’est tourné vers Auxerre. Déjà, c’est un club historique, reconnu pour faire progresser les joueurs. Mais surtout, la confiance qu’ils m’ont accordée alors que j’étais blessé. Pour moi, c’est essentiel.

Lamine Sy AJ Auxerre

Tu as connu le National, la Ligue 2 avec Caen, et aujourd’hui la Ligue 1. Quelles différences observes-tu ?

La principale différence, c’est la vitesse d’exécution et le niveau tactique. En Ligue 1, tout va beaucoup plus vite : les déplacements, les prises de décision. Les joueurs sont plus complets, physiquement et techniquement, et les erreurs se paient cash.

Tu es né et tu as grandi en France, mais tu es issu de parents sénégalais…

Oui, j’ai une double culture. Mes parents m’ont appris à être fier de mes origines. Mon père est très attaché au Sénégal et nous a toujours transmis cet amour du pays. Le choix du cœur est naturel. Porter le maillot du Sénégal et représenter le pays de mes parents serait une immense fierté. Mon objectif est de rendre fiers mes parents et toute ma famille.

Jouer pour l’équipe nationale du Sénégal fait donc partie de tes objectifs ?

Bien sûr. Représenter le pays de mes parents serait un immense honneur. Mais je sais que ça se mérite. Je travaille chaque jour pour être performant. J’avais déjà eu l’opportunité de venir avec les U23, mais une blessure a freiné le processus. Si l’occasion se représente, je n’hésiterai pas une seconde.

« La France est une grande nation, la Norvège aussi. Mais j’ai confiance en l’équipe du Sénégal. Chaque équipe jouera avec ses armes, et j’espère que le Sénégal sortira vainqueur. »

As-tu déjà été contacté par le staff de la sélection sénégalaise ?

Non, pas personnellement. Pour l’instant, je me concentre sur ma saison. Le terrain parlera pour moi.

Qu’est-ce qui t’a marqué lors de la dernière CAN du Sénégal ?

L’unité du groupe et la force mentale. On sentait que l’équipe jouait pour le peuple, pour l’amour du maillot. Cette énergie et cette fierté dépassent largement le terrain.

La Coupe du monde 2026, c’est un rêve ?

Bien sûr. C’est le rêve de tous les footballeurs. Je sais qu’il y a des étapes à franchir, mais je travaille pour ça. Une première sélection, de bons matchs, et ensuite pourquoi pas une Coupe du monde.

Comment vois-tu la poule du Sénégal en Coupe du monde ?

La France est une grande nation, la Norvège aussi. Mais j’ai confiance en l’équipe du Sénégal. Chaque équipe jouera avec ses armes, et j’espère que le Sénégal sortira vainqueur.

Penses-tu que le Sénégal peut aller loin lors du prochain Mondial ?

Oui. Même si ce n’est pas la même compétition que la CAN, le Sénégal a montré ses capacités. Avec l’unité du groupe et la qualité des joueurs, l’équipe peut réaliser de grandes choses.

Affronter la France en Coupe du monde, ce serait spécial pour toi ?

Oui, ce serait un rêve éveillé. En 2002, je n’étais pas encore né, mais j’ai vécu cet exploit à travers mon père et mon grand frère Amadou. Plus de vingt ans plus tard, ce serait un match incroyable.

Lamine Sy, tu as connu deux ruptures des ligaments croisés. Comment as-tu traversé ces épreuves ?

C’était très frustrant, bien sûr. Mais j’ai une grande foi en Dieu. Je me dis que si c’est arrivé, c’était le chemin tracé par le Bon Dieu. J’ai beaucoup travaillé mentalement et physiquement. Ma famille m’a énormément soutenu. Ce sont des épreuves qui forgent un joueur et un homme, et je pense que ça m’a rendu plus fort.

Enfin, où te vois-tu dans cinq ou six ans ?

Au plus haut niveau, à enchaîner les saisons, à jouer de grandes compétitions et à rendre fiers mes parents. Et aussi mon grand frère Amadou, qui a toujours été là, qui a fait beaucoup de sacrifices pour moi et m’a permis de me concentrer uniquement sur le football.

Lamine Sy AJ Auxerre

Propos recueillis par Ndèye Camara et Khadim Diakhaté 

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