Le jour où… Casa Sports a touché le ciel en faisant tomber le Jaraaf
Avant l’ère du professionnalisme, le Casa Sports a longtemps attendu son heure. Longtemps espéré, parfois rêvé, souvent repoussé, le bonheur n’avait frappé qu’une seule fois à la porte des Ziguinchorois : en 1979, lors d’une finale de Coupe du Sénégal entrée à jamais dans la mémoire collective du Sud. Ce jour-là, face au grand Jaraaf de Dakar, Casa Sports a écrit la première ligne de sa légende.
Le destin a voulu que Bassirou Ndiaye s’éteigne le 17 juillet 2022. Comme un cruel clin d’œil de l’histoire, c’est un 8 juillet 1979 que le numéro 10 du Casa avait illuminé le stade Demba Diop et offert au club son tout premier trophée national. Devant des tribunes bondées, sous les yeux des plus hautes autorités du pays, Bass avait frappé là où ça fait le plus mal. En cinq minutes de feu, il avait plié la finale. Deux buts. Deux éclairs. Deux cris venus du cœur de la Casamance (74e, 78e).
Ce jour-là, le Jaraaf n’a rien pu faire. « Sur le premier but, Jules Bocandé venait de subir une charge. Il m’a demandé de jouer vite, parce qu’il n’était pas blessé et que les attaquants attendaient », racontait des années plus tard Demba Ramata Ndiaye, capitaine emblématique et figure éternelle du club. Le ballon est parti, Bassirou a frappé, et l’histoire a basculé.
Pour mesurer la portée de cet exploit, il faut se souvenir du chemin parcouru. Avant la fusion de septembre 1969 qui donna naissance au Casa Sports, le Casa Sport n’avait disputé qu’une seule finale, en 1962, face à la Jeanne d’Arc. Une humiliation cruelle (6-1) encore gravée dans les mémoires. En 1979, la revanche était enfin prise. Un an plus tard, Casa retrouva la finale, encore contre la Jeanne d’Arc, la Vieille Dame s’imposa au terme d’un duel disputé en deux manches (1-1 et 1-0 en deuxième édition), laissant aussi derrière elle la suspension de Jules François Bocandé.
Aujourd’hui, l’histoire continue de s’écrire. Ce dimanche, Casa Sports retrouve encore le Jaraaf. Pas pour une finale, mais pour la 14e journée de Ligue 1. Un duel devenu le Clasico du football sénégalais, même si l’affiche a perdu un peu de son éclat ces dernières années. L’engouement n’est plus celui des grandes heures du début du professionnalisme, quand les deux géants se disputaient la Coupe de la Ligue 2010 (remportée par Casa) ou la Coupe du Sénégal 2013 (gagnée par les Médinois). D’autres rivalités ont pris le devant de la scène, de Pikine–Guédiawaye à Teungueth FC–Ajel ou encore USO-Jaraaf.
Mais à Ziguinchor, certains matchs ne meurent jamais. Au stade Aline Sitoé Diatta, Casa Sports avance avec l’assurance des grandes équipes. Troisièmes au classement de la Ligue 1, les hommes de Balla Djiba sont imprenables à domicile : cinq victoires, un nul, douze buts inscrits, seulement deux encaissés. En face, le Jaraaf, septième, peine loin de ses bases malgré des statistiques (2 victoires, 3 nuls, 1 défaite, 4 buts marqués, 3 encaissés)
Dans le Sud, un rêve persiste. Celui de succéder aux Médinois et de soulever le trophée de champion du Sénégal en 2026. Ce serait un troisième sacre en Ligue professionnelle, après 2012 et 2022, rejoignant ainsi Génération Foot (2017, 2019 et 2023) et le Jaraaf (2010, 2018 et 2025) dans le cercle fermé des clubs les plus titrés de l’ère moderne.
Et peut-être que, quelque part, l’ombre de Bassirou Ndiaye sourira encore. Parce qu’à Casa Sports, chaque duel face au Jaraaf réveille les souvenirs, les frissons… et l’envie d’écrire, encore, une page d’éternité.
D.V.







