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Les révélations de Barros, influenceur de la Tanière : « Je contribue à humaniser les joueurs »

De footballeur à créateur de contenus, Edgar Barros incarne une nouvelle génération d’acteurs du football africain. À travers ses vidéos immersives et son storytelling centré sur l’humain, il s’est imposé comme un visage incontournable autour de la sélection sénégalaise. Dans cet entretien, il revient sur son parcours, son expérience unique au cœur des Lions et sa vision du football africain.

Entretien.

Edgard Barros, à quel moment es-tu devenu créateur de contenu ?

Je suis devenu créateur de contenu il y a environ deux ans. Avant cela, j’étais footballeur et j’évoluais à un niveau national. À un moment donné, j’ai ressenti le besoin de voir autre chose. Le rythme de vie d’un footballeur est très exigeant, avec peu de temps pour soi et peu de vacances. J’avais envie de me reconnecter à quelque chose de plus profond. Ce déclic est arrivé lors d’un voyage au Mali, où je suis allé rendre visite à un ami avec qui j’avais grandi à Paris. Là-bas, je suis tombé amoureux de l’Afrique, du peuple malien et de sa culture. C’est à partir de ce moment que j’ai ressenti une forte envie de valoriser l’Afrique et de raconter une autre histoire que celle souvent véhiculée en Europe.

Au début, je ne savais pas exactement quelle direction prendre. Mais très vite, j’ai compris que je devais créer du contenu authentique, avec du sens. Je ne voulais pas simplement raconter ma vie, je voulais impacter, transmettre et inspirer.

« La veille de la finale, je n’avais même pas de ticket. Le jour du match, j’ai décidé d’aller en tribune avec les supporters pour vivre l’événement au plus près du peuple »

Comment décris-tu ton expérience de la CAN ?

La CAN a été bien plus qu’une compétition sportive. C’était une aventure humaine exceptionnelle, une immersion totale dans l’âme d’un peuple. Je trouvais dommage que la communication ne soit pas assez développée sur les réseaux sociaux, notamment après le sacre de 2021 où il y avait peu d’images. Mon objectif était donc d’apporter quelque chose de nouveau : montrer les coulisses, l’intimité du groupe, l’authenticité des joueurs. C’était une première qu’un créateur de contenu puisse entrer aussi profondément dans la tanière des Lions et produire autant de contenu immersif.

Edgar Barros et les supporters

Quel a été le moment le plus fort ?

La finale, sans hésitation. La veille, je n’avais même pas de ticket. Le jour du match, j’ai décidé d’aller en tribune avec les supporters pour vivre l’événement au plus près du peuple. Je ne voulais pas être en VIP, je voulais ressentir chaque émotion. Le match nous a fait passer par toutes les sensations possibles : stress, peur, joie… Le cœur battait à mille. C’était indescriptible.

As-tu ressenti de la pression ?

Pas une pression négative. J’avais surtout une énorme envie de bien faire. Je savais que certains attendaient le moindre faux pas, notamment à cause de ma légitimité parfois remise en question. Mais cela m’a donné encore plus de force. Représenter une nation ne se limite pas à une couleur de peau. Ma seule pression était positive : faire mieux que ce qui avait été fait avant, tout en restant moi-même.

Quelle a été la force du Sénégal ?

La résilience du groupe, avant tout. C’est un collectif solide, avec un staff technique très compétent et des joueurs de très haut niveau qui ont su imposer un cadre. Et il ne faut pas oublier le peuple sénégalais, qui est un véritable 12e homme.

Comment juges-tu le niveau actuel de l’équipe ?

Je pense que l’équipe est à son meilleur niveau historique. Pour moi, c’est actuellement la meilleure équipe africaine.

« Contrairement à l’Europe, où beaucoup de choses restent en interne, en Afrique tout est rapidement exposé. Personnellement, je reste concentré sur ma mission. Je ne me mêle pas des polémiques ».

Le Sénégal est-il aujourd’hui l’équipe à battre ?

Oui, clairement. Avec deux étoiles et un effectif de grande qualité, toutes les équipes veulent se mesurer à nous.

Quels joueurs t’impressionnent le plus ?

Deux joueurs en particulier : Sadio Mané, pour sa résilience, son impact sur le football africain et ses qualités humaines. Kalidou Koulibaly, qui est un pilier du groupe, un leader et un capitaine exemplaire.

Comment vois-tu l’évolution du groupe ?

Elle est très positive. La nouvelle génération arrive avec force, et le groupe continue d’attirer des joueurs de haut niveau.

Comment analyses-tu les critiques autour de la sélection ?

Les critiques sont souvent amplifiées par les réseaux sociaux. Contrairement à l’Europe, où beaucoup de choses restent en interne, en Afrique tout est rapidement exposé. Personnellement, je reste concentré sur ma mission. Je ne me mêle pas des polémiques. Mon rôle est de valoriser, pas de diviser.

Comment s’est passée ton expérience à Kinshasa ?

C’est l’un de mes voyages les plus marquants. Kinshasa est une ville impressionnante, avec une énergie unique.

Qu’est-ce qui t’a le plus marqué ?

L’ambiance autour du football. Le stade était rempli dès 11h du matin pour un match à 17h. Les tribunes tremblaient.

Edgar Barros

As-tu ressenti une différence avec d’autres pays ?

Oui, il y a une vraie différence culturelle avec l’Afrique de l’Ouest. Une autre manière de vivre le football, très intense, presque spirituelle

« Après le troisième but du Sénégal, j’ai célébré devant les supporters congolais. J’ai reçu une bouteille remplie d’un liquide… Au début, je pensais que c’était une boisson classique, mais l’odeur m’a vite fait comprendre que ce n’était pas le cas. Un moment surprenant ! »

Une anecdote à partager ?

Après le troisième but du Sénégal, j’ai célébré devant les supporters congolais. J’ai reçu une bouteille remplie d’un liquide… Au début, je pensais que c’était une boisson classique, mais l’odeur m’a vite fait comprendre que ce n’était pas le cas. Un moment surprenant !

Comment te définis-tu aujourd’hui ?

Je me vois comme un pont entre les joueurs et les supporters. Je contribue à humaniser les joueurs, à montrer leur réalité, tout en respectant leur intimité.

Les joueurs suivent-ils ton contenu ?

Oui, beaucoup le suivent et le partagent.

Ressens-tu une responsabilité particulière ?

Oui, énormément. Je sais ce que je peux montrer ou non. Une erreur peut avoir de grosses conséquences.

« Je ne peux pas choisir une seule vidéo, car chacune raconte une histoire différente. Mais celle avec Sadio Mané, lors du retour à Dakar avec le trophée, a marqué un tournant avec plus de 70 millions de vues »

Comment travailles-tu tes contenus ?

Je fonctionne beaucoup à l’instinct. J’ai énormément d’idées, mais je les structure pour créer un storytelling fort. Je privilégie l’émotion avant tout. J’essaie de trouver un équilibre entre information, authenticité et divertissement.

Une vidéo dont tu es particulièrement fier ?

Je ne peux pas en choisir une seule, car chacune raconte une histoire différente. Mais celle avec Sadio Mané, lors du retour à Dakar avec le trophée, a marqué un tournant avec plus de 70 millions de vues.

Edgar Barros a-t-il des regrets ?

Non. Chaque contenu correspond aux moyens et à l’état d’esprit du moment.

Comment vois-tu le football africain aujourd’hui ?

Il est encore sous-estimé en Europe. Pourtant, il progresse très vite, peut-être même plus vite que le football européen.

Que manque-t-il selon toi ?

Des infrastructures. Des moyens. Des leaders forts et exemplaires. Le digital a un rôle clé à jouer pour changer les perceptions.

Une culture qui t’a marqué ?

Le Japon m’a énormément marqué. Une culture très différente, mais avec des valeurs proches des nôtres comme le respect et le collectif.

Quels sont tes objectifs ?

La Coupe du monde est mon plus grand objectif. J’aimerais suivre l’équipe du Sénégal au plus près et proposer une couverture unique, encore plus ambitieuse que celle de la CAN. J’espère pouvoir compter sur le soutien de la Fédération sénégalaise de football pour aller encore plus loin.

Où pourra-t-on te suivre ?

Partout dans le monde, à travers mes contenus. Je continuerai à valoriser l’Afrique tout en découvrant d’autres cultures.

Un message pour les supporters ?

Merci pour votre soutien, votre force et votre bienveillance. Ce n’est que le début. Et une pensée particulière pour les supporters sénégalais bloqués au Maroc : je suis de tout cœur avec vous.

Edgar Barros avec Iliman Ndiaye

Propos recueillis par Khadim DIAKHATÉ

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