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Limogeage de Pape Thiaw : et maintenant, qui va payer la note salée ?

Le Comité exécutif de la Fédération sénégalaise de football a pris sa première grande décision après le crash de Seattle : engager la procédure de licenciement de Pape Bouna Thiaw.

D’un statut de héros à celui de coupable idéal

On le sait tous, le football a la mémoire courte. Il y a quelques mois à peine, Pape Thiaw était célébré comme le héros de Rabat. Son triomphe à la CAN avait même donné lieu à une tournée de célébration improvisée, un « Lambaar Lambaari tour » destiné à renforcer l’aura des dirigeants de la Fédération sénégalaise, dont la légitimité a beaucoup été contestée. Quelques semaines plus tard, le voilà désigné principal responsable du cauchemar américain. Du statut de héros, il est passé à celui de coupable idéal.

Un milliard de FCFA d’indemnités à payer ?

Mais derrière cette décision sportive se cache une question beaucoup plus délicate : qui paiera la facture ? Car la Fédération sénégalaise de football ne dispose pas, à elle seule, des moyens financiers lui permettant d’assumer sereinement les coûts du limogeage d’un sélectionneur national. Selon les informations de Dsports, Pape Thiaw n’a signé son contrat que le 23 juin dernier, un bail de trois ans assorti d’un salaire mensuel de 30 millions de francs CFA.

Une interrogation devient alors centrale : ce contrat comporte-t-il une clause permettant une rupture sans indemnités en cas de non-atteinte des objectifs ? À ce stade, rien ne permet de l’affirmer publiquement. En revanche, en l’absence d’une telle clause, un contentieux pourrait coûter extrêmement cher. Si le technicien décidait de saisir la justice pour faire valoir ses droits, les indemnités pourraient atteindre des montants considérables, potentiellement proches du milliard de francs CFA selon différents scénarios d’exécution du contrat. Une somme que ni la Fédération ni l’État ne pourraient payer sans conséquences.

Un contrat signé sous pression, après des mois d’attente

À cet égard, l’entourage de Pape Thiaw aura eu le mérite d’insister jusqu’au bout pour obtenir enfin la signature de ce contrat, après plusieurs mois d’attente. Sans cette pression, le sélectionneur aurait probablement continué à travailler sans la moindre garantie juridique. Ceux qui le connaissent savent qu’il privilégie souvent la loyauté au rapport de force, une qualité humaine qui, dans le football professionnel, peut parfois devenir une faiblesse.

Pendant des mois, cette situation n’a pourtant suscité aucune urgence du côté des dirigeants fédéraux. Le sélectionneur dirigeait les Lions sans contrat, une anomalie institutionnelle qui n’a jamais semblé déranger les responsables de la Fédération.

On peut dès lors s’interroger : cette attente était-elle simplement le résultat de lourdeurs administratives, ou traduisait-elle aussi une forme de prudence vis-à-vis d’un entraîneur dont certains dirigeants n’ont jamais véritablement souhaité la nomination ? La question mérite d’être posée.

Paradoxalement, alors que son contrat tardait à être signé, Pape Thiaw était omniprésent dans toutes les opérations de communication organisées après la CAN. Entre cérémonies, hommages et tournées médiatiques, son image servait à valoriser la réussite fédérale. Autant d’obligations qui ont probablement réduit le temps qu’il aurait pu consacrer à la préparation du Mondial, alors même que sa situation contractuelle demeurait incertaine.

Une leçon pour l’avenir

Cette expérience laissera également une leçon au technicien lui-même. Les compétences tactiques ne suffisent pas toujours à protéger un sélectionneur. Dans un environnement aussi politique que le football sénégalais, le management exige aussi du caractère, de la fermeté et la capacité de défendre ses propres intérêts.

La force d’un leader ne se proclame pas en conférence de presse avec un « Fou meu diogué, ragal dou fa dëkk. » Elle se démontre au moment de négocier, de fixer ses limites et de refuser certaines situations.

Quel avenir pour le banc sénégalais ?

Reste désormais la question de l’avenir. Avant même que le ministère des Sports n’entérine officiellement cette décision, la Fédération prépare-t-elle déjà la succession ? A-t-elle déjà identifié son futur sélectionneur ? Ou lancera-t-elle un véritable processus de recrutement ?

Le temps presse. Les éliminatoires de la CAN 2027 débutent dès le mois de septembre. Le futur sélectionneur devra rapidement bâtir son staff, renouer le dialogue avec un groupe meurtri par l’échec mondial et redonner un cap à une équipe qui sort profondément secouée.

Or, recruter un entraîneur de haut niveau représente toujours un investissement important. Les techniciens capables de répondre aux ambitions du Sénégal coûtent cher. Leur staff également.

Une facture qui dépasse le sportif

Au final, la véritable facture de Seattle ne sera peut-être pas seulement sportive. Elle sera aussi financière. Et la question demeure entière : l’État acceptera-t-il, une nouvelle fois, de régler seul cette note salée, ou le football sénégalais devra-t-il enfin s’interroger sur son propre modèle de gouvernance et de responsabilité ?

D.V.

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