Moussa Wagué : « Messi, mes choix, mes trois opérations, mon but au Mondial 2018 »
Révélé au grand public lors de la Coupe du monde 2018 avec son but historique contre le Japon, Moussa Wagué a connu une ascension fulgurante avant d’être freiné par de graves blessures. Dans cet entretien exclusif avec Dsports.sn, l’ancien latéral des Lions revient sur son Mondial 2018, son passage au FC Barcelone, ses trois opérations et ses souvenirs inoubliables avec la sélection U20 qui a atteint la demi-finale au Mondial 2015.
Moussa Wagué, le 24 juin 2018, ça te rappelle quelque chose ?
Oui, absolument. C’était une journée incroyable. Un jour très spécial pour moi, que je risque de ne jamais oublier. Une journée particulière pour ma famille, mon entourage et moi-même. J’ai marqué en Coupe du monde avec le Sénégal.
Vous devenez le plus jeune buteur sénégalais en Coupe du monde contre le Japon. Comment avez-vous vécu cette journée dès le réveil ?
Au début, on ne se rend même pas compte de ce qu’on a fait. Après l’émotion, c’est différent : il y a la famille qui appelle, les encouragements et les félicitations venant de partout. Nous sommes des professionnels, donc quand on entre sur le terrain, on veut toujours jouer et gagner. Mais je ne m’attendais vraiment pas à ça. J’étais comme d’habitude avant le match et pendant le match aussi. Je me suis simplement projeté vers l’avant, comme je le fais souvent, parce que cela fait partie de mon jeu. Et j’ai marqué. C’est sensationnel. Ça n’arrive pas tous les jours de marquer en Coupe du monde.
Pouvez-vous nous replonger dans l’action de votre but : qu’est-ce qui vous traverse l’esprit à ce moment précis ?
Si je me rappelle bien, c’était une contre-attaque. Il y avait l’autre latéral, Youssouf Sabaly, qui était monté et qui avait fait une très belle action, comme on le connaît. Ensuite, il a centré le ballon et je pense que Mbaye Niang l’a légèrement touché. Moi, je me suis projeté, comme un latéral offensif. J’ai suivi l’action instinctivement. Le gardien a essayé d’anticiper en bas et j’ai frappé directement en hauteur. C’était magnifique. Au moment de la célébration, Ismaïla Sarr est venu me prendre dans ses bras, ainsi que Sadio Mané. Malheureusement, nous n’avons pas réussi à conserver le score et à gagner.
Quelle a été votre première réaction après avoir marqué pour le Sénégal en Coupe du monde ?
À ce moment-là, c’était l’euphorie totale. On ne réfléchit pas beaucoup, on célèbre instinctivement. On était concentrés sur le match, mais j’ai quand même pensé à ma mère, mon père et mes frères. Ils étaient là à me regarder jouer et marquer, c’était extraordinaire. Après le match, tout le monde m’a félicité : les coéquipiers, le staff et beaucoup d’autres personnes.
Le match se termine sur un nul (2-2) : est-ce que la frustration du résultat a atténué votre bonheur personnel ?
Oui, en partie. C’était un match important pour nous, surtout après notre victoire contre la Pologne lors du premier match. Je pense que l’égalisation du Japon nous a coûté notre qualification en 8e de finale. On savait qu’on pouvait le faire. C’était vraiment frustrant parce qu’on voulait gagner ce match. Quand j’ai marqué, j’étais très heureux, mais après l’égalisation, cela a vraiment atténué ma joie.
« Jouer pour l’équipe nationale n’est pas donné à tout le monde. Quand on y est, on doit tout donner pour le pays, le drapeau et le maillot ».
Avec le recul, que représente aujourd’hui ce but dans votre carrière ?
C’est quelque chose de très important dans ma carrière. Ce but m’a ouvert beaucoup de portes. On en parle encore aujourd’hui dans ma famille et on ne l’oubliera jamais. Marquer un but en Coupe du monde avec son pays, ça reste gravé à vie.
Comment le groupe a-t-il vécu l’élimination cruelle à cause de la règle des cartons jaunes ?
C’était très frustrant. Je pense que c’était la première fois qu’on entendait parler d’une élimination à cause des cartons. On pensait vraiment se qualifier parce qu’on était bien entrés dans la compétition. Être éliminés de cette manière, c’était décevant. Si cela s’était joué sur le terrain, on aurait compris. C’est après le match contre la Colombie que le staff nous a annoncé qu’on était éliminés à cause des cartons. On ne s’y attendait pas du tout et tout le monde était déçu.

Moussa Wagué lors de sa présentation au FC Barcelone
Comment s’est passée votre première sélection avec Aliou Cissé ?
C’était un rêve d’enfance réalisé. Comme tous les jeunes qui jouent au football, je rêvais de cela. C’était spécial pour moi, ma famille et tout mon entourage. Être professionnel, c’est bien, mais porter le maillot de l’équipe nationale, c’est encore mieux. Je n’ai pas pleuré, mais j’étais très heureux. Mes coéquipiers de KAS Eupen m’ont félicité et encouragé.
Qu’avez-vous ressenti lors de vos premiers matchs comme titulaire avec les Lions ?
J’étais content parce que j’avais beaucoup travaillé pour cela. Jouer pour l’équipe nationale n’est pas donné à tout le monde. Quand on y est, on doit tout donner pour le pays, le drapeau et le maillot. Quand j’ai su que j’allais être titulaire, j’ai appelé ma famille. C’était un match amical contre le Nigeria, en Angleterre, juste après la CAN 2017. On avait fait 1-1.
Votre progression en sélection a été très rapide : comment avez-vous géré cette montée en puissance ?
Ce n’était pas facile. Ma famille m’a beaucoup aidé à garder la tête sur les épaules. Il y avait beaucoup d’attentes autour de moi. Mais à l’académie Aspire, on était préparés à cela. Quand on est jeune, on veut profiter et rendre fiers sa famille, son pays et ses amis. Dans le football, il faut apprendre à gérer la pression et ne pas se focaliser sur les critiques. Cela fait aussi partie du professionnalisme.
« Cette blessure m’a éloigné des terrains pendant deux saisons. J’ai subi trois opérations durant cette période. Heureusement, ma famille et mes amis étaient là pour me soutenir. »
À ce moment-là, vous sentiez-vous déjà installé durablement en équipe nationale ?
Oui, avant les blessures, je me sentais vraiment bien. J’étais à l’aise avec Aliou Cissé, qui m’avait beaucoup aidé dans ma progression depuis les petites catégories. Mais après, il y a le destin.
Votre carrière a connu un coup d’arrêt avec une grave blessure. Comment avez-vous vécu cette période ?
C’était très difficile. Cette blessure m’a éloigné des terrains pendant deux saisons. J’ai subi trois opérations durant cette période. Heureusement, ma famille et mes amis étaient là pour me soutenir. Au début, je ne pensais pas que c’était aussi grave, mais avec le temps, on a compris que ce n’était pas une petite blessure. C’était dur de voir les autres jouer alors qu’on reste à l’infirmerie sans connaître sa date de retour. Mais je suis resté croyant et j’ai accepté mon destin. Finalement, deux ans plus tard, je suis revenu sur les terrains.
Y a-t-il eu un moment où vous avez sérieusement pensé à arrêter le football ?
Non, jamais. J’avais un très bon médecin qui me suivait et me motivait énormément. Bien sûr, il y avait des doutes, mais ils sont vite passés grâce à mon entourage et à ma famille.
Avec du recul, pensez-vous avoir fait un mauvais choix dans votre carrière ?
Quand je suis allé au Barça, il y a eu beaucoup de critiques. Mais pour moi, ce n’était pas un mauvais choix. Le FC Barcelona était mon club de rêve et j’ai réalisé ce rêve. Ce qui s’est passé appartient au passé. Je remercie Dieu pour cela et la vie continue. Tout le monde ne sera pas forcément d’accord avec vos choix, mais c’est comme ça.
Ressentez-vous parfois de la nostalgie en regardant aujourd’hui la sélection sénégalaise ?
Pas vraiment. Je me suis dit que j’avais vécu mon temps en équipe nationale. Aujourd’hui, quand je vois le niveau actuel de la sélection, je suis fier et heureux d’avoir une fois porté ce maillot. L’équipe continue de bien représenter le Sénégal et même l’Afrique. On voit le travail d’Aliou Cissé se poursuivre avec Pape Thiaw. C’est une fierté.
Comment appréciez-vous les performances de Krépin Diatta au poste de latéral droit ?
Krépin Diatta est un ami et un très bon joueur polyvalent. Je l’ai toujours dit. C’est quelqu’un capable d’évoluer à plusieurs postes. Ça fait plaisir de le voir progresser et réussir dans un rôle où on ne l’attendait pas forcément.
Le Sénégal va disputer une troisième Coupe du monde consécutive. Pensez-vous que cette équipe a les armes pour aller loin ?
Oui, c’est une équipe ambitieuse qui a énormément progressé. Aujourd’hui, tout le monde regarde le Sénégal. Nous sommes capables d’aller très loin. On espère franchir enfin le cap des demi-finales. On leur souhaite le meilleur et on leur envoie toute notre force.
« Bien sûr, j’aurais aimé continuer au très haut niveau, mais ce sont des choses qui arrivent dans une carrière. Je ne suis ni le premier ni le dernier à vivre cela. Je ne regrette pas ce que j’ai fait ».
Quand vous repensez à votre trajectoire, avec un départ très prometteur, cela vous laisse-t-il un pincement au cœur ?
C’est le football et c’est aussi le destin. Bien sûr, j’aurais aimé continuer au très haut niveau, mais ce sont des choses qui arrivent dans une carrière. Je ne suis ni le premier ni le dernier à vivre cela. Je ne regrette pas ce que j’ai fait. Aujourd’hui, le plus important, c’est que j’ai retrouvé les terrains.
Votre passage au FC Barcelone est-il un regret ou une fierté malgré tout ?
C’est une grande fierté. J’ai réalisé une partie de mes rêves et je ne regrette pas d’avoir porté ce maillot. Depuis mon enfance, je voulais jouer pour ce club.
Pourquoi, selon vous, les joueurs issus d’Aspire Academy ont parfois du mal à s’imposer durablement au très haut niveau ?
J’ai connu beaucoup de joueurs talentueux qui avaient très bien commencé, mais qui ne sont finalement pas arrivés au niveau qu’on leur promettait. Après, chacun a son destin et Dieu décide de beaucoup de choses.
Selon vous, qu’est-ce qui est le plus difficile pour un jeune talent sénégalais : atteindre le sommet ou s’y maintenir ?
Quitter le Sénégal est déjà un premier challenge, même si c’est plus accessible aujourd’hui. Ensuite, atteindre le sommet ou s’y maintenir dépend de beaucoup de choses. Heureusement, il y a de très bonnes académies au Sénégal qui font un excellent travail. Il faut continuer à travailler dur, ne jamais baisser les bras et écouter les conseils des personnes qui vous entourent.
Quels souvenirs gardez-vous de cette génération U20 du Sénégal, demi-finaliste mondiale ?
C’était une génération bourrée de talent. Nous étions la première génération sénégalaise à atteindre les demi-finales d’une Coupe du monde. On avait énormément travaillé et le groupe était très soudé. C’était le début de beaucoup de choses pour nous.
Qui était selon vous le joueur le plus talentueux ?
Il y avait beaucoup de talentueux joueurs : Al Hassane Sylla, Sidy Sarr, Elimane Cissé ou encore Moussa Koné. On avait vraiment une très belle équipe.
Saviez-vous que Gabriel Jesus faisait partie de l’équipe du Brésil qui vous avait battus 5-0 ?
Oui, je l’ai réalisé après, quand il a commencé à exploser au très haut niveau. Je me suis alors souvenu de lui.
Quel a été votre moment le plus marquant lors de cette Coupe du monde U20 en 2015 ?
La qualification en demi-finale. C’était vraiment marquant. Nous n’étions peut-être pas l’équipe la plus forte, mais nous avions un groupe exceptionnel, très soudé et travailleur. On était comme une famille.
Comment avez-vous vécu la Coupe du monde 2022 remportée par Lionel Messi, que vous avez côtoyé au Barça ?
Lionel Messi, c’est Lionel Messi. Ce n’était pas une surprise. L’Argentine avait une équipe talentueuse et il s’est énormément donné pour son pays. J’étais très content pour lui. Avec tout ce qu’il a apporté au football, il méritait vraiment ce titre.
À 27 ans, vous évoluez actuellement à Panserraikos en première division grecque. Comment se passe votre saison ?
La saison est compliquée. Nous nous battons pour éviter la relégation. Ce n’est pas évident, mais il reste encore quelques journées et nous avons retrouvé de la confiance. Nous sommes optimistes pour le maintien.
Entretien réalisé par Ndeye CAMARA






