Nabil Djelit : « Le Sénégal est le rival numéro 1 du Maroc à la prochaine CAN »
Dans une ambiance explosive au Stade des Martyrs de Kinshasa, le Sénégal a livré une démonstration de force contre la RD Congo (3-2) lors des qualifications pour le Mondial 2026, prouvant qu’il est en passe de valider son billet. Sur le plateau de l’AFC (Afrique Football Club), animé par Marie-Amélie Motte et avec Nabil Djellit et Hervé Penot de L’Équipe, l’analyse s’est concentrée sur la montée en puissance des Lions, présentés comme la plus sérieuse menace pour le Maroc lors de la prochaine CAN.
« C’est le rival numéro 1 du Maroc à la prochaine CAN », affirme Nabil Djellit, renforcé par Hervé Pénot, qui souligne : « Sur le papier, vous avez Maroc et Sénégal. Maroc, je les garde un tout petit peu devant peut-être pas sur le niveau du jeu, mais c’est le fait de jouer à domicile. S’il se passe quelque chose, vous allez être emportés par une houle marocaine incroyable là-bas. Le Sénégal vient en deuxième rideau juste après, avec d’autres équipes. Vous avez la Côte d’Ivoire qui ne prend pas un but, ce n’est pas rien. »
Après des résultats en dents de scie — nuls contre le Togo, la RD Congo et le Soudan —, la victoire à Kinshasa en terrain hostile envoie un message fort : cette équipe maîtrise ses émotions dans les matchs africains et ne recule devant rien.
La RDC, un véritable test de caractère pour les Lions
Dans l’émission intitulée « Comment le Sénégal est devenu irrésistible », les experts se sont intéressés sur les atouts de ce Sénégal version 2025 contre l’ancienne génération victorieuse de la CAN 2021 et les plus jeunes ? Comment Pape Thiaw conduit le mélange de générations chez les Lions de la Teranga ? Comment situer le Sénégal par rapport aux autres cadors du continent ?
« Je ne suis pas d’accord avec Pape Thiaw même si c’est lui qui a raison à la fin, lorsqu’il dit que le Sénégal n’était pas favori. Il ne faut pas exagérer », lance Djellit. « Moi, je dis ‘qu’ils ne soient pas largement favoris, d’accord. Que le climat soit hostile, d’accord. Que la RDC soit sur une bonne dynamique, d’accord.’ Mais, on parle quand même d’une des trois équipes africaines les plus dominantes ces cinq dernières années. C’est une finale de CAN, une CAN remportée, deux participations à la Coupe du monde consécutives. C’est aussi un effectif avec des joueurs aujourd’hui référencés dans le football européen. »
Pénot rappelle : « Vous aviez la RDC qui était sur une dynamique assez incroyable, qui était en tête de son groupe, avec le fait d’évoluer à domicile. La dernière CAN, ça servait aussi de modèle. La RDC avait fait une superbe CAN, c’est une troisième place. Le Sénégal avait été éliminé en 8e de finale. On pouvait imaginer que les forces en présence s’annihilaient, entre guillemets. (Mais, en réalité), il y avait effectivement un groupe plus fort, intrinsèquement, c’est le Sénégal, face à la RDC. La preuve, ils sont menés 2-0, ce n’était pas rien. »
Le symbole d’une maturité retrouvée
Nabil Djellit ne mâche pas ses mots : « C’est un match marquant, le plus marquant de ces éliminatoires de la Coupe du monde 2026. Ce qu’a fait le Sénégal, hier (mardi), honnêtement, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’équipes sur le continent qui en soient capables. » Ce que ça dit sur la force mentale des Sénégalais ? « Ils n’ont pas paniqué, et c’est cela qui est impressionnant et je pense que ça tient aussi à ce que dégage leur entraîneur, Pape Thiaw, qui ne dégage pas de nervosité, mais de la sérénité. Ils ont fait preuve d’une maîtrise et, surtout, ils ne sont jamais dit, à mon avis, que c’était terminé. (…) Ça témoigne d’une certaine force tranquille. »
Le bilan est sans appel : 24 rencontres sans défaite en compétition officielle depuis deux ans, la dernière défaite datant de l’élimination aux tirs au but contre la Côte d’Ivoire, en 8e de finale de la CAN 2023. Leader du Groupe B des qualifications, le Sénégal confirme son statut de favori pour l’Amérique.
Hervé Pénot souligne : « Contre la RDC, c’était un test majeur pour cette équipe du Sénégal, arrivée dans un stade plein comme un œuf, une ambiance invraisemblable. Le pire, c’est qu’ils sont menés 2-0. Et, c’est là que c’est incroyable, ils ont montré cette force morale en plus d’avoir leurs qualités techniques et physiques qu’on connaît, ils ont cette force de pouvoir remonter deux buts de handicap et de l’emporter 3-2. Franchement, chapeau ! »
Et d’insister, un brin admiratif : « Là, on a vu ce que peut être le Sénégal, ce que peut devenir aussi un Sénégal encore un plus fort. Je pense qu’ils vont encore gagner en maturité, notamment au milieu. Cette sensation de force tranquille que dégage le Sénégal depuis quelque temps, c’est assez bluffant. Il fallait être capable de réaliser ça là-bas. »
« C’est une alchimie qui prend entre des tauliers, colonne vertébrale, et une génération émergente, jeune, qui veut prendre le pouvoir »
Selon Hervé Penot, la transition entre l’ancienne équipe d’Aliou Cissé et la nouvelle de Pape Thiaw se déroule à merveille. La gestion du renouvellement est intelligente, avec un noyau dur de cadres expérimentés — Koulibaly, Gana Guèye, Sadio Mané — entourés de jeunes prometteurs comme Habib Diarra, Pape Matar Sarr ou Lamine Camara, déjà titulaires en clubs européens de renom.
« C’est une alchimie qui prend entre des tauliers, colonne vertébrale, et une génération émergente, jeune, qui veut prendre le pouvoir. Ce n’est pas une question d’âge, ils sont déjà prêts. Ils sont déjà dans des grands clubs européens. Quand tu as Habib Diarra, Pape Matar Sarr, Lamine Camara, c’est des joueurs déjà titulaires, opérationnels dans de très bons clubs européens », analyse-t-il. « C’est comme un puzzle qui s’imbrique parfaitement. Chacun est respecté dans sa ligne, chacun peut avoir sa chance. C’est aussi signe d’un bon mangement. Je trouve que ça sent bon. »
Pour la qualification au Mondial 2026, le Sénégal doit maintenant s’imposer face au Soudan du Sud et à la Mauritanie en octobre. Un échec serait une catastrophe, un véritable choc pour tout un peuple. La montée en puissance du Sénégal doit alors apparaître comme une réalité tangible.
Mohamed NDIAYE







