Pape, le maestro qui ne s’est jamais renié
Pape Gueye est un milieu atypique. Un meneur en position de relayeur, tout ce qu’il faut pour se heurter aux préjugés du foot, qui veulent parfois restreindre le rôle de récupérateur à celui de boucher. Mais le pape s’est démarqué, et la Can 2025 l’a fait entrer dans une nouvelle dimension.
Le football est ce sport où les dynamiques s’inversent au fil des matches. On critique et encense sans cesse, ce qui paraît-il, en fait le charme. Pape Gueye est un habitué de ce remue-ménage « des juges du football circus ». Entre son style de jeu fait de prise de risque dans une zone névralgique et sa lenteur apparente, le bougre aurait la tête de l’emploi. Sauf que celui-ci est un endurant qui a force d’admiration a su forcer le respect.
Le Talent appelle la prise de risque
Le rôle de milieu de terrain a beaucoup évolué ces dernières années, surtout celui de sentinelle. Ce garde placé devant la défense pour annihiler les attaques adverses. Certains ont eu même été dépeints comme des destructeurs, à l’image de Gattuso, Roy Keane ou encore Nigel De Jong. Ces joueurs qui ne seraient bons qu’à couper des transmissions et aussi, titiller quelques chevilles à l’occasion. Mais au fil du temps d’autres profils, plus créatifs, ont émergé. Pirlo, Verrati ou encore Toni Kroos ont contribué à changer ce regard sur ces spécialistes de l’entrejeu. Et Pape Gueye fait partie de cette catégorie. Capable d’évoluer à tous les postes du milieu, il a commencé à séduire avec sa patte gauche. Jeu court, jeu long, transversales, décalage avec la passe qui tue, l’ancien marseillais impressionne aussi par sa capacité à se projeter et être décisif dans la surface adverse. Qui dit création dit aussi prise de risque, notamment dans la relance, et donc forcément pertes de balles éventuelles qui peuvent couter un but à son équipe. Le joueur de Villareal l’a expérimenté face à Barcelone le 28 Février dernier (défaite 4-1). Des erreurs parfois impardonnables pour les supporters, mais son coach Marcelino encourage plutôt la prise de risque : « Je crois que le football est un sport collectif, et la qualité des prises de décision du joueur en possession du ballon, associée à l’implication et aux déplacements des autres joueurs, est ce qui permet au jeu collectif d’avoir de la continuité. Un milieu de terrain doit se retourner, vouloir le ballon, effectuer des rotations et faire les bons choix. Les meilleurs, ceux qui ont du talent, comme Pape Gueye, que je considère comme un footballeur exceptionnel, excellent dans la plupart des domaines, et comme tout footballeur, ils commettent des erreurs. Et c’est là que les autres interviennent : pour corriger ces erreurs ».
L’entraineur de Villareal comprend que les plus talentueux ne doivent pas être limités. Ils doivent plutôt oser car c’est de leur génie que dépendent aussi parfois les coups d’éclat : « si le football était un sport où seul le succès ou l’échec du joueur en possession du ballon comptait, et que tous les autres restaient sur le banc de touche, le football n’existerait pas. Car il y a onze joueurs sur le terrain qui doivent collaborer pour le bien de l’équipe. Donc, si l’un d’eux perd le ballon, un autre doit trouver une solution pour y remédier. Et ensuite, le joueur qui a perdu le ballon doit essayer de le récupérer, car c’est le football, et les erreurs font partie du jeu. Il ne me viendrait donc pas à l’esprit de dire que l’autre jour, par exemple, une perte de possession a entraîné la défaite ou un but encaissé. Je crois que dans une seule action, il y a de nombreux éléments à analyser, et mon rôle est de responsabiliser chacun ; et le seul à blâmer, comme je le dis toujours, c’est celui qui parle ici ».
Oui la prise de risque en football n’est certainement pas pour les cardiaques. Mais les puristes eux, adorent.
Profil : faux lent
Pape Gueye a longtemps été vu comme un faux lent l’ont encore rappelé. Encore les « juges du football circus » me dira-t-on. A 21 ans, le joueur formé au Havre débarque à Marseille. Son entraineur d’alors, André Villas-Boas, découvre un profil atypique: « Il a quelque chose de plus qu’une sentinelle avec plus de courses et plus de passes en profondeur. C’est un joueur extraordinaire, j’ai beaucoup confiance en lui, C’est un joueur pour le futur. C’est un grand joueur, à 21 ans, avec un gros futur dans le foot européen. ».
Pape Gueye est ainsi de la race de ces gauchers qui ne renient jamais leur football. La vitesse compte certes, mais c’est le tempo qui dicte le jeu. Guti, esthète au Réal Mardi n’a jamais été honni par qu’il était lent
Une nouvelle dimension à la Can 2025
La Can 2025 a sacré le Sénégal, et en même temps Pape Gueye. Le milieu des Lions a pris une nouvelle dimension. Présent à la récupération, agressif dans ses taches défensives, précieux dans les interventions, il a encore ébloui par sa patte gauche, ses incursions et ses buts (3) pour peser dans la construction de son équipe.
Au-delà de son apport sur le jeu, Pape Gueye a pris du galon dans la vie de l’équipe, s’imposant naturellement comme un des cadres de la tanière. Seul milieu à avoir débuté tous les matches de la Can avec Gana, il fait partie des relais de Pape Thiaw. Et son titre de double champion d’Afrique conforte un peu plus ce statut.
Mais au-delà de toutes ses réalisations, Pape Gueye a aussi gagné le respect des « juges du football circus qui apprécient un peu plus ce meneur à la Riquelme positionné devant la défense.






