Pape Thiaw : « ce n’est pas une guerre, c’est un match de football »
À 24 heures du quart de finale très attendu entre le Sénégal et le Mali, Pape Thiaw s’est longuement exprimé en conférence de presse. Avec calme, respect et détermination, le sélectionneur sénégalais a abordé tous les aspects de ce derby ouest-africain : l’adversaire, la dimension émotionnelle, la préparation mentale et tactique, la gestion de l’effectif, ainsi que les enseignements tirés du parcours des Lions jusqu’ici.
D’entrée, Pape Thiaw a tenu à poser le cadre. « C’est un match qui se prépare avec beaucoup de respect face à une très belle équipe du Mali, déterminée et solide », a-t-il déclaré. S’il insiste sur les liens fraternels entre les deux nations, le technicien rappelle que, le temps d’un match, seule la compétition comptera. « C’est un pays frère, mais demain, pendant deux heures, nous serons adversaires. Ce sera un match de football, face à une équipe physique, qui a montré une grande force de caractère pour aller chercher sa qualification en huitièmes de finale. »
Un derby qui se jouera dans les têtes
Sur la préparation, Pape Thiaw explique que le staff sénégalais a travaillé sur tous les leviers possibles. « Nous avons travaillé sur l’aspect tactique, mais ce match se jouera beaucoup sur le plan mental », souligne-t-il. Le contexte particulier de ce Sénégal–Mali, souvent qualifié de derby, renforce encore la dimension psychologique. « On sait que ce sera difficile, d’autant plus que c’est un derby. Il y a beaucoup de choses qui lient le Mali et le Sénégal. »
À titre personnel, le sélectionneur assume pleinement cette double culture. « Je suis à moitié Malien, mais à 100 % Sénégalais », affirme-t-il, avant de rappeler l’objectif clair fixé au groupe : « On veut aller le plus loin possible dans ce tournoi et on a mis tous les ingrédients pour aller chercher la qualification. »
Refuser le vocabulaire guerrier
Pape Thiaw a également tenu à recadrer le discours autour de cette rencontre, refusant toute dramatisation excessive. « Pour moi, ce n’est pas une guerre, c’est un match de football », insiste-t-il. « On a tous des parents, des voisins, de la famille de part et d’autre. Il faut rester dans le cadre du sport. » Touché personnellement par le sujet, il ajoute : « Ma mère est du côté du Mali, donc parler de guerre pour ce match, je préfère ne pas répondre. »
Pour autant, le sélectionneur est conscient de l’incertitude totale qui accompagne ce type de confrontation. « Tout peut se passer dans ce genre de rencontre. C’est un match à élimination directe : une équipe s’arrêtera, l’autre continuera l’aventure. » Face à cela, le Sénégal a tenté d’anticiper tous les scénarios possibles. « On s’est préparés à toutes les éventualités et on restera concentrés et engagés pour battre cette équipe du Mali. »
Le respect pour le parcours du Mali
Pape Thiaw n’a pas manqué de saluer la performance récente des Aigles. « Quand on regarde leur dernier match, ils ont montré énormément de caractère. Ils ont joué jusqu’à 120 minutes à dix contre onze, ce qui prouve que c’est une très bonne équipe. » Une référence directe à un match qui, selon lui, témoigne de la solidité mentale de l’adversaire.
Du côté sénégalais, l’accent a été mis sur la continuité. « Nous, on a travaillé sur nos automatismes, conservé nos acquis et essayé d’être plus cliniques pour poursuivre notre parcours. » Un point essentiel face à une équipe malienne réputée pour sa solidité défensive. « On est une équipe qui se crée beaucoup d’occasions, alors que le Mali encaisse très peu de buts. À nous de les déséquilibrer, d’être efficaces dans leur surface et sereins pour gagner ce match. »
Tanger, un repère devenu symbole
Le sélectionneur est également revenu sur l’importance du contexte géographique. « Le fait d’être restés à Tanger est une récompense », explique-t-il. « Il fallait finir premiers dans un groupe très serré où trois équipes se sont qualifiées. » Une performance collective que Pape Thiaw espère voir prolongée. « On veut aller jusqu’au bout et on espère que cette ville nous portera encore bonheur. »
Une gestion assumée de l’effectif
Interrogé sur la profondeur de son groupe, le technicien sénégalais assume pleinement sa vision. « Quand je dis que j’ai 28 titulaires, ça dérange certains, mais je le répète », lance-t-il. « La concurrence est saine, notamment en attaque. J’ai plusieurs profils, chacun avec ses qualités. Il n’y a pas de remplaçants dans ce groupe, et c’est un privilège d’avoir un tel effectif. »
Cette richesse doit permettre aux Lions d’aborder le quart de finale avec sérénité, sans jamais tomber dans l’excès de confiance. « On abordera ce match avec beaucoup de respect », insiste Thiaw. « Le Mali est une équipe qui a joué deux matchs à dix contre onze, et c’est une force pour eux. Demain, ce sera une bataille pour une place en demi-finale et on donnera tout pour obtenir ce ticket. »
Le cas Kalidou Koulibaly et la réalité du haut niveau
Sur le retour de Kalidou Koulibaly, Pape Thiaw reste prudent. « On sait tous ce que Kalidou représente pour cette équipe. On verra demain s’il sera titulaire ou non. » Plus largement, il rappelle que le statut du Sénégal n’offre aucun avantage automatique. « Nous n’avons jamais de match facile, surtout parce que nous sommes le Sénégal. On a l’habitude de jouer des derbies. En face, il y aura une équipe très forte mentalement et c’est à nous de franchir ce cap. Il n’y aura jamais de match facile, c’est clair. »
Une CAN relevée et exigeante
Enfin, le sélectionneur a replacé cette affiche dans le contexte global de la compétition. « On a les huit meilleures équipes africaines en quarts de finale. On voit que la hiérarchie est globalement respectée et on espère qu’elle le sera jusqu’au bout, comme au classement FIFA. »
Sur le plan de l’effectif, aucune inquiétude à signaler. « Même si l’entraînement d’hier était à huis clos, tous les joueurs sont disponibles et prêts », précise-t-il au sujet de Pape Matar Sarr.
Corriger les entames de match
Dernier point abordé : les débuts de match parfois délicats des Lions. « Sur le plan tactique, on travaille sur l’équilibre. C’est vrai que face au Soudan, on a mal démarré le match », reconnaît Thiaw, avant de nuancer : « Il faut aussi saluer le talent de l’adversaire, qui a marqué un très beau but. »
Face au Mali, l’exigence sera encore plus grande. « On ne pourra pas se permettre ce genre d’entame, comme contre la RD Congo ou le Soudan. » Le sélectionneur en profite pour saluer le travail global sur le continent : « Parmi les huit qualifiés, il y a six sélectionneurs locaux. Il faut continuer à travailler, ne pas dormir sur nos lauriers et les féliciter pour le travail accompli. »
Conscient de la puissance physique du Mali, Pape Thiaw conclut avec une ligne directrice claire : « On sait que le Mali est une équipe très physique. Il faudra faire attention, mais sans changer notre identité de jeu. »
Khadim DIAKHATÉ, envoyé spécial à Tanger







