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PORTAIT FLASHBACK  PAPE NIOKHOR FALL : Le football, c’est la gagne

Pape Niokhor fait partie de cette belle génération de la Jeanne d’Arc, seul club sénégalais à avoir disputé une finale de des Compétitions africaines de clubs. Mis derrière la silhouette du joueur élégant, se cache un parcours forgé par la mentalité de la gagne.

 

Pape Niokhor Fall a voulu toujours gagner, depuis tout petit. Et qu’importe la manière, une victoire vaut tout. Il s’est forgé cet état d’esprit depuis les matches de quartier, les fameux « khaliss khaliss » ou « potou mew », ces matches où chaque cotisait pour une somme convenue, et le vainqueur remporte tout. C’est de là d’ailleurs qu’a surgi son fameux surnom : « Ney Ney ». Le jeune Niokhor faisait en sorte d’avoir le plus grand montant en terme de cotisation, pour bien sûr pouvoir remporter la plus grosse mise. Et si le scenario du match n’était pas en faveur de son équipe, le petit cherchait alors les histoires : « Je faisais en sorte que le match ne se termine pas quand mon équipe était menée, parce que c’est moi qui allait perdre le plus. C’est pourquoi je faisais en sorte qu’on gagne toujours parce c’est moi qui cotisait le plus. Et le surnom qu’on m’a donné depuis ce temps me suit toujours » se rappelle-t-il.

Niokhor a grandi à Tengueth, et en plus de la culture de la gagne, il est attiré par les grands défis. Son équipe de Navétanes Colobane souffre pendant des années face au voisin Merina, et l’ancien de la Ja se met au défi de battre la bête noire : « On a grandi en voyant notre équipe perdre à chaque fois contre Merina. Quand je suis arrivé à dans l’équipe, je me suis dit qu’il fallait briser cette série, c’était un défi personnel pour moi, et on a réussi à le faire ».

En 1991 justement il est repéré par la JA. Il intègre les cadets aux cotés de Salif Diao et Amdy Faye. C’est là qu’il va changer de poste pour quitter l’axe et évoluer au milieu de terrain : « J’ai commencé dans l’axe, mais j’étais un peu frêle mais j’avais la technique. C’est comme ça qu’on m’a fait monter d’un cran et j’ai joué pendant longtemps avec Amdy Faye et Salif Diao. J’etais le 6, Amdy le 8 et Salif le numéro 10 » raconte-t-il.

Une génération qui va faire les beaux jours de la Jeanne d’Arc, et qui va coïncider avec les plus belles heures de la Vieille dame, avec la finale de Coupe de Caf disputée en 1998 face au CS Sfaxien. Des résultats qui portent la signature d’un homme selon Pape Niokhor Fall, le Président de l’époque, Omar Seck : « Que de beaux souvenirs de cette époque. Et il faut rendre hommage au Président Omar Seck, car il a mis en place un environnement professionnel propice pour avoir des résultats. Il ne lésinait pas sur la préparation, on est même allé jusqu’à Paris pour un regroupement. Il était ambitieux et savait mettre les moyens ».

Ses performances avec la JA lui ouvrent les portes de la Sélection. Il est d’ailleurs l’un des rares locaux à avoir 19 sélections avec l’Equipe Nationale. Le premier match lui reste un mauvais souvenir : « Je me rappelle c’était une défaite face au Burundi. C’était une période où les conditions étaient difficiles en sélection. Il n’avait pas de sponsors et la logistique faisait défaut. Juste après il y’a eu la venue de Peter Schnittger, et c’est lui qui a jeté les bases du renouveau du football sénégalais ».

Le coach allemand a effectivement ramené le Sénégal à la Can 2000 disputée par Niokhor en compagnie des Henri Camara, Moussa Ndiaye, Fadiga, Salif Keita. Mais derrière ces résultats, le technicien avait une méthode particulière pour veiller sur le niveau des locaux : « Il suivait le championnat et chaque lundi, il convoquait un regroupement au stade Léopold Sédar Senghor avec les joueurs les plus performants du weekend. Et quand il devait concocter une liste il faisait un mélange des meilleurs joueurs qu’il a vus durant cette période pour les associer avec quelques rares professionnels ».

A la Can 2000, il fait parler sa technique face au Burkina, délivrant une passe décisive à Salif Keita. Mais face à la Zambie, lors du dernier math de poule, il se voit confier un autre rôle, comme si Peter avait lui aussi décelé cette mentalité de la gagne chez lui : « Il m’a chargé de faire un marquage individuel sur Kalusha Bwalya. Il était dangereux et c’était le maitre à jouer des zambiens, sur la deuxième mi-temps, je devais le suivre et l’empêcher de dicter le tempo au milieu ».

Avec la venue de Bruno Metsu, les locaux disparaissent petit à petit du paysage de l’Equipe Nationale, et Pape Niokhor sera un des derniers locaux à être utilisé par l’ancien Sélectionneur des Lions. Même si le premier rendez-vous est encore une histoire d’acte manqué : « Je me rappelle le premier match de Bruno c’était face au Mali et j’étais en forme à ce moment avec la JA, on était sur série de 9 matches sans défaites et j’avais inscrit 4 buts. On a joué ce match contre le Mali avec Souleymane Camara, Alassane Ndour, Frédéric Mendy notamment, et j’étais le capitaine. Mais sur ma première frappe, j’ai une sensation bizarre, je suis obligé de sortir et je pars à l’hôpital. Il s’est trouvé que j’avais la jambe cassée et c’est après que j’ai su qu’on avait perdu 1-0 ».

Pape Niokhor est fier de sa carrière, de l’héritage qu’il a laissé, de ce joueur technique et élégant dont les supporters se rappellent encore. Son seul regret, la dégringolade de son équipe de cœur, la Jeanne d’Arc : « ça fait mal à tous les amoureux de la JA. Et le plus regrettable aussi, c’est que les anciens ne sont pas considérés à leur juste valeur à la Jeanne d’Arc. J’ai même envie de dire que c’est la grande différence entre le Jaraaf et la JA. Il suffit de voir comment Ciré Dia demeure toujours une icône au Jaraaf ».

Appeler à la rescousse Ney Ney pour qui la victoire vaut tout, ce ne serait peut-être pas une si mauvaise idée.

 

 

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