Reportage – Tanger sous la pluie : la diaspora sénégalaise chauffe l’ambiance avant le choc contre l’Égypte
La séance d’entraînement vient à peine de se terminer au stade Ibn Batouta que la ville semble elle aussi retenir son souffle. Le soleil se couche doucement derrière l’horizon, teignant le ciel de nuances d’orange et de rose. Une pluie fine et régulière tombe, transformant les rougets lisses qui entourent le stade en miroirs scintillants, reflétant les derniers éclats de lumière du jour. L’air est frais, presque mordant, mais la ferveur des supporters sénégalais réchauffe l’atmosphère.
Autour du stade, l’activité est concentrée : seuls deux vendeurs de cafés tiennent le coup, leurs tasses fumantes entre les mains, répandant un parfum mêlé de café noir et de thé à la menthe dans le vent humide. Les supporters se regroupent autour d’eux, discutant, riant, et chantant par intermittence, frappant des mains sur les barrières métalliques ou les pavés humides pour faire vibrer l’espace malgré le froid. L’ensemble de la scène rappelle les quartiers de Grand Yoff ou Keur Massar, avec cette impression de retrouvailles familiales, de communauté soudée, où chaque sourire et chaque mot réchauffe plus que le café.
Dans ce décor, Ndeye Thiam, toute de noir vêtue, écharpe du Sénégal bien ajustée autour du cou, se tient droite, les yeux pétillants sous la pluie fine. Venue de Suisse avec son mari pour sa première CAN, elle se sent chez elle parmi ces voix et ces chants :
« Je vois le Sénégal battre l’Égypte 3-0. Les Égyptiens nous connaissent très bien »
« On est là depuis le début. On a jugé nécessaire de venir ici parce qu’on a confiance. Je suis venue avec mon mari et des amis. Je suis très confiante pour cette équipe. Je vois le Sénégal battre l’Égypte 3-0. Les Égyptiens nous connaissent très bien », dit-elle, en balayant la foule du regard, admirant la mobilisation autour d’elle.
Un peu plus loin, Pape Mass, blouson blanc serré jusqu’au menton, frotte ses mains pour se réchauffer. Ses doigts deviennent rouges sous l’humidité, mais il ne semble pas s’en préoccuper. Résidant à Tanger depuis trois ans, il observe le spectacle avec fierté :
« Nous cohabitons avec les Marocains ici. C’est un peuple très accueillant. Pour le match de demain, on espère une victoire du Sénégal. Cette mobilisation du peuple sénégalais ne doit être couronnée que par le trophée. Il faut gagner demain, puis la finale, et rentrer avec la coupe au pays », explique-t-il, son regard se perdant dans les reflets argentés des pavés mouillés, tandis que le vent léger soulève les coins des drapeaux.
Non loin de là, Gora Sock, maillot du Sénégal sur le dos, frappe doucement des mains sur une barrière métallique pour se réchauffer. Il vient de Lyon et a assisté au quart de finale contre le Mali. Le froid ne semble pas le déranger, absorbé par l’atmosphère qui l’entoure :
« C’est une bataille psychologique. Et sur ce plan, nous avons une ascendance depuis la finale de 2022 et les éliminatoires du Mondial. Il faudra être très clinique devant les buts. En face, ce sera un adversaire redoutable », analyse-t-il, levant parfois la voix pour chanter avec ses voisins, faisant vibrer les rougets lisses autour du stade sous le crachin.
Puis, plus calmement : « Cette génération a beaucoup progressé mentalement. Avant, les joueurs jouaient avec beaucoup de pression. Aujourd’hui, on gagne avec la manière, parfois en renversant nos adversaires. »
Les gouttes de pluie tombent en rythme sur les pavés, mêlées au cliquetis des tasses de café, aux froissements des vestes et aux chants des supporters. Les journalistes prennent des notes ou discutent à voix basse, tandis que les familles et amis partagent leurs analyses, leurs prédictions et leurs encouragements. L’odeur du café chaud se mêle au vent humide, et les drapeaux battent dans le ciel grisâtre, accentuant le sentiment que demain, quelque chose de grand se prépare.
Autour du stade Ibn Batouta, la diaspora sénégalaise vit déjà le match. Les voix, les gestes, la chaleur humaine et la pluie fine se mêlent pour créer un moment unique, où la fierté et l’espoir se font entendre à chaque coin de rue.
Demain, sur la pelouse, ce sera une demi-finale. Mais ce soir, Tanger appartient aux Lions et à leurs supporters, venus de tous horizons pour faire vibrer leurs couleurs et leur cœur.
Khadim DIAKHATÉ, envoyé spécial à Tanger







