Sécurité défaillante, organisation contestée : le Sénégal charge le Maroc après les graves incidents de Rabat
Les incidents survenus hier vendredi autour de l’équipe nationale du Sénégal prennent une ampleur considérable. Au-delà d’un simple dysfonctionnement ponctuel, plusieurs sources fédérales sénégalaises parlent désormais d’un grave manquement sécuritaire et organisationnel, mettant directement en cause les organisateurs marocains. Une situation jugée d’autant plus préoccupante qu’elle concerne une sélection engagée dans une finale continentale.
Selon une source fédérale sénégalaise présente sur place, toutes les procédures avaient pourtant été respectées en amont. « Durant toute la CAN, un lieutenant de police marocain était officiellement affecté à l’équipe nationale du Sénégal. C’est lui qui assurait la coordination avec notre délégation. Toutes les dispositions avaient été annoncées comme prises. Nous avions communiqué notre heure d’arrivée près de trois heures à l’avance. »
La délégation sénégalaise avait même alerté sur les risques potentiels. « Nous avions glané des informations indiquant qu’un grand nombre de supporters sénégalais serait présent à l’arrivée. Les autorités nous ont rassurés, en affirmant que toutes les mesures de sécurité nécessaires étaient en place. »
Mais à l’arrivée sur les lieux, le constat est accablant. « Il n’y avait que quatre policiers pour sécuriser toute la délégation sénégalaise. Face à une marée humaine, ces agents ne pouvaient absolument rien faire. Les joueurs ont été exposés, laissés sans protection réelle. À ce moment-là, tout pouvait arriver », poursuit la même source.
Autre élément aggravant : 30 minutes avant le départ, des échanges avaient encore eu lieu avec la police locale de Rabat pour rappeler l’importance du dispositif. Malgré cela, aucune mesure supplémentaire n’a été prise. La team sécurité de la CAF, présente sur place, a elle-même vivement critiqué la situation, estimant que les conditions n’étaient pas réunies pour garantir la sécurité d’une équipe finaliste.
« Nous avons travaillé en amont avec la police locale. Franchement, je suis désolé de le dire, mais ce qui s’est passé ressemble à du sabotage », confie notre source, visiblement choquée.
Les manquements ne se sont pas limités à la sécurité. Sur le plan logistique, l’organisation est également remise en cause. Les organisateurs marocains avaient initialement proposé à l’équipe nationale du Sénégal un hôtel jugé non conforme au standing habituel de la sélection.
« Nous avons refusé cet hôtel et insisté pour qu’une autre solution soit trouvée. Celui qui nous a finalement été attribué est situé à environ 25 kilomètres du stade, mais la distance ne posait aucun problème. Le souci, c’est la manière dont tout cela a été géré », explique une autre source fédérale.
Face à la polémique, les autorités ont finalement décidé d’attribuer à la sélection sénégalaise le terrain annexe du complexe Moulay Abdallah de Rabat pour la séance d’entraînement de ce jour, une décision prise tardivement, révélatrice d’une gestion sous pression.
En conférence de presse ce jour, Pape Thiaw le sélectionneur de l’équipe nationale du Sénégal n’a pas éludé le sujet. Sans détour, le coach du Sénégal a dénoncé ce qu’il qualifie de situation « anormale ».
« Une équipe qui dispute une finale ne doit jamais être laissée à la merci d’une foule. Les joueurs étaient en danger. Ce sont des choses qui ne doivent pas arriver, surtout à ce niveau de compétition », a-t-il déclaré.
Thiaw a également élargi le débat à l’image du football africain : « Aujourd’hui, ce n’est pas seulement le Sénégal qui est concerné. C’est l’image de l’Afrique qui est en jeu. La CAN a grandi, elle est regardée et respectée. On ne peut pas se permettre ce genre de défaillances. »
S’il a tenu à calmer le jeu sur le plan sportif, appelant à la concentration et au respect entre pays frères, le message est clair : le Sénégal estime avoir été mis en danger et réclame des responsabilités.
« Ce qui s’est passé hier ne doit plus jamais se reproduire. La sécurité des joueurs n’est pas négociable », a-t-il conclu.
À quelques heures d’un rendez-vous historique, ces révélations jettent une ombre sur l’organisation et posent une question centrale : comment une équipe finaliste peut-elle se retrouver aussi exposée, malgré les assurances données ? Pour le Sénégal, le constat est sans appel : au-delà du terrain, la gestion de cette situation restera comme une faute grave dans l’histoire de la compétition.
Khadim DIAKHATÉ, envoyé spécial à Rabat




