Sélections nationales : La guerre des binationaux
Les sélections nationales s’apparentent désormais à des clubs en plein mercato, se livrant une bataille de chiffonniers pour récupérer des joueurs susceptibles de les renforcer. L’enjeu autour des binationaux répond à un football de haut niveau de plus en plus compétitif.
La période de mercato est en général celle la plus animée dans le milieu du football. Cette période où les clubs font monter les enchères réclamant une fortune pour libérer leurs plus précieux atouts. Ce marché des transferts a comme qui dirait contaminé le football de sélection. Les joueurs à plus d’une nationalité sont de plus en plus convoités, prisés. Certains ont même la possibilité de jouer pour trois sélections ou plus, et les différentes fédérations rivalisent d’arguments et sortent les armes de séduction massive pour attirer la perle rare sous leurs filets.
Dernièrement, par exemple, l’Espagne et le Maroc s’arrachent les jeunes pépites. Ces deux pays limite voisins se livrent un derby chaud bouillonnant pour convaincre, très tôt, des talents qui commencent à éclore. La sélection ibérique a sécurisé Lamine Yamal avant même ses 17 ans, ne laissant aucune chance à la sélection chérifienne, qui s’est rabattue sur l’acquisition de Brahim Diaz. Thiago Pitarch, jeune milieu prometteur du Réal Madrid, est devenu ce mercredi face à City le plus jeune joueur « espagnol » à débuter un match de Ligue des champions à élimination directe pour le club merengue. Et il est déjà sous les radars du Maroc, alors qu’il est international U18 avec l’Espagne.
Que dire de la France, qui depuis la génération Black Blanc Beur, a intensifié sa politique de récupération des binationaux. Le titre champion du monde 2018 porte la trace des Mbappe, Pogba, Dembélé.
L’Allemagne, pourtant longtemps pragmatique, est entré dans la danse. Avec Gerald Asamoah d’abord, ensuite Jérôme Boateng, tous deux d’origine ghanéenne. Les Black Star ont récupéré l’autre frère Boateng, Kevin Prince. La Nationalmanschaft a devancé aussi la Turquie sur Mesut Ozil et Ilkay Gundogan. L’équipe actuelle compte dans Les rangs deux sénégalais d’origine, Leroy Sané et Malick Thiaw.
La Belgique est devenue offensive ces dernières années avec notamment les Lukaku et Kompany. Et il a fallu que 3 joueurs qui ont joué avec les Diables rouges en jeunes, choisissent leur pays d’origine en 2025 pour créer un remous dans la fédération belge, provoquant le départ de celui qui était chargé des dossiers des jeunes binationaux. Les 3 joueurs en question sont Fernandez Pardo qui a choisi l’Espagne, Karetsas qui a opté pour la Grèce et Talbi qui a préféré le Maroc.
Cette bataille n’est pas qu’une simple lutte entre européens et africains, c’est un véritable melting-pot. Les Etats-Unis par exemple ont enrôlé Giovanni Reyna (Portugal), Sergino Dest (Pays Bas), Pulisic (Croatie) entre autres.
Le choix du cœur
Au milieu de cette guerre sans merci, il y a des joueurs dont le choix est réfléchi, volontaire et vient du cœur. Le Sénégal a vu ses fils le choisir au premier regard. Il y’a les champions d’Afrique Kalidou Koulibaly et Abdou Diallo, qui malgré un passé en équipe de France de jeunes, ont choisi les Lions au moment d’opter pour la catégorie senior, qui entérine définitivement le maillot porté dans la plupart des cas.
Récemment il y a eu Ibrahima Mbaye, qui lui a très tôt choisi le Sénégal, à 17 ans. Un choix récompensé par un titre de champion d’Afrique.
De même pour Assane Diao qui a résisté aux sirènes espagnoles pour répondre à l’appel sénégalais.
Toutefois il convient de noter que pour certains binationaux, le choix n’est jamais aisé. Beaucoup sont tiraillés entre le choix de la terre d’origine et celle qui les a vu naitre. Les plus cyniques traduiront par le choix du cœur ou de la raison.
Certains joueurs quant à eux se mettent dans la difficulté tout seul. Des déclarations d’intention pour ne jurer que par une sélection. Avant qu’une autre réalité ne vous rattrape. Le dernier en date, Issa Diop, qui va jouer pour le Maroc.

La culture de l’exigence et du résultat
Le football de haut niveau observe une mue perpétuelle et on est au temps où l’intensité (dans le jeu et les duels), le jeu de position, le pressing et contre pressing font souvent loi. Le niveau entre les équipes a aussi tendance à se rapprocher ce qui fait que les outsiders ont beaucoup plus d’arguments pour faire plier les favoris. Le Maroc a par exemple déjoué les pronostics lors de la dernière coupe du monde, éliminant l’Espagne et le Portugal pour se hisser en demi-finale, la première d’une sélection africaine. Les équipes nationales en sont conscientes et cherchent à se renforcer pour être compétitives.
Et l’Afrique ne veut pas rester derrière dans cette bataille des grands. Le Sénégal s’est déjà positionné comme un prétendant qui a réussi à attirer de gros poissons (Ibrahima Mbaye, Mamadou Sarr, Diao)
Le Maroc ne veut pas être en reste et cherche à convaincre des talents, Bouadi, jeune talent du Losc est dans le viseur des Lions.
La RDC est dans le même sillage. Les Léopards qui vont disputer un match de barrage pour la coupe du monde face au vainqueur de Jamaïque-Nouvelle Calédonie, veulent mettre tous les atouts de leur côté. La Fédération congolaise a déjà une liste de potentiels renforts dont Mawissa, Kumbedi, Kalimmuendo…
La guerre pour s’arracher les meilleurs joueurs ne concerne plus le football de clubs seulement, les sélections identifient désormais très tôt des cibles à accrocher. Et s’il est question d’enjeux footballistiques en général, pour les concernés, cela va parfois bien au-delà.
Aziz Kane







