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Sénégal-Gambie à Diamniadio : Chronique d’une organisation défaillante

Ils étaient venus vibrer pour les Lions, ils ont surtout vécu une soirée de galère au Stade Abdoulaye Wade de Diamniadio. Accès compliqués, désordre dans les tribunes, tensions et fatigue : pour beaucoup de supporters.

Au lendemain du match amical entre le Sénégal et la Gambie disputé au Stade Abdoulaye Wade, les témoignages accablants se multiplient et dressent le portrait d’une organisation largement dépassée par l’événement.

Un stade difficile d’accès, des portes bloquées

Dès les premières heures de l’après-midi, les signaux étaient au rouge. Entre files interminables, filtrages désorganisés et accès saturés, rejoindre le stade relevait déjà de l’exploit. Plusieurs supporters évoquent des portes bloquées et une gestion chaotique des entrées.

Pire encore, à un moment donné, les contrôles auraient tout simplement cessé. « La sécurité ne scannait plus les tickets, ils laissaient entrer tout le monde », confie une supportrice. Une décision lourde de conséquences, qui a ouvert la voie à une surpopulation incontrôlable dans certaines zones du stade.

Des places achetées… mais jamais respectées

C’est sans doute le point qui a le plus frustré les supporters : l’absence totale de respect des sièges numérotés. Des détenteurs de billets à 10.000 FCFA ou même 50.000 FCFA se sont retrouvés… sans place. Certains ont été contraints de monter en tribune rouge (1000 FCFA), d’autres de rester debout dans les escaliers pendant toute la rencontre. « J’ai payé 10.000 FCFA et je me suis retrouvée dans une zone bondée, avec des gens debout partout. Impossible de s’asseoir », témoigne une spectatrice.

Dans les tribunes jaunes centres, le désordre a atteint son paroxysme lorsque des supporters ont été invités à descendre pour combler des zones vides, provoquant des mouvements de foule incontrôlés. Résultat : des affrontements verbaux, une tension permanente et une expérience totalement gâchée.

Survente ou infiltration massive ?

Tout laisse à penser que le stade a accueilli bien plus de monde que sa capacité réelle. Entre survente présumée de billets et entrée de personnes sans ticket, la gestion des flux a été catastrophique.

Une cinquantaine de personnes munies de billets à 50.000 FCFA ont même été empêchées d’accéder à leurs places, portes fermées… sans aucun interlocuteur pour gérer la crise.

Plus surprenant encore : certains supporters ont fini en tribune presse, faute de place ailleurs. Une situation qui en dit long sur le niveau de désorganisation.

Bousculades et scènes de panique

À l’extérieur comme à l’intérieur, la sécurité a souvent semblé débordée. Des tirs de gaz lacrymogène ont été signalés pour tenter de contenir la foule, notamment lors des mouvements de masse et à la sortie du stade.

Le témoignage du journaliste Pape Sarr est particulièrement glaçant : bousculades, personnes piétinées, jeunes femmes en détresse respiratoire… Une gestion de foule qui pose de sérieuses questions.

Même si certains agents ont tenté d’aider, notamment les femmes en difficulté, cela reste insuffisant face à l’ampleur du désordre.

Une sortie du stade de Diamniadio cauchemardesque

Après le match, la galère a continué. Des embouteillages monstres, des files interminables pour accéder au TER, et des check-points mal gérés ont prolongé le calvaire des supporters jusqu’à tard dans la nuit.

À 23 heures, des centaines de personnes attendaient encore, dans l’incertitude de pouvoir rentrer chez elles avant l’arrêt des trains annoncé à minuit.

« Finalement, ça n’en valait pas la peine de venir souffrir avant, pendant et après le match », lâche un supporter dépité.

Trop d’accréditations, pas assez de contrôle

Autre point polémique : la présence de plus de 200 photographes et créateurs de contenus accrédités. Un chiffre jugé excessif, surtout au vu du niveau de certains équipements aperçus en bord terrain.

Dans un environnement déjà surchargé, cette multiplication d’accréditations pose question sur les critères de sélection et le sérieux de l’organisation.

Les explications de la commission d’organisation

Face à la vague de critiques, le président de la commission d’organisation de la fédération, Ndiambé Diop, a finalement apporté des éléments de réponse. Selon lui, les contrôles ont bien été assurés pendant une grande partie de la soirée : « On a scanné pour tout le monde jusqu’à une heure avant le match. Pour les détenteurs de billets à 1000 FCFA, on a accéléré l’entrée. Il y avait trois filtres : d’abord la police avant d’accéder aux portes, un deuxième à l’entrée de l’enceinte du stade et un troisième au niveau des accès finaux. » Mais il reconnaît un relâchement majeur dans le dispositif : « À un certain moment, on s’est laissé aller à faire entrer les gens en arrêtant les scans. »

Concernant les nombreux témoignages de supporters VIP refoulés ou mal installés, il minimise : « Toutes les personnes qui avaient des tickets VIP sont entrées, à quelques exceptions. Elles n’étaient pas plus de 20 personnes. »

Enfin, sur la polémique des accréditations, il assume pleinement le choix de l’ouverture massive : « Il y a eu 176 demandes de journalistes acceptées, ainsi que 216 accréditations accordées à des photographes et influenceurs. Une trentaine de demandes tardives de journalistes ont également été validées, alors que, par le passé, plus de 600 journalistes étaient habituellement accrédités. Globalement, selon les organisateurs, l’événement s’est bien déroulé. L’essentiel était de rassembler le maximum de Sénégalais, et la forte mobilisation du public est saluée. La Fédération tient également à préciser qu’elle n’a pas vendu plus de billets que la capacité réelle du stade, un point qu’elle juge important de souligner.»

Khadim DIAKHATÉ

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