SENEGAL-GAMBIE : Carnet de voyage d’un journaliste dans la peau d’un fan
Pour Sénégal-Gambie, on a voulu se mettre dans la peau du supporter. Emprunter son parcours pour voir, par nous-même, comment se rendre au stade Abdoulaye Wade pour encourager les Lions pouvait relever du parcours du combattant.
Alors, c’est comment de se rendre au stade Abdoulaye Wade pour suivre un match de l’équipe nationale du Sénégal ? Après chaque sortie des Lions, les critiques fusent sur les conditions d’accès et la qualité de l’organisation. Mythe ou réalité ? On a voulu en avoir le cœur net, en vivant l’expérience comme un supporter lambda. Journaliste à Dsports, mais muni d’un billet à 10 000 FCFA, je me glisse dans la peau du fan pour assister à ce derby placé sous le signe des festivités post-CAN.
Un trajet fluide, une arrivée brutale
15h36, je suis à quelques mètres du rond-point Colobane. C’est là que j’ai donné rendez-vous à mes amis pour prendre la route. À bord de la voiture, les paris sont déjà lancés : heure d’arrivée, temps d’attente avant d’entrer… « Pour le trajet, ne vous inquiétez pas, on m’a indiqué un raccourci par la sortie 10 du péage, puis Bargny et Diamniadio », lance notre chauffeur du jour. Pari tenu.
Hormis un léger embouteillage au péage de Thiaroye, où chacun cherche à se faufiler dans la bonne file, le trajet est plutôt tranquille. Le raccourci fait son effet : le temps de parcours est nettement réduit.
16h28, arrivée aux abords du stade. Et là, changement d’ambiance. Une marée humaine s’étend à plusieurs mètres des portes. Des files se forment… sans véritable logique. Chacun tente de se frayer un passage pour se rapprocher. Difficile même de comprendre pourquoi ces rangs commencent si loin des entrées, sans encadrement visible. « J’ai mon ticket, mais on ne peut pas entrer. Les rangs sont désorganisés, il n’y a aucun ordre », s’agace un supporter. Les forces de l’ordre tentent de canaliser la foule, en laissant passer par petits groupes.
Entrer au stade Abdoulaye Wade, un défi
17h19, enfin devant les portes. Mais ici encore, le désordre domine. Une foule compacte, des rangs éclatés et des portes… en grande partie fermées. « Je suis là depuis plus d’une heure, et je ne peux toujours pas entrer. Il n’y a qu’une ou deux portes ouvertes alors que la foule continue d’arriver », souffle un fan, visiblement à bout. Les guichets sont pourtant officiellement ouverts depuis 14h.
L’organisation semble dépassée. Certains, impatients, passent à l’action : ils escaladent les murs et forcent leur entrée… De notre côté, on contourne le stade, à la recherche d’une ouverture. Finalement, on en trouve une, et on se glisse dans la file jusqu’à accéder à l’intérieur.
18h29, on est enfin dans le stade. Mais tout n’est pas réglé. Beaucoup de supporters peinent à afficher leur ticket électronique, faute de réseau. Ceux qui n’ont pas anticipé en faisant une capture d’écran sont bloqués. Et face à l’affluence, les agents de contrôle sont débordés. Résultat : plusieurs entrées se font sans véritable vérification, sans scanner, avec un risque évident de fraude.
Une place… pas garantie
À ce stade, on pense le plus dur derrière nous. Il ne reste plus qu’à rejoindre nos sièges et profiter du match. Du moins, c’est ce qu’on croyait. Tribune jaune centrale, rangée 22, siège 20. Occupé. Et je ne suis pas un cas isolé. Mes amis aussi. Et autour de nous, les mêmes scènes se répètent. « Moi, j’étais en tribune rouge (1000 FCFA), on m’a demandé de descendre ici », explique un occupant.
Difficile de comprendre comment des places numérotées peuvent être ainsi redistribuées. « Ce n’est même pas une surprise, ici c’est souvent comme ça », lâche un supporter résigné. Deux options : rester debout ou changer de tribune. Après quelques hésitations, on choisit de rejoindre les tribunes rouges, tout en haut, pour au moins s’asseoir.
Hisser l’organisation au niveau du bijou
À 10 minutes de la fin, il faut déjà penser à partir. « Si on tarde, on peut rester deux heures dans les bouchons », prévient notre chauffeur. À peine sortis, quelques minutes d’embouteillage, puis direction le péage pour le retour. Au final, le sentiment est mitigé. Le stade Abdoulaye Wade est un bijou, mais l’expérience qu’il propose reste perfectible. Certes, les embouteillages sont difficiles à maîtriser, mais tout ce qui se passe à l’entrée du stade doit être mieux organisé.
Le supporter doit être orienté, guidé, accompagné par des stadiers. Cela fait partie du service vendu à travers le ticket d’entrée acheté. L’accès doit être fluide, rapide, presque instinctif. Avec des billets électroniques, l’entrée devrait être digitalisée, simplifiée, sans stress.
Et surtout, même en arrivant tard, chacun devrait pouvoir retrouver sa place sans difficulté. Le défi est clair : hisser l’organisation au niveau de l’équipe nationale du Sénégal… et de son stade.




