SENEGAL : Pape Thiaw, stop ou encore ?
Brillant jusqu’à la Can puis médiocre au Mondial, deux visages d’un même coach. C’est la trame de l’histoire de Pape Thiaw à la tête des Lions. Un sélectionneur qui a connu des débuts de rêve avant de montrer ses limites sur la scène mondiale.
Les débuts de Pape Thiaw avec l’Equipe Nationale du Sénégal ne sont pas commodes. Il n’a pas ce tapis rouge qu’on lui déroule pour une arrivée en grandes pompes. Non Pape est juste un intérimaire. Déjà présent dans le staff d’Aliou Cissé, il est appelé à la rescousse pour suppléer son ancien capitaine, démis de ses fonctions. Premier test pour l’ancien coach de Niary Taly, la suite des qualifications de la Can 2025, 4 matches. 4 matches comme test dont les performances décideront de son avenir. Et Pape Thuaw est reçu 4/4, quatre victoires, 8 buts marqués, zéro encaissé. Une belle entrée en matière face au Malawi (4-0, 11 Oct. 2024) et le Burundi (2-0, 19 Nov. 2024) pour clore le chapitre des qualifs de la Can. Deux systèmes sont privilégiés sur ces 4 rencontres le 4-3-3 et le 4-2-3-1. Mais surtout, on entrevoit déjà un style offensif, traduit au tableau d’affichage avec notamment un Habib Diarra qui s’éclate enfin, positionné à son poste de prédilection, avec un but face au Burkina et un doublé face au Burundi.
Pape Thiaw a alors validé son examen de passage, et s’installe désormais officiellement comme numéro un avec deux grands objectifs : Qualifier le Sénégal à la Coupe du monde 2026 et remporter la Can 2025. Le premier objectif est rempli. 6 matches, 5 victoires, un nul. 16 buts marqués, 2 encaissés. Avec en prime ce match mémorable au stade des Martyrs (9 Sept 2025), quand le Sénégal devait impérativement s’imposer pour passer devant La RDC, arrachant une victoire (3-2) après avoir été mené par 2-0.
Mais c’est à la Can 2025 que Pape Thiaw réalise sa plus grade performance, remportant le trophée après un tournoi globalement maitrisé et une finale qui reste dans l’histoire, Pape étant un des acteurs majeurs de ce 18 Janvier 2026, quand il a ordonné à son équipe de quitter provisoirement le terrain, après le penalty accordé au Maroc dans le temps additionnel. Avant de revenir pour voir Edouard mendy stopper le tir de Brahim Diaz, et le but en prolongations de Pape Gueye. Encore des chiffres éloquents pour Pape Thiaw, 6 victoires, un nul, 13 buts marqués, 2 encaissés.
Le Mondial, la limite du haut niveau
Et puis, il y a la Coupe du monde et patatras. La trame du parcours de Pape Thiaw en sélection comporte deux périodes principales : l’avant et l’après Can car c’est deux visages d’un homme pour un même diagnostic sur l’ensemble de son magistère.
Et donc le Mondial raconte une autre histoire sur Pape Thiaw : 4 matches, 3 défaites, une victoire, 10 buts marqués, 9 encaissés, et une élimination piteuse en seizième de finale face à la Belgique, après avoir mené par 2-0 jusqu’à la 85e minute, pour finalement encaisser deux buts en trois minutes et s’incliner en prolongations sur un penalty de Tielemans. Bilan chiffré en matchs officiels : 21 matches, 16 victoires, 2 nuls, 3 défaites, 47 buts marqués, 13 encaissés.
D’un coaching proactif à un coaching passif
Pape Thiaw le proactif, on pourrait nommer ainsi le Sélectionneur national jusqu’au soir de la finale de la Can 2025 remportée devant le Maroc (1-0). Le 4-3-3 et le 4-2-3-1 sont ses systèmes fétiches, assaisonnés d’un 3-4-3 testé en amical face au Kenya (8-0) et reconduit en cours de match lors de la finale de Rabat. Au-delà de l’aspect purement tactique, c’est un jeu stylé et varié sous la direction de Pape. Football de possession, d’attaques placées, de transitions rapides, pressing haut, variété des attaques, sur les ailes, dans l’axe. Le Sénégal est une équipe qui maitrise son sujet. Et Thiaw est souvent inspiré dans ses changements ; quand il lance par exemple Cheikh Sabaly, décisif face à l’Angleterre en amical (3-1), contre la RDC ou encore face au Benin (2-0), Pape Matar Sarr face à la RDC ou encore Cherif Ndiaye devant le Bénin.
Mais pour la Coupe du monde, Pape Thiaw est méconnaissable. Il a toujours démarré en 4-3-3, finissant en 4-4-2 contre la Norvège et l’Irak. Mais son équipe est irrégulière. Belle première mi-temps face à la France avant de sombrer à partir de la 65e minute, prestation chaotique contre la Norvège. L’Irak permet de faire illusion. Avant un air de déjà vu contre la Belgique, 75 minutes de haut niveau, pour finalement lâcher le match en 3 minutes.
Ses changements et sa lecture de match sont déficients, contre la France quand il reste spectateur sur le momentum français, quand il reconduit le même onze contre la Norvège sans que la structure de l’équipe ne s’améliore, au contraire, pour seulement réagir après le deuxième but norvégien. Et ses changements incompréhensibles contre la Belgique, qui ont désorganisé son équipe pour faciliter la montée en puissance belge.
Les signes avant-coureurs
Si Pape Thiaw est apparu sous un autre, il faut remonter à quelques semaines avant pour en déceler une partie de la cause.
D’abord lors de la confection de la liste, car un secteur était déjà identifié comme sujet d’inquiétude, concernant la défense. Avec la blessure du capitaine Koulibaly, le manque de compétition de Mamadou Sarr et Abdoulaye Seck, la charnière centrale avait besoin de renfort pour plus de solidité, et un Malng Sarr, présent dans l’équipe type de Ligue 1 française, était attendu. Il n’y figurera pas, et on apprendra que sa non sélection avait fait l’objet d’un débat au sein des cadres de la sélection. De plus, Moustapha Mbow, auteur d’une prestation compliquée face aux Etats Unis en amical, est finalement retiré de la liste des 26, en compagnie d’Ilay Camara, pour laisser la place au surprenant Bara Sapoko Ndiaye. Et ces choix vont poursuivre Pape Thiaw durant tout le tournoi. Ajouté au fait qu’il aligne la même compo sur les deux premiers matches avec un Koulibaly en court de forme et impliqué sur 5 des 6 buts concédés par le Sénégal. 9 buts concédés en 4 matches, Pape Thiaw s’est lui-même sabordé voulant bricoler sa défense et en refusant de faire les choix forts qu’il fallait.
Pas aidé par le tâtonnement de ses dirigeants
Si Pape Thiaw a failli, c’est aussi peut-être parce qu’il a été fragilisé et ses dirigeants ne l’ont pas mis dans les meilleures conditions pour préparer cette coupe du monde.
Le bougre n’a pas eu de contrat jusqu’à H-6 du match contre la Norvège, il a même menacé de ne pas conduire la sélection aux Etats Unis. Cette situation a pu le fragiliser aux yeux du groupe. Entamer et diriger un match de Coupe du monde, face à l’Equipe de France, sans contrat, en étant champion d’Afrique, est juste burlesque à ce niveau.
Manque de leadership
Tous ces épisodes ont aussi démontré un fait inéluctable : le manque de leadership de Pape Thiaw. Car au fond il n’était pas obligé d’accepter tout cela. Il n’était pas obligé d’attendre jusqu’au départ de l’équipe pour divulguer qu’il n’avait pas de contrat. Il n’était pas obligé de se laisser dicter ses choix pour confectionner sa liste. Il n’était pas obligé de faire jouer des joueurs qui n’étaient pas prêts physiquement sous le prétexte de la gestion des cadres. Et il n’était pas obligé de faire des changements qui déstructurent son équipe. Etre un manager d’une équipe de haut niveau demande aussi d’avoir du caractère pour gérer toutes sortes de pression et ne faire valoir que la performance sportive. Et sur ce point, Pape a failli.
Pape Thiaw a montré ses limites, pour manager son équipe, tenir son vestiaire et faire respecter la logique sportive. Même s’il n’est pas le seul responsable de cette déroute, il est le premier sur le banc des accusés.
Dès lors, la question de sa succession se pose.
L’avenir, avec qui ?
D’emblée il faudra voir ce que la Fédération, qui n’est pas le seul à dépenser (soutenu par l’Etat), est en capacité de faire. Pape Thiaw aurait demandé 30 millions, alors que l’instance ne voulait pas dépasser 18 millions. Autant dire que s’il s’agit d’un entraineur local, l’instance fixera les mêmes tarifs, voire même plus bas. Mais un entraineur étranger, ou local qui entraine à l’étranger (un Habib Beye par exemple), peut prétendre à plus de 50 millions.
En matière d’entraineur, l’expertise et la compétence font loi. Le reste n’est que géographie. Des profils pour prendre la succession de Pape Thiaw, il en existe
Lamine Ndiaye vainqueur de la Ligue des champions avec le TP Mazembe en 2010 et vainqueur cette année de la Coupe Caf avec l’Usm Alger.
Malick Daf : Vainqueur de la Can U20 en 2023, Vainqueur du championnat cette année avec Tengueth Fc
D’ailleurs un duo entre ces deux techniciens, pour allier tactique, philosophie de jeu et rigueur défensive serait intéressant à voir.
Herve Renard : a du mal à se retrouver sa gloire d’antan après ses deux Can remportés avec la Zambie (2012) et la Cote d’Ivoire (2015). Reste sur des échecs en Equipe de France féminine, en Arabie Saoudite et n’a pas réalisé de miracles sur les deux matches avec la Tunisie dans ce mondial 2026
Habib Beye a connu de bons débuts au Red Star, mais reste sur deux expériences mitigées à Rennes et Marseille.
Aziz Kane






