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Sénégal-Soudan 2-0 : Défaillances dans l’organisation et promesses d’amélioration

Le Sénégal s’est imposé 2-0 face au Soudan au stade Me Abdoulaye Wade, pour la 7e journée des qualifications au Mondial 2026. Derrière le succès des Lions, l’organisation a été défaillante : entre éternel problème de la billetterie, interminable queue pour accéder au stade et cacophonie dans des zones réservées aux médias. Des couacs reconnus par la nouvelle équipe fédérale qui promet d’apporter des changements.

L’histoire se répète. Les matchs au stade Me Abdoulaye Wade de Diamniadio se suivent et se ressemblent. Les Lions gagnent, le plus souvent, mais les succès sont très vite éclipsés par des incidents loin de la pelouse, liés à l’organisation des rencontres.

En mars dernier pour le compte de la 6e journée, l’utilisation abusive de gaz lacrymogène des forces de l’ordre sur un public venu pousser ses Lions, après une journée de Ramadan, avait relégué au second plan la victoire importante du Sénégal sur le Togo (2-0). Six mois après, Pape Thiaw et ses joueurs ont encore signé un succès 2-0 sur leur adversaire. S’il n’y a certes pas de lacrymogène inhalé par le public sur ce coup, les mêmes défaillances dans l’organisation ont été notées. D’abord, au niveau de la billetterie.

Le marché noir s’empare des billets

Le marché noir a pris le pouvoir. Ces groupes de revendeurs, profitant d’un manque de maitrise et d’anticipation des Fédéraux combiné au fait que le Sénégalais soit habitué à acheter ses tickets à la dernière minute, ont fait main basse sur les billets. Le fameux sésame pour entrer dans l’enceinte était désormais vendus à des prix multipliés par 3, 4, 5 et même parfois beaucoup plus. Cette inflation spectaculaire a provoqué frustration et incompréhension parmi les supporters, obligeant certains à attendre des heures à l’extérieur.

Kabou Fall, un supporter interrogé par Dsports, raconte : « C’était très difficile, on n’avait même pas de parking pour garer. Je suis descendu acheter un ticket mais les policiers nous ont chassés. Mon ami a dû payer un billet de 1000 F à 3000. J’ai vu d’autres acheter les billets de 1000 F à 5000. Je pense que le mieux, c’est de digitaliser les billets. Sinon ce sera toujours la même chose. À la fin, comme le stade n’était pas rempli, les policiers ont laissé entrer les supporters gratuitement. »

« La vente des billets avait commencé bien avant le 30 aout…»

Ndiamé Diop, président de la commission d’organisation mixte mise en place pour cette rencontre et composée de membres de l’administration de la FSF, des membres de la nouvelle et de l’ancienne équipe, reconnait les quelques dysfonctionnements. « Nous avons trouvé un dispositif déjà en place, et il n y’a pas eu le temps nécessaire de tout réorganiser », se dédouane-t-il avant d’assurer ensuite. « Par rapport à la billetterie, nous reconnaissons qu’il y a eu des manquements. Mais il faut d’abord préciser que la vente des billets avait commencé depuis le 30 aout, alors même que le président Abdoulaye Fall n’avait pas encore officiellement pris fonction. Nous avions pris toutes les dispositions nécessaires pour permettre aux supporters d’obtenir leurs tickets bien avant le jour du match. Le deuxième aspect concerne la réglementation de la FIFA, qui interdit la vente de billets le jour du match, dans l’enceinte et aux alentours du stade. C’est ce qui explique que beaucoup de supporters, venus se procurer des tickets à la dernière minute, n’en ont pas trouvé. Pour éviter cela, nous avions également mis en place la vente de billets électroniques, accessibles directement via téléphone portable. Comme l’a dit le président Abdoulaye Fall, nous avons pris bonne note de tous les dysfonctionnements et nous allons corriger les erreurs ».

Des journalistes non accrédités

Le souci à la billetterie n’a pas été la seule tracasserie d’avant-match. Certains journalistes se sont plaints de défaillances dans l’attribution des accréditations. Ils assurent pourtant avoir déposé leur demande de couverture dans les délais et en due forme mais n’ont pas été accrédités et n’en connaissent toujours pas les raisons. « Concernant les journalistes, 150 accréditations étaient disponibles. Il n’y a pas eu de parti pris. Les accréditations ont été distribuées en fonction des demandes reçues par mail. La presse est un partenaire privilégié de la Fédération, et nous n’avons aucun intérêt à entrer en conflit avec elle », Ndiambé Diop s’explique.

Bamba Kassé, journaliste membre de l’association nationale de la presse sportive (ANPS) aperçu dans la zone presse parmi les organisateurs ajoute : « J’ai été désigné par Bacary Cissé, membre de la commission communication pour ce match, pour observer, superviser et lui faire un compte rendu à la fin. Je suis entré au stade avec un billet, car je n’ai reçu mon badge qu’à la mi-temps. Mon rôle était de superviser, d’observer et de lui transmettre mes remarques à l’issue du match. »

« Si certains pensent qu’ils peuvent remplacer la presse sportive… »

A l’intérieur de l’enceinte, des journalistes se sont également plaints de la forte présence des tik-tokeurs, appelés communément influenceurs, au niveau d’espaces de travail qui leur sont réservés. Et surtout avec des badges All Access. « Ceux qui ont privilégié les influenceurs aux journalistes ne travaillent que pour leur propre visibilité, leur propre image. C’est du copinage bas de gamme. La preuve : ça ne sert qu’à publier des vidéos où leurs “faits d’armes” sont vantés. Aucun contenu informatif. Maintenant, si certains pensent qu’ils peuvent remplacer la presse sportive, c’est que le niveau intellectuel même de leurs défenseurs laisse à désirer. À chacun son domaine, et il ne faut pas que les uns empiètent sur les plates-bandes des autres. », dénonce François Diouf, du Journal de Dakar. La confusion s’est aggravée lorsque trois influenceurs ont tenté de descendre sur la pelouse pour filmer l’échauffement des Lions. Ce qui est formellement interdit.

« Ils sont venus de façon bénévole, dans un esprit patriotique »

Ndiambé Diop se justifie : « Il est trop tôt pour installer une tension entre la presse et la Fédération. Nous devons collaborer pour que tout le monde soit à l’aise dans son rôle. Les influenceurs existent partout dans le monde. C’est une tendance, une mode. Ce sont des gens qui, généralement, apportent leur soutien sans contrepartie. Pour ce match, ce sont eux qui ont proposé leurs services gratuitement, aussi bien à la Fédération qu’au président Abdoulaye Fall. Il n’existe aucun contrat entre eux et la Fédération. Ils sont venus de façon bénévole, dans un esprit patriotique, pour accompagner et contribuer à la mobilisation autour de l’équipe nationale. C’est une nouvelle équipe, c’était un premier match. Forcément, il y a eu des dysfonctionnements. Nous allons les évaluer et apporter les corrections nécessaires. »

Le prochain match, c’est contre la Mauritanie, un gros derby prévu dans quatre semaines. C’est bien plus que les 5 jours pour préparer ce Sénégal-Soudan. Quel que soit le résultat des Lions ce mardi 9 septembre face à la RD Congo, le match face aux Mourabitounes sera très important et le stade Me Abdoulaye Wade, accueillera à nouveau pratiquement 50000 spectateurs.

Khadim DIAKHATE

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