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Seydou Tavarès : « Je voulais rentrer lorsque j’ai compris que j’ai signé dans un club de 4e division »

De l’ASC Cewoo de Nguinth à Thiès jusqu’à son statut de légende au sein de la diaspora de Wuppertal en Allemagne, Seydou Nourou Tavares retrace un parcours atypique. Dans cet entretien accordé à Dsports, l’ancien numéro 10 de l’US Rail revient sur son passage en équipe nationale et ce premier match cauchemardesque contre l’Égypte où, repositionné arrière gauche, il a dû tenir face aux redoutables jumeaux Hossam Hassan et Hamet Hassan. Concernant la sélection actuelle, Tavares évoque toute son admiration et son respect pour les coéquipiers de Sadio Mané.

Qui est Seydou Tavares ?

Mon nom chrétien était Jean Louis Tavares mais ma mère m’a donné le nom de Seydou Nourou depuis mon enfance. Au moment de ma conversion à l’islam en 1995, j’ai gardé le prénom Seydou. J’ai joué à l’ASC Thiès et à l’US Rail avant de partir à l’étranger. Depuis plusieurs années je vis en Allemagne. J’ai évolué au poste de numéro 10.

Quel est ton parcours depuis que tu as quitté le Sénégal ?

Après le Sénégal j’ai joué à Al Waja Club en Arabie Saoudite avant de retourner à l’US Rail. La saison suivante je suis parti en Allemagne dans un club de 4e division nommé Rheydter SV où j’ai évolué pendant 4 saisons. Durant cette période j’ai eu une offre de Duisburg, un club de l’élite mais ça n’a pas abouti. Après j’ai joué neuf saisons à Wuppertal SV. Je fais partie de ceux qui ont porté ce club en troisième division. À Polonia FC aussi j’ai eu la même réussite. Mais à chaque fois nous avons manqué l’accession en deuxième division de peu. C’est un problème de genou qui m’a écarté des terrains mais j’ai joué jusqu’à 45 ans avant d’arrêter et de reprendre. La saison dernière j’ai joué, à 54 ans.

En Allemagne qu’est-ce qui vous a marqué dans vos clubs respectifs ?

A mon arrivée en Allemagne, j’ai signé à Rheydter SV à Monchengladbach en 4e division. Dans un premier temps j’ai cru que c’était le Borussia Monchengladbach en Bundesliga, hélas j’ai signé un contrat sans comprendre la langue. J’ai voulu rentrer lorsque j’ai su qu’il s’agissait d’un club de 4e division puisque j’ai été induit en erreur.  Mais c’est ma mère qui s’y est opposée. Elle m’a fait comprendre que c’était mon destin. Je suis resté là-bas pendant 4 ans. Je peux dire que ne pas avoir un agent m’a beaucoup handicapé.

Quel est le club qui t’a le plus marqué au Sénégal ?

Je n’ai fait que l’ASC Thiès et l’US Rail au Sénégal. J’ai commencé par l’US Rail en junior mais je subissais les choix du coach même aux entrainements. C’est ainsi que mon cousin Papis m’a proposé de le rejoindre à l’ASC Thiès. Là-bas, dès ma première séance d’entraînement, le coach Pa Jules m’a remarqué et m’a prédit un bel avenir si j’étais bien encadré et mis dans de bonnes conditions. Après 6 mois j’ai rejoint l’équipe sénior où il y avait de grands joueurs comme Mame Ibra Touré, Abdou Diodio, Boubacar Diop, Karfa … On avait raté la montée durant deux années de suite et je suis allé à l’US Rail qui est mon club de cœur. Dans notre famille, tout le monde était supporter de la Jeanne d’Arc mais mon papa et moi étions de très grands de l’US Rail. A l’ASC Thiès j’ai connu deux belles saisons avec Lucien Pereira, Pa Jules et James respectivement comme entraîneur, entraîneur adjoint et préparateur physique.

Quel souvenir gardez-vous de votre passage en équipe nationale, notamment de votre toute première sélection ?

J’ai été appelé en équipe nationale en 1994 à la fin du championnat. En ce moment c’est le duo d’entraîneur était composé de Bocandé et de Locotte. J’ai obtenu plus de 15 sélections. Lors de ma première sélection j’ai joué contre l’Égypte. Les jumeaux dont l’actuel sélectionneur de l’Égypte m’ont beaucoup fatigué durant les 40 premières minutes. J’étais seul dans mon couloir puisque l’attaquant chargé de m’épauler ne descendait pas pour effectuer le marquage. En plus, je n’avais pas le soutien du public. J’ai continué à fréquenter la sélection pendant plusieurs années avec Amsatou Fall, Karim Séga Diouf, Lamine Dieng et Peter Schnittger comme sélectionneurs. Ensuite j’ai arrêté avec l’équipe nationale tout juste avant l’arrivée de la génération de El Hadji Diouf.

Comment jugez-vous la prestation su Sénégal lors de la dernière Coupe du monde

Je pense qu’on avait un excès de confiance sur le terrain mais on a commis des erreurs. Et dans cette compétition les erreurs se paient cache. C’est un manque d’expérience qui nous a empêché d’aller loin malgré la richesse de notre effectif. Nous avons des joueurs qui évoluent auprès des Européens donc les retrouver dans une autre compétition ne devrait pas être un problème mais ça a été une déception. Ill faudra faire seulement quelques réglages pour se remettre sur le bon chemin. Je trouve que cette génération est très talentueuse et a beaucoup fait pour le football sénégalais notamment avec ces deux titres continentaux qui forcent le respect.

Quelle différence existe entre le football sénégalais et le football allemand ?

Il existe une énorme différence. La discipline tactique qu’on trouve en Allemagne est bien ancrée et occupe une place prépondérante dans le football allemand. À mon arrivée j’ai dû réapprendre beaucoup de choses. Même les gestes les plus élémentaires sont revus à l’entraînement. Le sens tactique allemand aide les joueurs à lire un match et à se placer au bon endroit. Il faut aussi reconnaître que les joueurs sénégalais sont très bons et qu’avec une discipline tactique ça peut marcher. Le Sénégal doit encore travailler cet aspect.

Seydou Tavares est-il toujours dans le milieu du football ?

J’ai encadré des joueurs et j’étais même entraîneur joueur puis entraîneur d’une équipe junior. J’ai participé à la formation de beaucoup de joueurs mais aujourd’hui, avec le travail, je n’ai plus assez de temps pour ça.

Qu’est-ce que cela vous fait de voir que vos deux anciens clubs de Thiès sont en National 1 ?

Ça fait mal de voir que Thiès FC et US Rail évoluent en National. Moi je suis un grand supporter de l’US Rail. Et de loin je suis le club. Quand je suis à Thiès, je me déplace pour suivre les équipes. Aujourd’hui pour des tiraillements Thiès FC est en National. On devrait penser à travailler beaucoup plus pour ces clubs. J’ai cotisé, j’ai offert des ballons et dossards à l’US Rail mais c’est dommage de voir l’équipe à ce niveau.

Abdoulaye DIOUF

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