Stade en pause, cafés en attente : Tanger à la veille du match du Sénégal
Jeudi après-midi, face au stade Ibn Batouta, Tanger semble respirer au ralenti. Le Chaud L’Orange, habituellement animé les jours de rencontre, affiche aujourd’hui un calme presque irréel. Les tables sont presque toutes vides, quelques clients feuillettent des journaux ou tapotent sur leurs téléphones, tandis que les arômes de café fraîchement préparé et de pâtisseries marocaines flottent dans l’air, mêlés à celui du couscous qui mijote pour le grand jour.
À Tanger, certains cafés vivent au rythme des matchs comme d’autres vivent au rythme du cœur d’un stade. Le reste du temps, ils semblent figés, presque vides, en proie à un silence pesant. Entre le néant des jours ordinaires et la frénésie des jours de match, le contraste est saisissant.
Le Chaud L’Orange, situé juste en face du stade Ibn Batouta, est l’exemple parfait de cette double vie. Un jeudi après-midi sans rencontre sportive : les tables sont presque toutes vides, seuls quelques clients attendent leur café, le regard distrait. Les drapeaux accrochés à l’entrée, représentant des pays du monde entier, semblent presque ironique à l’intérieur où seuls les tabliers marocains tranchent sur le décor. La circulation dans la rue est fluide, et le bruit des moteurs rares : un calme presque inquiétant, une ville en pause. Mimoune, serveur au café L’Or, décrit la scène : « Quand il n’y a pas de match, c’est presque le néant. On n’a presque personne, on attend, on passe le temps… »

À l’extérieur, les trottoirs sont clairsemés, et le trafic, d’ordinaire dense, est fluide. On entend seulement le froissement des feuilles, le ronronnement lointain des voitures et le chant occasionnel d’un vendeur ambulant. Pourtant, chaque drapeau accroché à l’entrée du café, représentant différents pays, semble promettre l’effervescence à venir. À l’intérieur, les couleurs marocaines sur les tabliers et les murs tranchent sur la tranquillité ambiante, comme un rappel discret que tout est prêt pour demain.
« Les clients sont rares, on a le temps de souffler »
Mimoune, serveur au café L’Or, raconte avec un sourire en coin : « Aujourd’hui, c’est presque le néant… Les clients sont rares, on a le temps de souffler. Mais on prépare déjà tout pour demain. Le couscous, les pizzas, les tacos… tout doit être prêt pour accueillir les supporters. On sait que ça va être fou. »
Dans la cuisine, les marmites frémissent doucement, les odeurs de cumin et de coriandre se mélangent à celle du pain chaud qu’on appelle communément ici « Khoups » et le Tajine. Pas de couscous marocain aujourd’hui parce que selon la tradition marocaine c’est reversé uniquement pour les vendredis.
Les serveurs passent et repassent, vérifient les tables, organisent les chaises, comme s’ils savaient que chaque détail comptera quand la vague de supporters arrivera. Chaque mouvement est tranquille aujourd’hui, mais chargé d’anticipation.
Demain, la rue devant le café sera méconnaissable : klaxons incessants, scooters zigzaguant entre les voitures, fans vêtus des couleurs de leur équipe, drapeaux brandis et chants qui résonneront jusque dans le café. Mais ce jeudi, Tanger est suspendue dans l’attente, entre la quiétude du présent et la tempête annoncée du lendemain. Un calme presque sacré, où chaque odeur, chaque son, chaque mouvement préfigure déjà l’effervescence des heures à venir.
Mimoune conclut : « On sent que ça va commencer demain. Aujourd’hui, on se prépare en silence, mais toute la ville, elle aussi, retient son souffle… »

Khadim DIAKHATÉ, envoyé spécial à Tanger





