Succession de Mayacine Mar : et pourquoi pas Aliou Cissé ?
Je ne sais pas s’il a déposé sa candidature. Je n’ai pas non plus cherché à savoir s’il figure parmi les cinq noms retenus par la Fédération sénégalaise de football pour succéder à Mayacine Mar au poste de Directeur technique national (DTN). J’ai arrêté de fouiner dans les affaires de la FSF puisque, par raccourci, on dira toujours que l’information m’a été filée par mon ancien collègue devenu membre du COMEX. Mais, pour tout dire, j’aurais aimé voir Aliou Cissé dans la course. Mieux encore : le compter parmi les favoris.
Une situation inconfortable en Libye
Ce serait toujours préférable à la situation actuelle, où l’on apprend par la voix même du président de la Fédération libyenne de football que le technicien sénégalais et son staff sont restés huit mois sans être payés. Une situation qu’Aliou Cissé a déjà connue au Sénégal, même si, ici, elle relevait le plus souvent de lenteurs administratives. En Afrique du Nord, en revanche, ce type de procédé sert parfois à pousser un entraîneur vers la sortie. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, malgré son contrat avec la Libye, le nom d’Aliou Cissé a circulé avec insistance du côté du Gabon ou du Mali.
L’homme du redressement du football sénégalais
Pour ma part, je préférerais largement le voir occuper un poste au Sénégal. Cissé a grandement contribué à notre redressement sur le plan footballistique. Grâce à lui, en partie, nous pouvons légitimement avoir une haute estime de notre football.
Il faut se souvenir de ce qu’était le Sénégal avant l’arrivée d’Aliou Cissé sur le banc de l’équipe nationale A pour mesurer l’ampleur du travail accompli par l’ancien milieu défensif. Destructeur infatigable lorsqu’il était joueur, il a bâti une véritable forteresse lorsqu’il est devenu entraîneur. On peut aimer ou non sa philosophie de jeu, mais sa discipline tactique, sa rigueur, son respect du maillot et son leadership ont transformé les Lions : d’éternels perdants, ils sont devenus champions, sur les terres mêmes des Lions indomptables, face aux Pharaons d’Égypte, nation la plus titrée d’Afrique.
Lorsqu’il fut nommé sélectionneur en 2015 pour succéder à Alain Giresse, je n’éprouvais aucun sentiment particulier. Ni enthousiasme, ni rejet. En revanche, j’étais profondément agacé par ceux qui voulaient à tout prix lui inventer un CV qu’il n’avait pas, allant jusqu’à lui attribuer la paternité des succès de la génération olympique de 2012. C’était totalement faux. L’histoire a d’ailleurs montré que certains de ceux qui gonflaient son CV, comme le professeur Dioum, furent ensuite parmi ses premiers pourfendeurs.
La morale est simple : on peut choisir un novice, mais encore faut-il assumer ce choix et lui accorder le temps nécessaire. Me Augustin Senghor et ses collaborateurs l’avaient compris. Et cela a porté ses fruits.
Un profil crédible pour la Direction technique nationale
Pour le poste de Directeur technique national, son passé d’ancien capitaine et de sélectionneur, avec près de dix ans à la tête des Lions, pourrait constituer un atout considérable. D’autant plus que, au regard de la manière dont il a quitté la sélection et de la distance qu’il a maintenue depuis (même s’il a assisté à la finale de la CAN à Rabat, restant toutefois en retrait de la Tanière), il ne serait sans doute pas un Directeur technique obsédé par la seule équipe nationale A.
Il s’impliquerait probablement davantage dans le football local, dans la formation des cadres aux nouveaux métiers du coaching et dans le développement des jeunes. Il sait mieux que quiconque ce qui a manqué à nombre de joueurs locaux pour prétendre à la sélection nationale. Travailleur et homme de défis, il pourrait enfin redonner un contenu réel à cette Direction technique devenue, depuis des années, une coquille vide.
Les quatre profils en pole position
Pour l’heure, cependant, quatre profils semblent tenir la corde pour succéder à Mayacine Mar. Il y a d’abord Souleymane Diallo, « El Profesor ». Il serait, dit-on, le favori de Mayacine, celui que ce dernier aurait recommandé pour prendre le relais. S’il était choisi, cela lui offrirait aussi l’occasion de sortir du bourbier dans lequel il s’est enlisé depuis le 6 septembre 2025.
Il y a ensuite Serigne Saliou Dia, considéré comme le profil soutenu par le ministère. Ses proches, qui gravitent autour du ministre, espèrent le voir prendre les rênes de la structure. Son principal atout : près d’une décennie passée à la prestigieuse académie Aspire et un titre de champion d’Afrique U17.
Amara Traoré, lui, incarne le profil apprécié par nombre d’acteurs au sein de la Fédération sénégalaise de football. Sa particularité réside dans son parcours : il a pratiquement connu toutes les strates du football sénégalais : international junior, espoir et A, joueur local puis expatrié, entraîneur champion du Sénégal avec la Linguère, sélectionneur national, membre du Comité exécutif de la FSF et président de club.
Enfin, il y a Bassouaré Diaby, dont la nomination s’inscrirait dans une certaine continuité, puisqu’il s’occupe déjà, dans les faits, de la formation au sein de la Direction technique.
Des critères bien précis
Pour être candidat selon la FSF, il faut obligatoirement être titulaire d’une Licence CAF Pro, UEFA Pro ou CAF A, ou être en cours d’acquisition. Sur le plan académique, un doctorat ou un master dans un domaine pertinent est également requis. Un critère sans doute glissé par Mayacine Mar afin de favoriser les diplômés de l’INSEPS face aux anciens internationaux.
À cela s’ajoute un minimum de dix ans d’expérience confirmée dans le football de haut niveau ou au sein d’une Direction technique, avec une expertise avérée dans la formation des cadres.
La question demeure : parmi tous ces profils, lequel saura réellement redonner souffle et vision à la Direction technique nationale ? Le nouveau DTN sera en tout cas connu dans quelques jours.
D.V.






