Tensions après Sénégal–Maroc 1-0 : Ousmane Sonko pose les mots de la raison à Rabat
Arrivé tôt lundi matin à Rabat, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a entamé sa visite officielle au Royaume du Maroc dans un contexte particulier, lourd d’émotions et de tensions. Cette séquence diplomatique intervient en effet quelques jours après la finale remportée par le Sénégal, un succès sportif majeur qui, au-delà de la fête, a été suivi de débordements regrettables, d’insultes, et de tensions verbales ayant parfois dépassé le cadre sportif pour frôler le terrain diplomatique.
C’est dans ce climat sensible que le chef du gouvernement sénégalais a posé un premier acte hautement symbolique : un recueillement au mausolée de Mohamed V, figure fondatrice de l’État marocain moderne. Une manière de rappeler que les relations entre Dakar et Rabat s’inscrivent dans une histoire longue, bien au-delà des secousses de l’actualité immédiate.
Dans une déclaration particulièrement dense, Ousmane Sonko a tenu à nommer le contexte sans détour. « Cette visite intervient dans un contexte chargé d’émotions sportives, marqué par des débordements regrettables et des images parfois douloureuses pour deux peuples profondément liés », a-t-il affirmé, en référence directe aux événements survenus après la finale.
Pour le chef du gouvernement sénégalais, la portée de ce déplacement dépasse largement l’actualité sportive. « Sa portée historique réside précisément dans la capacité des deux États à ne pas laisser l’émotion prendre le dessus ni dicter le sens des relations », a-t-il souligné, mettant en avant la responsabilité politique face à l’exacerbation des passions.
Ousmane Sonko a été clair : ce déplacement n’est pas un voyage d’apaisement. « Il vise à affirmer, à réaffirmer que le sport n’a pas divisé les deux peuples, mais qu’il a mis leur lien à l’épreuve », a-t-il expliqué. Selon lui, la finale n’a pas opposé le Sénégal au Maroc, mais a plutôt exposé « l’intensité de deux passions nationales dans un espace commun ».
Abordant frontalement les incidents et les insultes observés après la rencontre, y compris celles qui ont suscité des crispations sur le plan diplomatique, le Premier ministre a appelé à une lecture responsable des faits. « Les dérapages observés ici ou là ne doivent être ni niés ni dramatisés », a-t-il insisté, plaidant pour leur requalification en excès émotionnels nés de la ferveur sportive, et non en fractures politiques, culturelles ou civilisationnelles.
Pour Ousmane Sonko, le sport, aussi puissant soit-il, ne peut résumer à lui seul deux nations. « Il est trop fragile pour cela », a-t-il martelé, rappelant que les relations sénégalo-marocaines reposent sur l’ancienneté et la solidité de liens humains, spirituels, économiques et culturels, construits au fil des décennies.
Ces relations, a-t-il rappelé, sont nourries par la circulation historique des personnes, des savoirs, des confréries religieuses, des étudiants et des entrepreneurs, ainsi que par une confiance politique qui transcende les alternances et les conjonctures. « Un lien entre États et entre peuples qui survit aux événements parce qu’il est enraciné dans une histoire partagée », a-t-il souligné.
Ousmane Sonko a livré un message qui résume l’esprit de sa visite : « L’amitié sénégalo-marocaine est plus forte que les intensités. Deux peuples frères peuvent traverser l’intensité sans se diviser. »
Un message de confirmation et de dépassement, dans un moment où la diplomatie choisit la profondeur de l’histoire plutôt que la superficialité des émotions passagères.
Le Premier ministre sénégalais est arrivé à l’aéroport international Rabat-Salé à bord d’un vol spécial affrété par Air Sénégal. Il a été accueilli par son homologue marocain, Aziz Akhannouch, en présence de plusieurs hauts responsables du Royaume, traduisant d’emblée l’importance stratégique accordée à cette visite.
Khadim DIAKHATÉ






