GRAND ANGLE I Jaraaf : Sur les traces de l’épopée 1995…, l’année du dernier doublé
C’est la finale de la Coupe du Sénégal. Ce dimanche au stade Léopold Sédar Senghor, Jaraaf affronte Génération Foot. L’occasion pour les Médinois, sacrés champions du Sénégal cette année, de réaliser un doublé. Ce qui serait une première depuis l’exercice 1994-1995.
En termes de palmarès, le Jaraaf est de loin le meilleur dans ce domaine au Sénégal. Au total, l’équipe médinoise a remporté 13 titres de champion. L’écrasante victoire face à HLM de Dakar (4-1), il y a quelques jours, a validé le 13e sacre. En Coupe du Sénégal, Jaraaf est loin devant, avec ses 16 titres. Très loin devant son prochain adversaire, Génération Foot (2 titres).
Mais sous l’ère pro, Jaraaf court toujours après son premier doublé national (Championnat – Coupe du Sénégal). Là où Pikine (2014) et Casa Sports (2022) sont les seuls clubs à avoir réussi une telle prouesse.
La dernière fois que le club médinois avait tout raflé, c’était lors de la saison 1994-1995. Retour sur une épopée glorieuse.
Une équipe de légendes, à jamais dans l’histoire
A l’époque, le championnat était divisé en deux poules. Leader de son groupe à l’issue de la saison régulière, Jaraaf avait hérité de l’Entente Sotrac de Ouakam (actuel USO) en finale. Un succès (2-1), synonyme de titre. Quelques jours plus tard, c’était l’apothéose en Coupe du Sénégal face à l’AS Douanes (2-0).
Le tout mené par un effectif de qualité. Dans le onze habituel, il y avait comme gardien Khadim Faye. En défense, le duo central Ibrahima Tété Diandy – Boubacar Camara, et Mohamed Mendy, ainsi que Moustapha Faye (frère du gardien Khadim) sur les côtés. L’entrejeu était composé par Lamine Sagna qui venait de l’Europe, de Thomas Badiane et Jean Claude Gomis dans un rôle de n°10.

En attaque, feu Lamine Sarr et Mody Ndiaye évoluaient aux côté du buteur Ass Mamoune Diop. D’autres joueurs comme Pithagore Diompy, Sago Komé, Sadio Cissokho et Abdoulaye Fall figuraient souvent sur le onze de départ. Presque tous des internationaux sénégalais. Sur le banc, feu Emile Clément Diouf comme entraîneur.
« C’était un groupe soudé, une bande de copains, c’était une famille. On se réunissait souvent autour du thé après les entraînements. Cet esprit de solidarité nous avait valu ce doublé »
Khadim Faye, gardien de but
« C’était une saison vraiment historique pour le club et pour nous en tant que joueurs », raconte Khadim Ndiaye, actuel formateur à Génération Foot.
« D’abord, le championnat était relevé à l’époque, avec un bon niveau et de très belles équipes comme l’Entente Sotrac de Ouakam, qui est l’actuel USO. Une équipe qui faisait presque peur à tout le monde. Surtout de bons joueurs comme Moussa Diop, Mamadou Diallo entre autres. Une grande équipe », ajoute l’ancien portier médinois.
« C’était un groupe soudé, une bande de copains, c’était une famille. On se réunissait souvent autour du thé après les entraînements. Cet esprit de solidarité nous avait valu ce doublé », ajoute Khadim.
Pour Ass Mamoune, la force de l’équipe reposait sur l’union et la solidarité. « On préférait être tout le temps en regroupement que rester chez nous. On avait un effectif riche avec plus de 25 joueurs. Même sans entraîneur, les joueurs pouvaient sortir l’équipe de départ. On avait également eu la chance d’avoir des dirigeants ambitieux qui étaient prêts à tout gagner. C’est un doublé qui m’a beaucoup marqué. Je ne l’oublierai jamais ».
Le phénomène Ass Mamoune Diop
Un des acteurs majeurs du doublé, Ass a marqué lors des deux finales. En championnat contre l’ESO (2-1), c’est lui qui avait égalisé pour son équipe. Sadio Cissokho avait marqué le but de la victoire.
« A l’époque, mon concurrent pour le titre de meilleur buteur était Moussa Diop de l’ESO. Malheureusement pour lui, une fracture avait brisé son élan. J’avais profité de son absence pour continuer à briller », se souvient l’ancien attaquant médinois, devenu aujourd’hui chroniqueur et reporter pour la chaîne Bantamba TV.
En finale de Coupe du Sénégal, Ass Mamoune Diop a été le bourreau de la grande équipe de l’AS Douanes d’Aly Male, Moussa Camara, Diène Faye…
Auteur de l’ouverture du score, il avait délivré une passe décisive pour Tété Diandy. Succès 2-0.
« Pourtant, l’AS Douanes avait l’opportunité de marquer en premier. Mais le penalty raté en début de rencontre a été le tournant », a expliqué celui qui avait terminé l’exercice, dit-il, avec « plus de 20 buts », toutes compétitions confondues.
« A Tamba, on nous avait accueillis dans un terrain vague sous une forte chaleur. On a vécu de la pression, de l’intimidation avant le match parce que l’équipe locale devait gagner pour ne pas descendre en D2 »
Ass Mamoune Diop, attaquant
La forte chaleur de Tamba, la pression de SODEVITEX…
Durant la saison, Jaraaf avait rencontré d’autres belles équipes, à l’image de l’US Rail de Thiès, Ndiambour de Louga ou encore SODEVITEX de Tambacounda.
« Le match le plus difficile que j’ai vécu aura été sans doute celui contre SODEVITEX. On devait obligatoirement gagner pour se qualifier en demi-finale, parce qu’on avait perdu sur tapis vert contre Rail à cause d’une histoire de licences oubliées », retrace Ass Mamoune.
« A Tamba, on nous avait accueillis dans un terrain vague sous une forte chaleur. On a vécu de la pression, de l’intimidation avant le match parce que l’équipe locale devait gagner pour ne pas descendre en D2. Finalement, on gagne 1-0 et c’est moi qui ai marqué le seul but de la rencontre », dit-il.
Plusieurs acteurs de ce doublé avaient vu leurs carrières prendre une autre tournure. Le gardien Khadim Faye avait décroché, quelques mois plus tard, un contrat professionnel au Portugal.
De son côté, Ass Mamoune avait gagné une place indiscutable en sélection. Il avait d’abord fait ses preuves avec la sélection U20 qui avait pris part à la CAN en 1993 à l’île Maurice.
Héros en club, star en sélection
Avec l’équipe nationale A, Ass avait également pris part à un tournoi organisé au Brésil. « Je faisais partie de l’équipe qui avait fait le voyage au Brésil pour un tournoi. A la fin de la compétition, le président de la fédération m’avait même supplié de rester au pays pour jouer dans le championnat brésilien », dit-il.
« Je me rappelle également du tournoi Amilcar Cabral en 1995, l’année du doublé. Je venais d’intégrer l’équipe A. J’avais marqué 5 buts en 3 matchs », conclut Ass.
Trente ans après les Ass Mamoune, Khadim Faye, Lamine Sagna, Jean Claude Gomis ou encore Tété Diandy, le Jaraaf version Malick Daf est prêt à réécrire l’histoire. Pour ce faire, le technicien médinois pourra s’appuyer sur ses meilleurs éléments de la saison comme Moustapha Guèye, Mbaye Ndiaye, Jean Rémy Bocandé, Adama Wade, Ben Makha Ba, Mame Saer Guèye, Souleymane Cissé, Ababacar Sarr…
Aliou FAYE






