Entretien exclusif – Rassoul Ndiaye : « J’ai la CAN en tête »
Révélé sous les couleurs du FC Sochaux avant de franchir un nouveau cap au Havre, Rassoul Ndiaye s’impose petit à petit comme l’un des milieux les plus prometteurs de Ligue 1. À 23 ans, le joueur formé en France garde un lien fort avec le Sénégal, pays de ses origines et de son cœur.
Dans cet entretien exclusif, il revient sur sa première sélection avec les Lions, sa rencontre avec Aliou Cissé, et les conseils reçus de ses aînés comme Joseph Lopy. Entre humilité, travail et ambition, Rassoul Ndiaye confie vouloir “profiter de chaque opportunité et rester prêt” pour retrouver la Tanière.
Alors que la compétition africaine approche et que la concurrence s’intensifie au milieu de terrain, le joueur du Havre affiche une détermination tranquille : “Je sais qu’il y a de la concurrence, mais je me prépare à tout moment pour être prêt à représenter mon pays’’.
Entretien
Rassoul Ndiaye, peux-tu nous raconter ton premier contact avec l’équipe nationale du Sénégal ?
Mon premier contact officiel avec la Tanière, c’était en mars 2024. Mais j’avais déjà rencontré le coach Aliou Cissé quand j’étais à Sochaux. Il avait été invité par mon coach d’alors, Omar Daf, et on avait bien discuté. Je ne me rappelle plus exactement de l’année, peut-être que c’était en 2021. Mais en tout cas, oui, c’était en 2021, et on avait bien discuté. Officieusement, c’était là le premier contact.
Comment as-tu vécu ton premier match officiel avec les Lions ?
C’était bien, franchement, c’était un honneur. Parce qu’en plus, on était plusieurs jeunes de cette sélection-là à faire notre première apparition, avec Habib Diarra et les autres (ndlr : Lui et Mikayil Ngor Faye avaient été appelés par Aliou Cissé pour remplacer Fodé Ballo Touré et Mamadou Lamine Camara). C’était un honneur et une fierté. Et cette année-là, en plus, ce n’était pas ma meilleure saison, mais ça m’a fait du bien d’honorer ma première convocation. Franchement, c’était un goût spécial. Même si ce n’était pas au Sénégal, c’était quand même particulier, et j’ai vraiment profité à fond de la sélection. Toute la famille était très contente.
« C’est une année de CAN, et aussi de Coupe du Monde en fin de saison donc, en tant que joueur, j’essaie de tout faire pour être le plus performant possible, qu’on évoque mon nom, et que je n’aie pas de regrets à la fin »
Quels conseils t’ont été donnés par les joueurs expérimentés, les cadres, lors de tes débuts en sélection ?
Tous ceux qui m’ont donné des conseils m’ont dit de jouer librement et comme je jouais en club. C’est comme ça que j’allais faire la meilleure impression. Et même avant, dans les années où ils ont remporté la CAN, Joseph Lopy m’avait déjà donné des conseils. Il m’avait dit que si jamais j’allais en sélection, je devais être moi-même, jouer sans pression. Et quand je suis arrivé, je n’ai pas eu de pression : j’ai joué comme en club, et ça s’est bien passé, Al Hamdoulillah (ndlr : il a honoré sa première sélection en jouant 27 minutes contre le Bénin).
En dehors du rassemblement, avez-vous des relations avec d’autres cadres ou joueurs ?
Oui, il y a Mory Diaw, qui était là quand j’ai fait ma première sélection, et avec qui je joue maintenant au Havre. Et puis, il y avait aussi les autres jeunes : Dion Lopy, avec qui j’étais en U23. Mais aussi Habib Diarra. Donc même en sélection, j’étais à l’aise, parce qu’il y avait beaucoup de joueurs que je connaissais déjà. On garde contact entre jeunes, et c’est bien, parce que c’est la nouvelle génération qui arrive, inshallah.
Dernièrement, votre nom a été cité dans la liste, mais vous n’y figuriez pas finalement. Est-ce que, sur la dernière trêve, le sélectionneur Pape Thiaw vous a contacté ?
Non, sur cette trêve, je n’ai pas eu de contact avec le sélectionneur. J’ai vu qu’on avait parlé de moi, mais officiellement, je n’ai pas été contacté. La dernière fois que j’ai eu un échange, c’était la saison dernière. Cette année, même en début de saison, je n’ai pas eu de contact officiel. Pape était venu l’année dernière au Havre et on avait discuté, oui.
Le Sénégal a souvent un statut de favori dans les compétitions africaines, notamment la CAN. Aujourd’hui, même si vous n’êtes pas sélectionné dernièrement, vous y pensez sûrement.
Bien sûr, tous les joueurs performants en club espèrent être sélectionnés, c’est normal. Je sais qu’il y a de la concurrence, surtout au milieu de terrain. C’est une année de CAN, et aussi de Coupe du Monde en fin de saison donc, en tant que joueur, j’essaie de tout faire pour être le plus performant possible, qu’on évoque mon nom, et que je n’aie pas de regrets à la fin. Maintenant, c’est Dieu qui sait si je serai dans la liste ou non. En tout cas, je suis prêt si on fait appel à moi. Le Sénégal est une grande nation, donc il y a des responsabilités, mais ça reste du foot. Si on fait appel à moi, inshallah, je serai prêt.
Tu as parlé de la concurrence au milieu. Selon toi, quelles sont les qualités essentielles pour s’imposer dans cette équipe nationale ?
Comme j’ai dit, il y a beaucoup de bons joueurs avec des profils différents, et c’est ce qui rend la concurrence rude. Mais dans mon registre, je suis plutôt un box-to-box : j’aime porter le ballon de ma défense à l’attaque, aider les attaquants à marquer. C’est ce que je peux apporter à l’équipe. Après, c’est le staff qui fait les listes et qui sait quel joueur correspond à ce qu’il recherche. Moi, je sais que je suis prêt à apporter du box-to-box.
« J’ai mis en place beaucoup de choses pour être performant : un coach mental, un coach physique. Et on le voit sur le terrain, je suis mieux »
Si tu avais le choix entre disputer la Coupe d’Afrique, la Coupe du Monde ou les Jeux Olympiques avec le Sénégal, que choisirais-tu ?
Déjà, c’est un honneur de porter le maillot, donc les trois seraient un honneur. Mais je pense que je choisirais la CAN, parce qu’à l’instant T, c’est l’objectif le plus proche pour tout le monde. Après, c’est vrai que la Coupe du Monde, c’est spécial aussi.
Qu’a de si particulier la CAN pour toi ?
A l’instant T, j’ai la CAN en tête, je suis concentré là-dessus. C’est une compétition spéciale, on l’a gagnée en 2021, et franchement, c’est particulier. Ma tête est complètement tournée vers la CAN pour l’instant.
Y a-t-il un match de l’équipe nationale qui t’a particulièrement marqué ?
Bien sûr, la finale de la CAN. Je l’ai suivie avec toute ma famille à Besançon, tous les amis. C’est le souvenir le plus fort, car c’est le premier sacre. Et il y avait des joueurs que je connaissais personnellement : mon cousin Moustapha Name, et Joseph Lopy, avec qui je jouais à Sochaux. Les voir soulever le trophée, c’était spécial. Même quand j’étais petit, je regardais les matchs avec mon père, c’était des bons moments. Remporter la CAN, c’est quelque chose de très spécial pour tous les Sénégalais.

Selon toi, quelles sont les forces et les points à améliorer de l’équipe nationale ?
La force du Sénégal, c’est qu’il y a beaucoup de joueurs de très haut niveau. On l’a vu contre la RD Congo, le coach a fait entrer Pape Matar Sarr, il a marqué sur une passe de Sabaly. C’est une équipe compétitive, ce n’est pas donné à toutes les sélections africaines. La force, c’est aussi l’unité : il n’y a pas d’histoire, tout le monde va dans le même sens. Et au niveau du jeu, l’équipe a la qualité pour déployer un jeu complet sur le continent africain.
« Je veux faire une carrière internationale accomplie, avec des titres. Je veux faire partie de cette génération qui poursuivra l’héritage du Sénégal, inshallah ».
Tu joues actuellement au Havre, en Ligue 1. Comment juges-tu ton évolution depuis ton arrivée ?
Depuis mon arrivée, j’ai eu une première saison compliquée, mais ça fait partie du football. Aujourd’hui, c’est mieux. J’ai marqué trois buts cette saison et délivré une passe décisive, et on essaie de faire une meilleure saison que les précédentes pour assurer le maintien. À titre personnel, je me sens bien, dans ma tête aussi. Quand les performances suivent, forcément, c’est mieux. J’ai mis en place beaucoup de choses pour être performant : un coach mental, un coach physique. Et on le voit sur le terrain, je suis mieux. C’est ce que je voulais pour cette saison, très importante.
Et tu t’imagines dans les plus grands clubs européens…
Bien sûr, je veux évoluer dans des championnats compétitifs. La Ligue 1 en est un, mais comme tout joueur, j’aimerais rejoindre de grands clubs. J’ai un contrat avec Le Havre, mais j’espère qu’un jour mes performances me permettront d’aller vers des top clubs, pourquoi pas en Angleterre — c’est le meilleur championnat du monde. Mais l’Espagne m’attire aussi beaucoup, c’est un football qui me parle.
Comment vois-tu ton intégration dans l’équipe nationale à moyen et long terme ?
À court terme, le plus vite possible. J’espère m’intégrer pleinement cette saison et accrocher une place dans les compétitions comme la CAN ou la Coupe du Monde. À long terme, je veux faire une carrière internationale accomplie, avec des titres. Je veux faire partie de cette génération qui poursuivra l’héritage du Sénégal, inshallah.
Une anecdote marquante à partager sur ta première expérience avec l’équipe nationale ?
En fait, quand j’ai vu Aliou Cissé, on s’était rencontrés à Sochaux, lors d’un match amical à Besançon. Il m’avait dit que dans quelques années, je devrais être prêt à intégrer l’équipe nationale — et c’est ce qui s’est passé. Il était encore le sélectionneur à ce moment-là, donc oui, ça a été un grand moment. Je ne le remercierai jamais assez de m’avoir donné cette première sélection, parce que ça ouvre des portes. Je lui en serai toujours reconnaissant.
Propos recueillis par Khadim DIAKHATÉ




