Ababacar Ndiaye : «Diagnostiquer et situer le niveau de responsabilité de tout un chacun»
Éliminé par la Belgique en 16es de finale (3-2 a.p.) de la Coupe du monde, le Sénégal fait face aux critiques. Pour Ababacar Ndiaye, responsable du recrutement à Génération Foot, la responsabilité est partagée. Entre couacs administratifs, préparation bâclée et erreurs tactiques, il dresse un bilan sans concession. Mais, le technicien écarte le débat sur le manque d’engagement des cadres et plaide pour une transition progressive.
Entretien
Le Sénégal est éliminé par la Belgique en seizièmes de finale de la Coupe du monde. Certains supporters parlent d’un manque d’engagement des cadres. D’autres parlent d’échec collectif. Où situez-vous la responsabilité principale ?
Dans un premier temps, sur le plan organisationnel et administratif, il y a eu pas mal de couacs et c’est déplorable. Comment un entraîneur champion d’Afrique peut préparer sereinement un tournoi aussi important sans contrat ? Ensuite, il y a eu le problème avec le chef cuisinier, entre autres. Tous ces aspects font qu’il ne peut y avoir que des répercussions négatives. On peut parler de tout sauf de manque d’engagement de qui que ce soit dans l’équipe.
Quel est le plus gros regret sur cette campagne : la préparation, les choix ou l’exécution sur le terrain ?
On a failli sur tous les plans. Pour moi, il y a des joueurs qui méritaient d’être sur la liste et d’autres qui ne devaient pas y figurer. Ensuite, notre préparation, selon moi, est bâclée. On n’a pas joué contre les bons adversaires ni avec notre ossature des deux premiers matchs du Mondial. Et malgré ça, on a eu une équipe qui, certes, n’avait pas suffisamment d’armes pour aller très loin mais qui méritait au moins de jouer les 8es de finale. Le coach a fait des erreurs tactiques qui nous ont valu cette élimination en 16es de finale.
Faut-il maintenir Pape Thiaw jusqu’à la prochaine échéance, ou changer tout de suite pour lancer un nouveau cycle ?
Pour le cas de l’entraîneur, je pense que tout dépend des objectifs qui lui sont assignés. Un entraîneur, c’est un leader avant tout et un manager. Je ne pense pas que ce soit vrai ce qu’on dit concernant les cadres. Il peut écouter des conseils ou des points de vue des joueurs. Mais les décisions et les choix, c’est à lui de les faire.
D’après vous, Pape Thiaw avait-il vraiment les mains libres sur les choix, ou subissait-il le poids des cadres ?
Il fallait renforcer Pape Thiaw. C’est vrai qu’il a commis beaucoup d’erreurs tactiques. Mais, il a gagné le Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) et la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), surtout tactiquement. Maintenant, il faut diagnostiquer et situer le niveau de responsabilité de tout un chacun et tirer les conséquences.
Quel profil d’entraîneur faut-il au Sénégal maintenant : un local confirmé, un étranger ou un technicien de rupture ?
Il ne faut pas oublier qu’on a eu des entraîneurs de très haut niveau mais c’est avec ceux qui manquent d’expérience qu’on a eu des résultats positifs. Il y a des entraîneurs qui, pour moi, méritent de coacher l’équipe : Oumar Daf, Hervé Renard, Habib Bèye, Lamine Ndiaye, Malick Daf…
Certains cadres bloquent-ils l’émergence des jeunes ? Pouvez-vous citer des jeunes qui doivent prendre le pouvoir maintenant ?
La transition doit se faire de façon progressive et ce qui est sûr, c’est qu’il y aura au moins trois cadres qui vont raccrocher juste après le Mondial. Je pense que Mamadou Sarr, Assane Diao, Ibrahima Mbaye, Habib Diarra devront prendre le pouvoir dans peu de temps.
La FSF a-t-elle sa part de responsabilité dans cet échec ?
Bien sûr ! Sur le plan organisationnel, il y a eu pas mal de problèmes et je pense qu’ils (les fédéraux) feront une évaluation exhaustive pour que plus jamais on ne refasse les mêmes erreurs.
Par Cheikh Demba NDIAYE






