Carnet de voyage : Saint-Louis, un mois de septembre, des milliers de souvenirs
Débarquer à Saint-Louis un mois de septembre réveille forcément d’énormes souvenirs en moi. J’ai mis les pieds dans cette belle ville, ancienne capitale du Sénégal et de l’AOF, pour la première fois un 25 septembre. En 1995.
Ce fut une très longue journée, démarrée à l’aurore avant de finir un peu après minuit. Je débarquais dans la vieille ville à 12 ans. En train. Un train qui, malheureusement, ne roule plus au grand dam des populations et surtout d tous ses vendeurs qui se faisaient une belle économie au niveau des gares. J’arrivais à Bango la tête pleine de rêves. Certains se sont dissipés au cours de mes sept années de fréquentation du Prytanée militaire, et les autres n’ont jamais pu se réaliser. Mais c’est sans regret. Même si les standards, et surtout la rémunération, sont loin des attentes que je m’étais fixées durant mon adolescence, j’aime bien ce que je suis devenu : un journaliste sportif. Les racines ont d’ailleurs commencé à germer au PMS.
Presque tous les enfants de troupe ont une grande passion pour le sport. Les infrastructures sportives y sont disponibles, et j’aime à rappeler que dans ma promotion, les M1 et les M2, de très bons volleyeurs, organisaient des matchs « xaliss-xaliss » de volleyball les samedis soir ou les dimanches matin. Tellement qu’ils avaient chopé le virus. Et à l’UASSU ou dans les compétitions inter-écoles militaires, le PMS se débrouillait pas mal dans pratiquement toutes les disciplines sportives.
Une petite visite dans cette école d’excellence, avec mes collaborateurs venus avec moi : l’infatigable Malang Sané et les deux techniciens hors pair que sont Aboubacry Konté et Bamba Dieng, m’a permis de voir que les standards n’ont pas baissé. Ils ont au contraire été relevés par les derniers commandants d’école, tous anciens du Prytanée, qui se sont succédé. Pour cette balade, mon équipe et moi avons eu l’honneur d’avoir comme guide le commandant d’école lui-même, le lieutenant-colonel Aranda Gérard Assine, qui vient de prendre service il y a quelques jours et qui se trouve être mon valeureux camarade de la promotion 95.
Près d’une heure de visite à ressasser sept années de souvenirs : le bizutage, les nuits noires, les « ku-klux », le taillage au réfectoire, les dimanches passés à regarder les chocs du Calcio, le plus grand championnat de foot de l’école, les matchs au terrain de handball, les journées passées dans la forêt de Bango pour échapper aux plus pénibles des anciens.
Une leçon de propreté
Mais ce qui a surtout marqué l’équipe de Dsports, qui découvrait ces lieux, c’est la propreté. Aucun sachet qui traîne, un bel environnement, de la verdure, chaque chose à sa place, et cette discipline que l’on inculque déjà aux jeunes en sixième (promotion dans laquelle se trouve le meilleur ami de mon fils), qui n’ont même pas encore bouclé leur première semaine. Un contraste total avec ce que l’on observe en dehors des camps et des casernes.
Les rues du Sénégal sont sales. Et Saint-Louis ne fait pas exception. Les autorités territoriales ont démissionné de cette responsabilité d’améliorer le cadre de vie dans leur localité. Elle se cachent toutes derrière le manque de budget pour embellir leurs quartiers. Ou tout juste avoir le minimum de propreté. Ce qui est totalement faux : ce qui les intéresse le plus, c’est de recruter des gros bras qui, chaque matin, se pavanent dans les rues à la recherche de voitures à mettre au sabot et de vieilles dames vendeuses à racketter au nom de ce qu’on appelle le « djuti », la taxe municipale.
La propreté est une philosophie, un service, une volonté de mettre ses administrés dans un environnement salubre, sain et vivable. Pour y parvenir, il suffit d’en avoir la volonté et d’être bien organisé.
Des mairies complètement à l’Ouest
Oui, ce sont les populations qui salissent, mais les élus sont là pour porter une politique qui change les mentalités. Faire de la politique, ce n’est pas changer de coalition au gré des mouvances présidentielles, c’est trouver des solutions et des stratégies pour mettre les populations dans des conditions idoines.
C’est pourquoi, durant cette visite qui m’a replongé dans mes souvenirs, je n’ai pas résisté à l’envie de taquiner en lançant que tout maire nouvellement élu devrait effectuer un stage de trois mois dans une caserne, à baigner dans cet environnement propre. À la Patte d’Oie, où j’habite, les fosses de la mairie peuvent parfois couler pendant des jours, avec tout le désagrément que cela cause. Pareil à l’hôpital Nabil Choucair, où voir la fosse couler est devenu plus qu’habituel.
Je ne prétends pas détenir la solution, mais si les mairies, après avoir nettoyé et embelli les quartiers de leur localité, lançaient des défis aux ASC de navétanes avec des concours pour récompenser les rues les plus propres de leurs cités, et des subventions distribuées proportionnellement aux efforts fournis par les jeunes pour préserver la propreté de leur quartier, ce serait déjà un début de solution.
En parlant d’initiatives : si j’ai débarqué à nouveau à Saint-Louis, un mois de septembre, trente et un ans après ma première fois, c’est grâce à une initiative née dans le sport. Un tournoi de présaison organisé par Bamba Ba, président de la Linguère de Saint-Louis, qui a invité cinq autres équipes de Ligue 1 à se mesurer pendant une semaine : Gorée, US Ouakam, Jaraaf, Casa Sports et Essamaye FC.
Une compétition remportée par les Insulaires d’Aly Male, qui aura permis de découvrir plusieurs pépites. Hâte de voir si elles vont éclore durant la saison à venir, qui s’annonce très âpre.
Demba VARORE






