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Cambérène – Les confidences exclusives de Papa Birahim Ba : « Je suis fan de Guardiola, mais inspiré par De Zerbi »

C’est un champion inattendu de Ligue 2 qui s’est livré en exclusivité au micro de Dsports.sn. Ancien joueur du Stade de Mbour, du Jaraaf, de l’AS Cambérène et de la Renaissance de Dakar, Papa Birahim Ba a été élu entraîneur de la saison. Avec Cambérène, il revient de très loin. Celui qui reste sur trois montées consécutives, de National 2 à la Ligue 1, nous livre ses secrets, sa méthode, ses références Pep Guardiola et Roberto De Zerbi, son avenir sur le banc de Cambérène…

Entretien

Quatre jours après la montée historique et le titre de champion de Ligue 2, qu’est-ce que vous ressentez aujourd’hui ?

Permettez-moi d’abord de remercier mon staff avec qui j’ai travaillé tout au long de la saison, en particulier mon premier collaborateur, Bébéto qui a joué un rôle capital dans ce que nous avons réalisé depuis le National 2. Je dis aussi bravo aux joueurs  qui ont bien matérialisé nos plans de jeu. Je félicite les dirigeants qui ont essayé de mettre l’équipe dans de bonnes conditions même s’il y’a eu beaucoup de couacs, en espérant qu’ils sauront tirer  les leçons qui s’imposent. Enfin je félicite les supporters. Cette année on a eu de vrais supporters qui ont poussé l’équipe au moment où elle en avait besoin, comme lors du match face à Amitié FC à Thiès. Je ne saurai terminer sans rendre hommage à un grand homme, quelqu’un qui a beaucoup joué dans ma carrière. Il S’agit de feu Libasse Ndiaye, mon père. J’espère que de là où il est, il est fier de son fils.

Il est clair que notre objectif de début de saison n’était ni la montée ni le titre.

Quel était l’objectif principal de l’ASC Cambérène en début de saison ?

Il est clair que notre objectif de début de saison n’était ni la montée ni le titre. Nous venions de National 1 et personne ne pensait que cette situation pouvait se présenter. Nous cherchions juste le maintien en Ligue 2. Toutefois il faut noter que lors des phases de préparation en début de  saison nous avons joué des rencontres amicales contre des clubs de Ligue 1 et nos prestations avaient séduit les adversaires dont Génération Foot et le Jaraaf  dont l’entraineur adjoint avait apprécié notre fond de jeu et nous avait prédit un bon championnat.

A quel moment avez-vous senti que la montée était possible ?

D’abord il faut noter que nous cherchions les 30 points pour assurer le maintien. Au bout de 15 journées nous en avions déjà 20 ce qui satisfaisait déjà les dirigeants. L’appétit venant en mangeant, je me suis permis de rêver un peu et de faire une projection dans le calendrier de la phase retour. Ainsi Essamaye devait avoir deux déplacements difficiles contre l’AS Douanes et Cambérène. On savait que si le leader Essamaye perd ses matchs les plus importants de la 2e partie de saison et qu’on gagne, le championnat allait être complétement relancé. Ce qui permettrait à Cambérène d’enclencher un processus important. C’est en ce moment-là que les joueurs et moi avons commencé à être optimistes.  Nous étions à 5 points d’Essamaye qui était dans le doute alors nous, nous gagnions en confiance.

Selon vous, quels sont les matchs qui ont été déterminants pour le titre et la montée ?

C’est d’abord le match retour joué contre Essamaye, leader à l’époque avec une équipe très rodée. Malgré tout on a gagné par 2-0. Le deuxième s’est également soldé par une victoire 2-0 face à l’AS Bambey. Dans ces deux rencontres, j’ai trouvé mon équipe au point sur le plan technique, mental, physique et tactique.

On s’entrainait en général à des heures où il faisait extrêmement chaud, entre 13h et 15h

Vous avez connu des matchs difficiles ?

Forcément ! On en a eu. Par exemple le match contre NGB aux Parcelles Assainies lors de la 10ème journée. On venait d’enchainer deux défaites et il nous fallait sortir la tête de l’eau. Une 3ème défaite nous aurait mis dans une situation inconfortable. NGB avait imprimé un rythme fou mais heureusement que nos joueurs avaient su répondre et on s’en est sortis par un résultat nul de 0-0. Il y aussi la rencontre contre l’AS Kaffrine lors de la dernière journée de la  phase aller. Les Kaffrinois étaient très en jambes et agressifs. Ils nous ont créé des problèmes même si on s’en est sortis avec une victoire 1-0 sur un exploit individuel de Ndaraw. Ce match nous a maintenus dans la course.

Quelles ont été les difficultés auxquelles vous étiez confrontés lors de cette saison ?

L’AS Cambérène ne dispose pas de stade en ce moment. Alors on est obligé d’aller aux Parcelles Assainies pour effectuer nos séances d’entrainement. Et là, on s’entrainait en général à des heures où il faisait extrêmement chaud, entre 13h et 15h. D’autre part l’équipe a connu des problèmes financiers, à mi-parcours.

On me taxe de têtu mais je ne changerai pas ma méthode. Je vais mourir avec mes convictions.

Vous réussissez à faire franchir à l’ASC Cambérène plusieurs capes, allant du National 2 à la Ligue 1. Quel est le secret de votre réussite ?

Il est difficile de répondre à cette question. On dit souvent que dans le football il n’y a pas de secret.  Il faut travailler et les résultats viendront. Je ne suis pas plus travailleur que les autres. Il y a des gens qui travaillent plus que moi. S’il y a un secret c’est juste dans la communication et dans la manière de nous faire comprendre. J’ai une faculté à faire passer très vite mes messages. Peut-être que les consignes sont très simples aussi. Je n’en suis pas certain. En tout cas il est très difficile de répondre à cette question et s’il y a un secret ça ne peut être que cet aspect-là.

Existe-t-il une méthode Pape Birahim ?

Je suis un adepte du jeu de possession. Quand on parle de jeu de possession on parle également du jeu de position,  de la recherche du troisième homme, la conduction. Et les joueurs l’ont bien compris.  On cherche à sortir le ballon depuis nos bases arrières avec notre gardien de but. Raison pour laquelle on a eu de très bons gardiens qui sont forts balle au pied.  C’est ça la méthode Pape Birahim et je pense que c’est la meilleure approche. On me taxe de têtu mais je ne changerai pas ma méthode. Je vais mourir avec mes convictions.

Est-ce qu’il y a un entraîneur qui vous inspire dans ce milieu ?

Ah oui ! Il y en a. C’est évident qu’en tant qu’entraîneur nous avons toujours des références. Nous ne pouvons créer le football. Nous avons trouvé des principes de jeu établis. Je suis un adepte du jeu de possession. Alors je suis un fan de  Pep Guardiola. Il a beaucoup innové dans cette manière de jouer. Toutefois nous pouvons avoir plus d’identité de jeu et plus d’animation.  Et là, l’entraineur qui m’a le plus séduit dans sa façon de voir le jeu de possession est De Zerbi ancien coach de Brighton et actuel coach de l’Olympique de Marseille. Je m’inspire de lui beaucoup plus, de sa philosophie qui met en exergue la recherche du troisième homme. Quand vous observez mon équipe, elle est joueuse et  aime avoir la possession.

Il a fallu prendre beaucoup de risques et passer de De Zerbi à Guardiola avec un seul homme devant la défense et augmenter le nombre de joueurs offensifs

Des changements parfois tactiques ?      

Oui. Par exemple en première partie de saison on a joué avec un double pivot défensif. Mais après la blessure de notre capitaine Balla qui était le deuxième pivot, on était obligé d’apporter des changements. Là, il a fallu prendre beaucoup de risques et passer de De Zerbi à Guardoola avec un seul homme devant la défense et augmenter le nombre de joueurs offensifs.

Après la montée, quelles sont les perspectives ?

Pour le moment on savoure encore cette belle surprise. Plus tard on fera les comptes et il y’a beaucoup de choses à dire à rectifier et à revoir. C’est seulement après qu’on pourra parler de perspectives. Alors même si on doit continuer à travailler, il faut qu’il y ait beaucoup de changements et qu’on revoie encore la manière de travailler parce que la Ligue 1 est plus difficile

Vous reverra-t-on à l’AS Cambérène la saison prochaine ?

Je ne peux en dire davantage sur mon avenir. Cambérène est un grand club, une institution, une équipe organisée qui fera son bilan et dégagera ses perspectives pour voir si elle veut toujours travailler avec moi. Je me sens très bien à l’AS Cambérène. Au cours de ces années que j’ai passées au club, j’ai tissé d’excellentes relations avec les joueurs, les dirigeants et les supporters. Moi aussi j’ai un plan de carrière, j’ai des étapes à suivre. On verra après s’il y a la possibilité de continuer à travailler ensemble. On verra la suite dans quelques semaines inchallah.

Le mal sénégalais est qu’on rate trop d’occasions et les joueurs ne sont pas appliqués devant les buts.

Que pensez-vous du niveau de la Ligue 2 sénégalaise ?

La Ligue 2 sénégalaise a un bon niveau. On a vu des équipes très bien organisées et il y’a des matchs d’un bon niveau. Ce qui est plus impressionnant c’est que les équipes sont en train de faire des efforts au plan tactique ce qui faisait défaut aux clubs sénégalais dans le passé. Il y’a une grande amélioration et je pense que ça va continuer comme ça.

Le meilleur buteur du championnat a marqué 15 buts. Est-ce satisfaisant ?

Déjà 15 buts sur 30 matchs ce n’est pas mal, même si on peut mieux faire. Quand on sait que dans le Championnat du Sénégal les défenses sont extrêmement  renforcées, il est difficile d’y trouver des failles. Le mal sénégalais est qu’on rate trop d’occasions et les joueurs ne sont pas appliqués devant les buts. En tout cas on peut mieux faire. A l’ASC Cambérène, on a raté énormément d’occasions. Il faut qu’on soit encore beaucoup plus appliqué à ce niveau pour espérer avoir un meilleur buteur avec plus de 15 buts. Par analogie il est évident que le ratio en Ligue 1 n’est pas bon avec 11 buts en 30 matchs. Il faut que les attaquants soient plus appliqués devant le but. Il y’a des efforts à faire.

Entretien réalisé par Abdoulaye DIOUF

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