CAN 2025 : Fouzi Lekjaa ou l’art d’amadouer
Amadouer : gagner quelqu’un par des faveurs ou des flatteries habiles afin d’obtenir ce que l’on souhaite. Avec le recul, une question s’impose : les multiples attentions déployées par les dirigeants marocains relèvent-elles uniquement de l’hospitalité, ou participent-elles d’une stratégie plus calculée ?
Car, dans les cercles du football africain, un reproche revient souvent à l’encontre de ceux qui osent critiquer : « C’est ainsi que vous nous remerciez, après tout ce que nous avons fait pour vous ? L’Afrique ne mérite pas le Maroc… »
Selon le journaliste français Romain Molina, ce même reproche aurait été adressé par Fouzi Lekjaa, président de la Fédération marocaine de football, à son homologue nigérian lors d’une réunion particulièrement tendue du Comité exécutif de la CAF, le vendredi 16 janvier. La phrase attribuée est explicite : « Tu n’es pas reconnaissant de ce que j’ai fait pour toi. » Tout simplement parce que Ibrahim Musa Gusau a mis sur la table des irrégularités après la demi-finale entre le Maroc et le Nigeria.
Mais une relation ne saurait fonctionner sur la base de la dette morale ou de la gratitude forcée. Ce n’est ni une monarchie, ni une dictature. Le désaccord fait partie du jeu démocratique.
Offrir des infrastructures modernes pour l’organisation de la 35e édition de la CAN ne signifie pas confisquer le droit à la critique.
Une CAN sous le feu des décisions arbitrales
Car les faits sont là. L’arbitrage de cette CAN a suscité de nombreuses interrogations. Et, comme par un curieux hasard, ces décisions ont très souvent penché en faveur du pays organisateur, le Maroc.
Parmi les situations les plus controversées :
- le premier penalty du tournoi accordé à Brahim Díaz face aux Comores ;
- le penalty discutable obtenu contre le Mali pour une main de Gassama ;
- la faute flagrante de Sofyan Amrabat sur Doumbia non sanctionnée par un penalty ;
- le penalty non sifflé qui aurait pu permettre à la Tanzanie d’égaliser dans les dernières secondes en huitième de finale ;
- la désignation tardive du corps arbitral contre le Cameroun, ne laissant pas le temps de le récuser. Ce qui a été véhément contesté par Samuel Eto’o et qui lui vaut ensuite une suspension de la CAF.
- le penalty refusé à Bryan Mbeumo en quart de finale ;
- de nombreuses fautes nigérianes ignorées en demi-finale ;
- une distribution systématique de cartons aux adversaires du Maroc, rarement aux Lions de l’Atlas.
La finale face au Sénégal n’a fait qu’amplifier le malaise :
- fautes sifflées pour casser des offensives sénégalaises, notamment celle contre Nicolas Jackson, alors que El Aynaoui lui fait une prise de judo ou de lutte ;
- fautes répétées sur Sadio Mané non sanctionnées ;
- corner accordé à Brahim Díaz après un tir totalement manqué, Moussa Niakhaté est médusé par la décision de l’arbitre ;
- but valable d’Ismaïla Sarr refusé ;
- hors-jeu évident de Youssef En-Nesyri non signalé, menant à un corner puis à un penalty accordé après une insistance appuyée pour consulter le VAR.
À cela s’ajoutent des scènes jugées indignes : vols de serviettes sur les gardiens adverses, impliquant joueurs, ramasseurs de balles et agents de sécurité.
Face à ces manquements, le Sénégal aurait-il dû se taire sous prétexte d’avoir été bien accueilli à Tanger et bien traité durant son séjour de trois semaines ? Non. Ignorer cela, c’est oublier que l’hymne de la jeunesse sénégalaise commence par ces mots : « Nous disons non. »
Walid amnésique, WAC sanctionné juste de 20 mille dollars
La réaction de Pape Thiaw s’inscrit dans cette tradition : un refus instinctif face à ce qui est perçu comme une injustice chronique. Il a pris le monde à témoin.
Sadio Mané, lui, a incarné une autre facette de cette jeunesse : écouter les anciens, temporiser. Le Sénégal est finalement revenu sur le terrain après avoir marqué son désaccord.
Un comportement bien différent de celui du Wydad Athletic Club de Casablanca en 2019, lors de la finale de la Ligue des champions contre l’Espérance de Tunis.
À l’époque, mécontent des décisions arbitrales et de la panne du VAR, le WAC avait quitté la pelouse et refusé de reprendre le match.
La sanction ? Un match perdu par forfait et une amende de 20 000 dollars (environ 12 millions FCFA). Rien de plus.
Ironie de l’histoire : Walid Regragui, aujourd’hui sélectionneur du Maroc et ancien entraîneur du WAC en 2021, semble avoir effacé cet épisode de sa mémoire.

La FIFA, un torchon pour riches
En 2019, aucun vacarme institutionnel n’avait suivi cette affaire. À l’inverse, aujourd’hui, le président de la FIFA, Gianni Infantino, donne l’image d’une organisation devenue un instrument au service des puissants. Présent avant, pendant et après la finale, Infantino assiste au briefing de Walid Regragui, reçoit le maillot des Lions de l’Atlas, affiche sa déception aux côtés du prince héritier lors de l’arrêt du penalty par Édouard Mendy et adresse rapidement une note à la presse française pour condamner le refus de Pape Thiaw.
Dans le même temps, silence total sur les vols de serviettes en mondovision, la brutalité d’agents de sécurité marocains envers des supporters sénégalais, images à l’appui. Sous l’ère Infantino, la FIFA semble perdre toute crédibilité morale.
CAF, une serviette marocaine
Et à la CAF, l’emprise de Fouzi Lekjaa apparaît encore plus marquée. Il y fait et défait les équilibres. L’institution devient un outil, voire une simple « serviette », sur laquelle le dirigeant marocain essuie ses intérêts. Cette influence avait déjà été soulignée par Dsports lors de la candidature de Me Augustin Senghor au Conseil de la FIFA. Lekjaa n’a jamais souhaité la présence du Sénégalais, souvent opposé à certaines décisions. Il a alors favorisé des dirigeants bénéficiant de stades prêtés ou de stages offerts par le Maroc. La démission de Senghor de son poste de premier vice-président de la CAF apparaît même aujourd’hui comme une erreur stratégique.

Arbitrage : la connexion Lekjaa – Ndalla
L’influence de Lekjaa se ressent jusque dans la commission des arbitres. En juillet dernier, furieux après la défaite du Maroc en finale de la CAN féminine face au Nigeria, il interpelle violemment l’arbitre. Une plainte est évoquée… mais finalement inutile. Le 31 juillet 2025, soit quatre jours après la finale, l’Ivoirien Doué Noumandiez, président de la Commission des arbitres, est démis de ses fonctions. Il est remplacé par le controversé Congolais Olivier Safari Kabene.
Conséquence directe : Jean-Jacques Ndalla, compatriote et ancien proche de Lekjaa, est désigné pour le match d’ouverture de la CAN 2025 Maroc-Comores… puis pour la finale Sénégal-Maroc.
Ce même arbitre avait déjà fait polémique en Coupe CAF en accordant, dans les dernières minutes, un penalty imaginaire à la RS Berkane, club présidé par… Fouzi Lekjaa, face au Stade Malien.
Dire non
C’est dans ce contexte que Pape Thiaw a dit non. Pendant que Patrice Motsepe et la CAF semblent accepter de se transformer en simples exécutants, reconnaissants envers le Maroc pour l’organisation de compétitions devenues encombrantes, le Sénégal a refusé de courber l’échine. Dire non, parfois, reste la seule façon de préserver la dignité du football africain. La honte, c’est accepter la dictature de Fouzi Lekjaa.
D.V
Conseil de la FIFA : Le Maroc veut bloquer Me Augustin Senghor







