Christian Pascal Diatta : « Faudra qu’ils comprennent que le fair-play doit prévaloir… »
Le Luka Modric du Sénégal. A 39 ans, Christian Pascal Diatta court toujours. Il n’a plus ses jambes de 20 ans mais garde encore ses coups de reins dévastateurs, sa vison de jeu. Et surtout sa grande classe. Dans ce grand entretien avec Dsports.sn, il a ouvert la boite à souvenirs : le sacre en Coupe de la Ligue contre Jaraaf en 2010, les raisons de son départ du Casa, les difficultés à Diambars, la renaissance à Ouakam. Il aussi distillé quelques secrets de sa longévité avant de retrouver ce week-end le Casa Sports, club avec lequel il a gagné tous les trophées majeurs au Sénégal. Les confidences, souvenirs et secrets d’un inoxydable.
Entretien
Christian, ce week-end, vous retrouverez le Casa Sports à Aline Sitoé Diatta. Revenir à Ziguinchor, est-ce toujours un moment chargé d’émotions pour vous ?
Oui bien sûr revenir à Ziguinchor pour affronter le Casa est toujours un moment plein d’émotions. C’est comme revenir à la maison, là où tout a commencé. Jouer contre le club avec lequel vous avez tout gagné est toujours un moment spécial. Revoir la famille et les amis, c’est vraiment super !
Comment USO aborde ce choc entre deux équipes qui ont bien débuté le championnat ?
On l’aborde avec sérénité, nous ne sommes qu’au début du championnat, on ne s’enflamme pas. On va y aller tranquillement pour essayer de chercher les 3 points, à défaut ramener le point du match nul.
Vous avez commencé très jeune au Casa Sports. Comment s’est faite votre arrivée dans ce club de Ziguinchor ?
Je suis un pur produit du mouvement Navétane. J’ai commencé dans mon ASC (ASCABS) de notre quartier Grand-Dakar de Ziguinchor. J’y ai fait toutes mes catégories jusqu’en senior. C’est après une belle saison avec mon ASC que je suis parti faire des tests au Casa Sports et par la grâce de Dieu et mon talent, j’ai réussi les tests. Mais il faut dire je ne voulais pas y aller au début, par ce qu’on se disait à l’époque, que les tests c’est juste un prétexte car les joueurs sont déjà choisis bien avant. Mais notre président d’ASC à l’époque Mame Aly Seydi que je remercie au passage, m’avait forcé à y aller.
Pouvez-vous Christian revenir sur les trophées que vous avez gagnés au Casa Sports et les souvenirs les plus marquants ?
J’ai remporté 2 Coupes de la Ligue (2010 et 2013), 1 Coupe du Sénégal (2011) et 1 titre de champion du Sénégal (2012). J’ai plein de souvenirs en tête mais celui qui est resté gravé dans ma mémoire c’est lorsque l’on a battu le Jaraaf en finale de la Coupe de la Ligue en 2010. On a pris la route pour rentrer afin que de Dakar à Ziguinchor on puisse présenter le trophée aux populations du sud qui vivent dans ces localités. C’était vraiment des moments inoubliables.
Qu’est-ce qui faisait la force de cette génération dorée du Casa Sports à l’époque ?
On se disait la vérité entre nous. Même si ça faisait mal parfois. On était solidaire, en quelque sorte une vraie famille. La concurrence était rude mais seine. Les cadres comme Stéphane Badji, Damao Diatta, Maguette Gningue, Mamanding Kidiera et j’en passe… ont su manager le groupe de tel sorte que tout le monde se sentait bien. Après c’était facile pour que le talent s’exprime. Le groupe vivait bien vraiment.
«A Diambars, j’ai appris la résilience, le courage, l’exigence du très haut niveau. J’ai progressé en tant qu’homme. Et j’ai eu de très bons amis là-bas… »
Quel souvenir gardez-vous du public du Stade Aline Sitoé Diatta ?
C’est un public exigeant mais très passionné ! Ils attendent de leurs joueurs qu’ils mouillent le maillot avec fierté et honneur.
En 2013, vous rejoignez l’académie Diambars FC de Saly pour continuer vos études et votre carrière de footballeur. Pourquoi ce choix à ce moment-là ?
Pour moi, il était important de relever d’autres défis, surtout que j’avais tout gagné avec le Casa Sports. J’avais des envies d’ailleurs, découvrir autre chose. Et comme à l’époque, Diambars, c’était ce qui se faisait de mieux au Sénégal, en plus d’avoir la possibilité de continuer mes études, j’ai sauté sur la proposition de Diambars.
Vous n’avez pas réussi à vous imposer à Diambars comme au Casa. Avec le recul, comment expliquez-vous cela ?
C’est dû à plusieurs facteurs : Le changement d’environnement, pas facile d’intégrer un groupe de personnes qui vivait ensemble depuis leurs jeunes âges (12 ans). Mais aussi le fait d’alterner entraînement et aller à l’école. Parfois je n’avais même pas le temps de bien manger. À la descente, je posais juste mon sac, direction vestiaire pour la séance d’entraînement. Ce n’était vraiment pas facile.
Qu’avez-vous appris à Diambars, sur le plan du jeu et de la vie professionnelle ?
J’ai beaucoup appris là-bas. Je n’ai jamais baissé les bras. J’ai appris la résilience, le courage, l’exigence du très haut niveau. J’ai progressé en tant qu’homme. Et j’ai eu de très bons amis là-bas…
Vous avez évolué sous les ordres de Demba Ramata Ndiaye, Boubacar Gadiaga et Moustapha Seck, trois techniciens réputés au Sénégal. Qu’est-ce qui les différencie ?
Vous avez oublié Souleymane Diallo. Chacun a sa touche personnelle. Ce sont tous de grands entraîneurs. Ils ont en commun la passion pour le travail qu’ils font, l’exigence qu’ils transmettent à leurs équipes pour atteindre les objectifs fixés. C’est pour moi un honneur de travailler avec tous ces grands entraîneurs du football sénégalais.

Christian Pascal Diatta, milieu de l’US Ouakam qui tout gagné avec le Casa Sports entre 2009 et 2013
En 2019-2020, vous rejoignez l’US Ouakam alors en ligue 2. Qu’est-ce qui vous a motivé à relever ce défi ?
Tout à fait ! Vous savez, j’aime relever des défis : Souvent les gens disent que la Ligue 2 était plus dure que la Ligue 1. Du coup, j’avais envie d’aller voir par moi-même. Aussi le projet de Ouakam m’avait séduit. Un magnifique club avec un public très passionné également…
« Au Casa, je jouais comme numéro 10. J’évoluais en soutien de l’attaquant. Aujourd’hui je joue sentinelle, parfois relayeur. Le football moderne impose à un milieu de terrain de pouvoir jouer à tous ces postes dans l’entrejeu. C’est un atout et j’en profite bien ».
Vous avez contribué à la remontée de l’USO en ligue 1. Comment décrirez-vous cette aventure humaine ?
Avec des hauts et des bas : Au début, c’était compliqué mais mon parcours à Diambars m’a beaucoup forgé et m’a permis de me dire qu’à Diambars c’était plus dur et je n’avais pas lâché, ce n’est pas maintenant que je vais baisser les bras. J’ai continué à persévérer. Au final, on fait monter l’équipe en première division. C’était une saison magnifique. Grâce à ce résultat, on a ramené les supporters, on a réconcilié USO et son public.
Aujourd’hui, vous êtes un des capitaines et leaders techniques de Ouakam. Comment vivez – vous ce rôle ?
Je suis quelqu’un qui prend les choses comme elles viennent. Je le vis normalement et j’essaie d’apporter mon expérience et mon vécu au groupe.
Vous êtes reconnu pour votre polyvalence au milieu (sentinelle, relayeur, milieu offensif). Dans quel rôle vous sentez-vous le plus à l’aise ?
Au Casa, je jouais comme numéro 10. J’évoluais en soutien de l’attaquant. Aujourd’hui je joue sentinelle, parfois relayeur. Le football moderne impose à un milieu de terrain de pouvoir jouer à tous ces postes dans l’entrejeu. C’est un atout et j’en profite bien.
Vous avez démarré la saison avec un nul (0/0) à Pikine et une victoire, notamment contre le Jaraaf (1/0). Quelle lecture faites-vous de ce succès ?
Je pense que c’est le fruit de la stabilité du groupe. C’est vrai qu’on a connu des départs de cadres tels que Alfred Gomis, Aziz Cissé, Souleymane Coly, Bonaventure et Mansour Diop mais l’ossature est là. Pour cette saison, le club a recruté des jeunes talents prometteurs. C’est un bon mélange entre jeunesse et expérience.
Le match contre le Jaraaf a été marqué par des incidents en fin de rencontre. En tant que capitaine, quel regard portez-vous sur ces scènes de violence ?
C’est déplorable ! On doit bannir la violence dans les stades. Les supporters sont des acteurs importants du football. Il faudra qu’ils comprennent que le fair-play doit prévaloir. Il faut continuer la sensibilisation en ce sens…
Vous avez 39 ans et vous jouez encore à un très bon niveau. Quel est le secret de cette longévité ?
Je pense que c’est dû à une bonne hygiène de vie. S’entraîner, bien récupérer avoir une bonne alimentation, se coucher tôt…. Bref entretenir son corps.
Vous sentez-vous encore capable de jouer plusieurs saisons ?
Je ne pense pas jouer encore longtemps, c’est clair ! Je suis conscient de cela. Pour le moment, mon corps tient le coup, je digère les entraînements, je résiste au rythme des matchs, donc ça va. Après pour l’avenir, on verra. Rien est arrêté actuellement !
« Même si je n’ai pas eu la chance de signer un contrat professionnel à l’étranger, je suis content du palmarès au niveau national. Je fais partie des rares joueurs qui ont tout remporté dans ce football local »
Vous êtes titulaire d’un diplôme en gestion et management du sport. Est-ce que
Oui la reconversion, ça se prépare. J’ai déjà fait la licence D de la CAF. Je suis en train de voir pour la licence C. Le football c’est ma passion. J’aimerais bien rester près du rectangle vert. Entrainer une équipe est un grand désir. Mais on ne sait jamais, j’ai mon diplôme en gestion et Management du sport, donc tout peut arriver. On verra bien.
Quand vous regardez votre carrière dans son ensemble, êtes-vous satisfait de votre parcours ?
Honnêtement, je suis très fier du chemin parcouru ! Même si je n’ai pas eu la chance de signer un contrat professionnel à l’étranger, je suis content du palmarès au niveau national. Je fais partie des rares joueurs qui ont tout remporté dans ce football local. Le parcours m’a fait rencontrer de très bons amis, avec qui j’ai des rapports fraternels. Également ça m’a permis de faire la connaissance de personnes influentes dans le football sénégalais. C’est une richesse ! Je trouve que c’est énorme en richesse !
Si vous pouviez changer une seule décision dans votre carrière, laquelle serait-ce ?
Non, je ne regrette absolument rien ! J’ai toujours pris des décisions après mûre réflexion. Je n’ai jamais pris de décision à la hâte. J’ai toujours demandé conseil…. J’en profite d’ailleurs pour remercier et rendre un vibrant hommage à Ansou Diadhiou (Coach actuel du Stade de Mbour) et à Youssou Diémé, alias Papis. Ce sont deux personnes qui m’ont toujours bien conseillé. Je ne regrette pas de les avoir consulté avant de faire des choix. Je les remercie du fond du cœur. Ils ont su nous inculquer des valeurs et aujourd’hui on est des pères de famille, des responsables. Y a pas que le football dans la vie, il y a d’autres choses, des valeurs. Et ça c’est non négligeable !
Pour vous, qu’est-ce qui explique malgré cette longévité dans le championnat du Sénégal, vous n’avez jamais eu votre chance en équipe nationale locale ?
Je ne peux pas dire grand-chose ! Ce sont des choix des sélectionneurs passés par là. Peut-être je n’avais pas le profil par rapport à ce qu’ils voulaient mettre en place. C’est peut-être la raison pour laquelle je n’ai jamais été appelé. Ce n’est pas grave, le plus important, j’ai vécu ma passion avec beaucoup de fierté.
Entretien réalisé par Mohamed Fodé GASSAMA







