Droits TV de la Coupe du monde : comment ça marche, qui paie, qui diffuse ?
La Coupe du monde de football est l’événement sportif le plus regardé de la planète. Derrière chaque match diffusé se cache une mécanique commerciale colossale : la vente des droits médias par la FIFA, qui représente sa première source de revenus, loin devant le sponsoring et la billetterie.
Qui possède les droits TV de la Coupe du monde ?
La FIFA est propriétaire exclusive de tous les droits tv de la Coupe du monde masculine : direct, différé, résumés, images d’archives, droits radio, droits numériques. Aucune chaîne, aucun stade, aucune fédération nationale ne peut diffuser un match sans être passée par elle. Pour commercialiser ces droits, la FIFA découpe le monde en zones géographiques : Europe, Amérique du Nord, Amérique latine, Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), Afrique subsaharienne, Asie-Pacifique.
Dans chaque zone, elle vend un package qui inclut généralement la TV gratuite, la TV payante, la radio et le numérique. Le package peut être attribué à un seul opérateur (qui sous-traite ensuite pays par pays) ou découpé par pays.
Comment se négocient les droits TV de la Coupe du monde ?
Le processus est très codifié. Il y a d’abord appel d’offres. Trois à quatre ans avant le tournoi, la FIFA lance un appel d’offres confidentiel dans chaque région. Pour la zone Afrique subsaharienne du Mondial 2026, l’appel a été ouvert fin 2023. Les groupes intéressés (chaînes publiques, groupes privés, opérateurs panafricains, plateformes de streaming) déposent une offre financière accompagnée d’un dossier technique (couverture, capacité de production, lutte contre le piratage, plan marketing). La FIFA ne retient pas toujours l’offre la plus chère. Elle évalue aussi la capacité à diffuser en clair une partie des matchs, la solidité financière du candidat, et son réseau de distribution. Le diffuseur paie en plusieurs tranches, souvent avec une garantie bancaire. Le titulaire régional peut revendre ensuite les droits, pays par pays, à des diffuseurs locaux. C’est exactement le modèle qui s’applique à l’Afrique subsaharienne.
Qui détient les droits en Afrique ?
Depuis le Mondial 2022 au Qatar, c’est le groupe togolais New World TV (NWTV) qui détient les droits exclusifs de la Coupe du monde pour 47 pays d’Afrique subsaharienne. La FIFA a renouvelé ce partenariat le 19 juin 2025 pour ce Mondial 2026 (États-Unis / Canada / Mexique) et le Mondial féminin 2027 au Brésil.
New World TV détient ainsi les droits Pay-TV exclusifs pour 47 pays africains, les droits Free-TV non exclusifs (revendus aux télévisions publiques), les droits digitaux et mobiles. L’opérateur sous-licencie ensuite, marché par marché, aux chaînes nationales : RTS au Sénégal, RTI en Côte d’Ivoire (avec NCI comme diffuseur en clair), RTNC en RDC, ORTM au Mali, etc.
En Afrique anglophone et australe, c’est SuperSport. Le bouquet payant sud-africain SuperSport (groupe MultiChoice / DStv) diffuse l’intégralité des 104 matchs du Mondial 2026 en direct dans toute l’Afrique anglophone et lusophone. C’est l’offre payante de référence dans la zone.
Combien ça coûte à la RTS ?
C’est un dossier sensible. En 2022, pour le Mondial du Qatar, la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise (RTS) a acquis auprès de New World TV les droits exclusifs de diffusion sur le territoire sénégalais. La facture était environ 1 milliard de francs CFA réglée avec le concours de l’État du Sénégal. La RTS ne pouvant pas assumer seule une telle somme sur son budget courant.
Pour le Mondial 2026, NWTV a confirmé en mai 2026 que la RTS fait à nouveau partie des diffuseurs partenaires officiels pour le Sénégal, aux côtés de la RTI (Côte d’Ivoire), la NCI, la RTNC et d’autres. Le montant exact n’a pas été communiqué publiquement, mais il est à minima du même ordre de grandeur, probablement en hausse (le format passe de 64 à 104 matchs). En France pour le Mondial 2022, TF1 + beIN avaient payé environ 120 millions d’euros (78 milliards FCFA).
Et YouTube dans tout ça ? Peut-on regarder les matchs gratuitement et légalement ? C’est l’une des grandes nouveautés du Mondial 2026 : YouTube est devenu une « Preferred Platform » officielle de la FIFA. FIFA+, la chaîne officielle de la FIFA, diffuse sur YouTube des résumés, des matchs historiques en entier, des documentaires et des coulisses, gratuitement et partout dans le monde.
Les diffuseurs détenteurs de droits (donc, au Sénégal, la RTS via NWTV) peuvent désormais streamer légalement sur leur chaîne YouTube les 10 premières minutes de chaque match en direct, ainsi qu’une sélection de matchs en intégralité. C’est un accord nouveau, signé en 2025 entre YouTube et la FIFA.
Y.D.






