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Eldorado : Deschamps, ou l’éloge de la patience

Miami, samedi 18 juillet 2026. Sous les lumières d’une petite finale sans grand enjeu sportif, Didier Deschamps a rangé le survêtement bleu pour la dernière fois. 185 matchs, 14 ans de règne, un scénario complètement fou face à l’Angleterre (défaite 6-4 après avoir été menés 4-0), une quatrième place à la clé et Kylian Mbappé devenu, au passage, le meilleur buteur de l’histoire des Coupes du monde. Une sortie un peu à l’image de son mandat : jamais totalement linéaire, souvent contestée, mais debout jusqu’au bout.

Ce qui frappe, avec Deschamps, ce n’est pas seulement le palmarès, un titre mondial en 2018, une Ligue des nations en 2021, deux finales perdues (Euro 2016, Mondial 2022). C’est la durée. Quatorze ans à la tête d’une même sélection, dans un sport où l’on change de sélectionneur comme de maillot dès qu’un résultat déçoit. Et ce n’est pas un hasard isolé. Ces vingt dernières années, le football international a produit une poignée de figures bâties sur ce même principe : la stabilité comme moteur de la performance.

Le club fermé des increvables

Óscar Tabárez a dirigé l’Uruguay pendant quinze ans (2006-2021), reconstruisant une sélection exsangue en une « Garra Charrúa » moderne, capable de sortir en demi-finale du Mondial 2010 et de dominer sa zone de qualifications pendant plus d’une décennie. Joachim Löw, lui, a occupé le banc allemand de 2006 à 2021 : quinze ans également, couronnés par le titre mondial de 2014, obtenu au terme d’un cycle de reconstruction entamé bien avant sous Jürgen Klinsmann, dont il était l’adjoint. Deux exemples européens et sud-américains qui racontent la même histoire : on ne bâtit pas une identité de jeu, une hiérarchie de vestiaire ou une génération de joueurs en dix-huit mois. Il faut du temps, et surtout la confiance d’une fédération prête à encaisser les mauvais résultats en attendant les bons.

Et l’Afrique, dans tout ça ? Elle a eu, elle aussi, sa preuve par l’exemple : Aliou Cissé. Nommé en 2015, l’ancien capitaine des Lions a offert au Sénégal sa première Coupe d’Afrique des nations de l’histoire en 2022, une finale de CAN en 2019, deux qualifications mondiales de suite. Une continuité rare sur le continent, qui a fini par payer. Sauf que même Cissé, au bout de neuf ans et demi, n’a pas eu droit à la sortie sur ses propres termes : en octobre 2024, l’État sénégalais a tout simplement refusé de renouveler son contrat, invoquant des objectifs non atteints et une érosion de sa cote de popularité. Même la plus belle exception africaine à la règle de l’instabilité s’est achevée par une décision politique plutôt que sportive.

L’exception qui confirme la règle

C’est bien là que le bât blesse. En Afrique, un sélectionneur qui perd une CAN aux tirs au but ou qui rate une qualification voit rarement son contrat honoré jusqu’au terme prévu. Les fédérations, souvent sous pression des opinions publiques, des politiques préfèrent le changement à la continuité. Résultat : des générations de joueurs qui changent de philosophie de jeu tous les deux ans, des staffs qui repartent de zéro à chaque cycle, et un déficit chronique de repères qui coûte cher au moment où ça compte, sur la pelouse.

Deschamps, Tabárez, Löw : trois carrières qui prouvent qu’un socle stable n’empêche pas la remise en question. Deschamps a lui-même renouvelé son équipe type à plusieurs reprises. Le Sénégal, et une bonne partie du continent avec lui, aurait peut-être intérêt à s’en souvenir la prochaine fois qu’un sélectionneur commence, enfin, à poser les bases d’un cycle.

Deschamps s’en va sur une désillusion sportive, une quatrième place amère. Mais il s’en va en ayant choisi la date, le contexte, la manière. C’est peut-être ça, au fond, le vrai luxe que la stabilité achète : pouvoir tourner la page soi-même, plutôt que la voir tournée par d’autres.

D.V.

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