Eldorado I Rodri MVP, parce que le jeu le vaut bien
Mbappé, meilleur buteur de cette 23e édition et de toute l’histoire de la Coupe du monde ; Messi, dont le génie reste intact à 39 ans ; Jude Bellingham, sans doute le joueur le plus complet du monde actuellement : tous les trois l’auraient mérité. Sans aucun doute. Et ça n’aurait pas été un scandale si l’un d’entre eux avait été couronné meilleur joueur du Mondial. Mais voir Rodri récompensé, c’est aussi une ode au jeu.
In fine, c’est celui qui incarne le mieux la philosophie de jeu de l’équipe championne qui a reçu la palme. Ayant grandi fan de NBA, je n’ai eu aucun mal à comprendre ce sacre : le meilleur joueur d’une compétition vient presque toujours de l’équipe qui la remporte. Si une sélection s’impose au bout d’un tournoi aussi relevé, ce n’est jamais un hasard, il y a toujours une explication. Ici, c’est un style de jeu qui a été supérieur à tous les autres.
Rodri, c’est le MVP au sens américain du terme : le most valuable player. La courroie de transmission, le gars de l’ombre qui rend son équipe meilleure, le socle sur lequel repose la bonne marche du collectif. Car cette Espagne n’a pas dominé ses adversaires grâce à un élément offensif hors norme, contrairement à la France ou à l’Argentine. Yamal et Nico Williams, si intenables à l’Euro 2024, ne sont pas arrivés au Mondial dans la même forme. Cela n’a pourtant pas déteint sur les performances de la Roja, parce que les hommes du milieu de la sélection espagnole ont tout géré.
Rodri a neutralisé, anesthésié, ringardisé tous ses adversaires, quel que soit leur niveau. Le Portugal et son entrejeu XXL, Neves et Vitinha, qui avaient martyrisé le monde entier avec le PSG, sans oublier Bruno Fernandes, meilleur passeur d’une saison de Premier League ; la France et son armada Mbappé, Dembélé, Olise, Barcola, Doué, qui a réappris le football à Miami face à l’Espagne ; l’Argentine enfin, meilleure attaque de cette 23e édition, capable de marquer lors de seize matchs de Coupe du monde consécutifs, mais incapable de cadrer le moindre tir en 120 minutes. Cette force collective, c’est Rodri qui l’incarne le plus.
Il est le liant parfait. Il l’a déjà démontré à Manchester City : il y a une équipe de Guardiola avec Rodri, imbattable ou presque, et une autre sans le numéro 16, qui peine à garder la maîtrise du jeu et le contrôle des matchs. Avec lui sur le terrain, la Roja a renoué avec cette domination qu’incarnaient en leur temps d’autres milieux d’exception, Busquets, Iniesta, Xavi.
Rodri, c’est aussi cette plaque tournante qui manque le plus souvent aux équipes africaines : ce joueur calme qui gère le tempo, première rampe de lancement de la construction, capable de résister à n’importe quel pressing devant sa défense ; ce joueur qui, sans le ballon, voit tout le jeu et place bien ses coéquipiers. Il n’a besoin ni de marquer ni de délivrer des passes décisives pour exister. Il est simplement indispensable à la survie de son équipe. Il en est l’oxygène, le souffle qu’on ne voit jamais mais sans lequel rien ne fonctionne normalement.
D.V.







