Eldorado : Le sabre pour Lamouchi !
Le rêve américain de Sabri Lamouchi est en train de virer au cauchemar. Et à bien y regarder, c’est peut-être toute son histoire avec la Coupe du monde qui ressemble à une malédiction. Déjà comme joueur, l’ancien milieu de terrain faisait partie des “oubliés” d’Aimé Jacquet en 1998. L’un des cinq réservistes sacrifiés avant le Mondial organisé… et remporté par la France. Une blessure invisible mais profonde pour celui qui n’aura jamais connu la grand-messe mondiale avec les crampons aux pieds.
C’est finalement sous le costume de sélectionneur qu’il découvrira la Coupe du monde. Mais là encore, le destin lui sera cruel. En 2014, à la tête d’une génération dorée ivoirienne (Yaya Touré, Drogba, Gervinho, Aurier, Kolo Touré), Lamouchi échoue dès le premier tour. Les défaites contre la Colombie et surtout contre la Grèce restent encore incompréhensibles tant les Éléphants semblaient supérieurs. Cet échec lui coûtera sa place, et l’ironie du football voudra que son successeur, Hervé Renard, offre moins d’un an plus tard la CAN à la Côte d’Ivoire.
Douze ans après, le scénario se répète presque tragiquement. Son aventure avec la Tunisie tourne au désastre après un seul match du Mondial. Et elle met surtout en lumière un mal chronique du football africain : l’impatience des fédérations et l’absence de vision à long terme.
Car Trabelsi, le prédécesseur de Lamouchi avait bâti quelque chose. Sans être spectaculaire, sa Tunisie était cohérente, disciplinée et surtout extrêmement solide défensivement. Les Aigles de Carthage ont terminé les qualifications sans encaisser le moindre but en dix matches. Oui, la CAN avait laissé un goût d’inachevé offensivement. Mais cette équipe avait une identité : solidarité, rigueur et générosité collective.
En décidant de changer de sélectionneur à quelques mois de la Coupe du monde, la Fédération tunisienne a cassé cet équilibre. Et les conséquences sont brutales. Non seulement la Tunisie ne marque toujours pas, mais elle a perdu ce qui faisait sa force : sa défense. Avant même la gifle reçue face à la Suède (5-1), les Tunisiens avaient déjà sombré contre la Belgique (5-0) puis perdu contre l’Autriche (1-0), malgré plus de 70 minutes en supériorité numérique. Le bilan de Lamouchi est terrible : 2 buts marqués, 11 encaissés en cinq matches.
Et si son limogeage en pleine Coupe du monde venait à être confirmé, ce serait une immense humiliation pour l’ancien international français. Une nouvelle désillusion mondiale pour celui que la Coupe du monde semble décidément refuser depuis toujours.
D.V.






