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Ligue 1 – Ouakam : Jaraaf : carton plein pour la violence

La rencontre entre l’US Ouakam et le Jaraaf de Dakar, disputée ce samedi au stade municipal de Ngor dans le cadre de la 28e journée de Ligue 1 sénégalaise, a été émaillée de plusieurs incidents. Jets de projectiles, blessure d’un arbitre, usage de gaz lacrymogènes et agressions verbales ont marqué un après-midi tendu.
Témoignages, faits vérifiés et contenus publiés sur les réseaux sociaux.
Une rencontre sous haute tension
Dès l’avant-match, des tensions ont été observées dans les tribunes. Des échanges de projectiles ont eu lieu entre supporters, alors que le coup d’envoi n’avait pas encore été donné.
Au cours de la première mi-temps, l’ouverture du score du Jaraaf a provoqué des jets de projectiles depuis la tribune ouakamoise, accompagnés d’insultes. Après l’égalisation de Ouakam, les supporters du Jaraaf ont réagi de manière similaire. Des images filmées depuis les tribunes témoignent de la tension ambiante.
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Peu avant la pause, les forces de l’ordre ont procédé à la mise en sécurité du but du Jaraaf, démonté et évacué de la pelouse par mesure de précaution.
Blessés, insultes et confusion en fin de rencontre
Plusieurs incidents ont été enregistrés à la fin du match :
•Un arbitre a été blessé à la jambe gauche après avoir été touché par un projectile. Il a été évacué par les agents de sécurité.
•Une personne a perdu connaissance sur la pelouse et est restée longuement allongée avant d’être prise en charge par les pompiers.
•Deux reporters de Dsports ont été insultés dans la tribune par des supporters du Jaraaf.
•Enfin, de nombreux supporters et journalistes sont restés bloqués à l’entrée du stade, malgré des billets valides ou des accréditations.
Témoignages croisés
Un supporter ouakamois, qui a requis l’anonymat, a confié : « Je pense qu’on est tous responsables. Déjà, le stade ne peut pas accueillir un tel choc. Le parcage des ultras visiteurs est à côté de la loge presse, ce n’est pas logique. Le comportement de certains acteurs sur le terrain amplifie la tension. L’arbitrage est catastrophique. Et les boys ne peuvent pas gérer leurs émotions, mal éduqués sûrement. Le dispositif sécuritaire est insuffisant. Les forces de l’ordre aggravent les tensions avec les gaz lacrymogènes. »
Le journaliste François Diouf, du Journal de Dakar, présent sur les lieux, analyse : « À Ngor, il était prévu d’évacuer les supporters du Jaraaf en premier, mais ceux de Ouakam avaient déjà commencé à quitter. Le croisement sur les escaliers a provoqué une bagarre. En Europe, les supporters ne se croisent pas. Nos stades sont mal conçus, et les sanctions de la Ligue sont trop molles. Il faut des retraits de points, des huis clos. »
Du côté des supporters du Jaraaf, Abdoulaye Diallo, créateur de contenu, affirme : « Les supporters du Jaraaf étaient sur leur tribune. D’un coup, il y a eu des jets de pierres venant de Ouakam. Les Jaarafois ont réagi, c’est comme ça que la bagarre a commencé. »
Il ajoute : « L’usage des lacrymogènes devrait être en dernier recours. Mais ici, les policiers les utilisent trop tôt. Ça crée de la panique, ça peut mettre des gens malades en danger. Et les jeunes sont très indisciplinés : ils viennent avec pour objectif d’en découdre. Ce match n’aurait jamais dû être joué dans un stade aussi petit que celui de Ngor. »
Lamine Sembene, responsable marketing et communication de l’US Ouakam, explique :  » Dans la tribune annexe loge des ouakamois, avant même que le match ne démarre, les supporters du Jaaraf qui étaient de l’autre côté de l’annexe loge ont commencé à jeter des projectiles, des sachets et bouteilles d’eau aux supporters ouakamois, qui, sous l’effet de l’excitation et de la colère, ont réagi. Nous, dirigeants du club, avons tant bien que mal réussi à les calmer et à faire en sorte que ce match, qui devait ressortir la beauté du football sénégalais puisse se tenir. Bien que les supporters jaarafois ont continué à provoquer les nôtres pendant le match, nous avons fait de notre mieux pour qu’ils ne réagissent pas et se concentrent sur le match pour soutenir nos joueurs. »

Avant de déplorer : « Rien, absolument rien, n’explique que les gendarmes aient eu à recourir au gaz lacrymogène, d’autant plus que ce sont eux qui ont bloqué les supporters ouakamois qui voulaient sortir par la porte qui mène vers la route principale de Ngor. Non seulement ils ont bloqué les supporters mais ils leur ont jetés du gaz lacrymogène quand ils ont voulu se sauver au moment où les jets de pierres ont commencé de l’autre côté. C’est donc la réaction des gendarmes qui a attisé la tension et installé une panique totale à la fin du match, surtout avec l’usage de gaz lacrymogène. »

Et de conclure : « Ce match devait vraiment être une fête du football sénégalais, surtout sur le terrain entre les 22 acteurs, d’autant plus que nous avions pris toutes les précautions pour assurer un déplacement encadré et pacifique de nos hôtes. Les amateurs et amoureux du foot ont répondu présent et le match était effectivement attendu. Hélas, les décisions arbitrales très contestables et le comportement pas du tout impartial du Commissaire du match ont clairement influencé l’issue du match et suscité une grande frustration. Une situation que nous déplorons profondément, car elle a contribué à envenimer la violence constatée. »

Une problématique récurrente
Les violences constatées lors de ce match s’inscrivent dans une tendance plus large observée ces dernières saisons dans le football sénégalais. Plusieurs clubs — notamment Jaraaf, Pikine, Teungueth, Ouakam, Guédiawaye FC — ont été concernés par des incidents à répétition.
La configuration des stades, la gestion du public, le manque de formation des forces de l’ordre et la légèreté des sanctions disciplinaires sont régulièrement pointés du doigt.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, aucune communication officielle n’a été faite par la Ligue sénégalaise de Football professionnel (LSFP) sur d’éventuelles sanctions. Les événements de Ngor relancent le débat sur la sécurisation des enceintes sportives et la responsabilité partagée des différents acteurs du football local.
Par Khadim DIAKHATÉ

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