Malang Sarr, ce roc endurant
Il est annoncé comme la future recrue de Pape Thiaw. Un joueur dont le parcours singulier laisse place difficilement à l’indifférence. Entre ascension fulgurante et chutes à répétition, Malang Sarr s’est souvent relevé, comme pour mieux avancer. Et sa future venue peut bien permettre d’étoffer encore plus une sélection devenue consciente de l’importance d’un effectif de qualité dans le football d’aujourd’hui.
Parcours d’un combattant
La trajectoire de sportive Malang Sarr n’est pas commune. Formé à Nice, le Roc a vite marqué les esprits. Alors qu’il faisait encore ses classes chez les Aiglons, jusqu’à intégrer l’équipe réserve (2016), il avait aussi tapé dans l’œil des sélectionneurs français de jeunes. Il dispute son premier match de Ligue 1 lors de cette même année face à Rennes. Entre 2014 et 2017, Sarr qui avait déjà commencé à séduire aussi par sa polyvalence (latéral gauche et défenseur central), totalise 44 matches avec les sélections françaises, répartis entre les U16, 17, 18, 19, 20 et 21. Sarr était promis à un bel avenir, sa puissance, sa solidité dans les duels, et sa vitesse malgré une corpulence trompeuse sautaient à l’œil. Et après 31 matches pour sa première saison en pro, le natif de Nice est présenté comme la pépite, celui à qui on trace volontiers un chemin vers l’équipe de France A. Mais la trajectoire de Malang Sarr n’a jamais été rectiligne.
Entre blessures, méforme, et aussi prestations irrégulières parfois ponctuées par des erreurs défensives à répétition, un manque de régularité qui va le plomber dans sa progression. Il ne verra jamais l’équipe de France. Son transfert à Chelsea, en 2020 aurait pu être celui de la remise en question, pour pourquoi pas, se relancer. Mais là aussi l’aventure tourne court, il est prêté à Porto dès le mois d’Octobre, puis deux saisons successives à Monaco. Avant de poser ses valises à Lens lors de la saison 2024-2025. Il est loin le temps où Malang était présenté comme le grand espoir, ses allers et retours en prêt, l’instabilité connue entre les différents clubs l’ont freiné en plein élan. Malgré ce parcours sinueux, Sarr a montré pourtant, sur certaines séquences, qu’il avait tout d’un grand. Quand il est confiance, il peut « « manger » ses adversaires, en plein lumière. Et il a pour lui qu’il n’a joué que pour des grands clubs, ou pour des équipes dont la popularité ne souffre d’aucune contestation.
Ce que Malang Sarr peut apporter au Sénégal
La stabilité, c’est qu’il y a peut être de plus précieux dans le haut niveau. C’est ce dont Malang Sarr commence à bénéficier avec Lens, une deuxième saison consécutive. A 27 ans, Sarr a peut-être muri. Et le système et les idées de jeu de Pierre Sage collent à son profil de défenseur imposant dans les duels. Titulaire indiscutable et pilier de la défense, Malang Sarr délivre la plus belle saison de sa carrière. Taulier d’une équipe lensoise au coude à coude avec Paris en Ligue 1 et demi-finaliste de la coupe de France.
Et puisque l’ancien joueur de Chelsea surfe actuellement sur la vague, cela peut être bénéfique pour l’équipe nationale du Sénégal, qui disposerait d’une solution de rechange en plus. Avoir Sarr en back up ne serait pas de luxe et en football les impondérables peuvent vite arriver, sans prévenir.
S’il est vrai que l’axe de la défense est pourvu en qualité et en quantité, on a bien vu lors de la dernière Can que tous les joueurs ne sont pas au meilleur de leurs formes au même moment. Même le capitaine et leader de défense Kalidou Koulibaly a vacillé par moment. Rien de mieux que la concurrence pour une émulation, chaque élément jouant sa place à chaque sortie.
Et la venue de Sarr pourrait aussi permettre au sélectionneur national d’élargir sa palette tactique, et de travailler sur le 3-4-3. Ce système qui a fait des merveilles lors de la finale de la Can. Ce changement tactique a d’ailleurs été un des éléments décisifs de cette finale. Les à coté ayant peut-être obstrué le débat sur ce passage d’un 4-3-3 en 3-4-3 de Pape Thiaw, car c’est à partir de ce moment que le Sénégal a pris le dessus sur le Maroc dans le jeu, avec un côté droit notamment intenable. Pape thiaw a compris qu’il a des joueurs qui peuvent jouer dans plusieurs systèmes, et des profils qui peuvent s’adapter et glisser d’un poste à l’autre en cours de match. Et Malang Sarr connait bien ce système puisque c’est celui de Pierre Sage aussi avec des phases de jeu qui rappellent celle de la sélection sénégalaise : intensité, pressing et contre pressing, alternance entre transition rapide et possession de balle, et capacité à créer le danger à partir des ailes.
Le droit à une seconde chance
Le monde se porterait peut-être mieux si les joueurs n’étaient scrutés qu’à travers ce qu’ils font avec leurs pieds. Les propos de Malang Sarr qui disaient qu’il préférait jouer avec la France font débat. Il est vrai que les joueurs doivent soigner leur communication, parfois même parler moins surtout sur les questions d’avenir, car l’avenir est souvent synonyme d’incertitude. Mais au-delà de toutes ces considérations, tout le monde devrait bénéficier d’une seconde chance. Et puis, le plus important en général ce sont les actes. Un joueur a beau semblé mépriser un maillot et venir le mouiller comme il faut. Les derniers exemples en date sont Bouna Sarr et Nampalys Mendy, qui ont fini champions d’Afrique. Si Malang Sarr est convoqué et qu’il donne tout pour le maillot national, ses paroles d’antan seront vite oubliées. Ou la valse des polémiques dans le football circus, comme dirait l’autre.
Aziz Kane






