Reportage I Chaos, insécurité et tensions au Stade des Martyrs
Kinshasa a vécu une soirée électrique hier lors du match entre la RDC et le Sénégal (2-3), marqué par de graves manquements sécuritaires et des scènes de chaos qui ont mis en danger joueurs, officiels et journalistes.
Dès la matinée, la situation avait pris une tournure inquiétante. Le Stade des Martyrs, dont la capacité est estimée à 80 000 places, s’est retrouvé surchargé après la vente de plus de 100 000 billets. Selon plusieurs témoins, la Fédération congolaise aurait même mis en circulation des tickets restants d’un match contre le Soudan pour gonfler les ventes. Résultat : dès midi, l’enceinte était déjà pleine à craquer.
À l’extérieur, la foule frustrée a forcé les entrées. Chaque porte a été défoncée par des supporters qui cherchaient à accéder au stade. Même la loge présidentielle a été envahie. Le président de la Fédération sénégalaise de football, Abdoulaye Fall, n’a d’ailleurs pas pu suivre le match depuis son siège.
La tribune presse a été particulièrement ciblée. Les journalistes sénégalais ont été pris à partie par des supporters congolais qui leur lançaient des bouteilles remplies… d’urine. « C’était du n’importe quoi », confie un reporter. Pire encore : « Quand on croisait des policiers, ils nous lançaient : si vous gagnez, vous ne sortirez pas d’ici ».
Au coup de sifflet final, les joueurs sénégalais sont restés bloqués dans les vestiaires pendant plus de trois heures, avant d’être escortés vers l’aéroport aux alentours de 21 heures. L’escorte initiale était minimale : aucune moto, juste une voiture de police. Ce n’est qu’après une intervention ferme du représentant de la FIFA que des véhicules blindés ont finalement été dépêchés.
Des journalistes congolais exemplaires
Les dirigeants sénégalais ont dû hausser le ton. Abdoulaye Saydou Sow a notamment exigé que la sécurité des supporters sénégalais soit garantie avant toute sortie des joueurs : « Tant que nos supporters ne sont pas protégés, les joueurs ne bougent pas », a-t-il martelé.
Le climat était tendu depuis l’aéroport. À l’arrivée des Lions, des supporters congolais avaient ouvert les vitres du bus sénégalais sans aucune réaction des forces de l’ordre. Les policiers présents assuraient « n’avoir reçu aucun ordre ».
Si les autorités congolaises ont failli, les journalistes locaux, eux, ont été exemplaires. Ils ont protégé et accompagné leurs confrères sénégalais, allant jusqu’à exiger eux-mêmes des escortes policières. « Ils ont pratiquement joué le rôle d’agents de sécurité », témoigne un reporter sénégalais.
Les supporters sénégalais présents au stade ont été évacués dès le troisième but, par mesure de sécurité. Mais certains ont été violemment pris à partie.
Paco, figure emblématique du 12e Gaïndé, a notamment été agressé et fouetté à coups de ceintures à son entrée dans le stade.
Un match marqué par un exploit sportif des Lions, mais terni par un désastre organisationnel et sécuritaire qui restera dans les mémoires.
Mbaye Sène, envoyé spécial à Kinshasa






