Retour du cumul : échec de la première expérience
Pari perdu. Ce dimanche, Malick Daf devait courir deux lièvres à la fois : qualifier le Sénégal à la prochaine CAN U20 en dominant la Guinée en demi-finale, au Mali, et hisser Teungueth FC en phase de poules de la Ligue des champions de la CAF, au Cameroun. Mais comme il n’a pas le don d’ubiquité, le technicien avait choisi de se rendre à Yaoundé. Il rentre finalement bredouille, sans aucun gibier dans la besace.
Un premier échec retentissant pour le cumul des fonctions de sélectionneur et d’entraîneur de club, remis au goût du jour avec l’avènement d’Abdoulaye Fall à la tête de la Fédération sénégalaise de football (FSF) et de Souleymane Diallo au poste de directeur technique national. Une pratique qui avait été interdite depuis 2021 et à laquelle Malick Daf avait dû renoncer à l’époque, en faisant un choix clair : quitter le Jaraaf pour se consacrer pleinement à la sélection U20.
Un choix qui s’était révélé payant. À la tête des Lionceaux, il avait décroché le titre de champion d’Afrique U20 en 2023, l’un des plus grands exploits de l’histoire des sélections sénégalaises avec six matchs, six succès, 14 buts marqués, zéro encaissé. De retour sur les bancs des clubs, il a également renoué avec le succès, en remportant deux titres de champion du Sénégal en trois saisons avec Jaraaf et Teungueth FC. Un parcours qui nourrit forcément le débat sur la pertinence du cumul des fonctions.
Le retour à la situation d’avant est-il une bonne idée ? L’expérience de Malick Daf rappelle, en tout cas, les limites d’un dispositif qui expose un même technicien à des exigences sportives, logistiques et organisationnelles particulièrement lourdes. Entre les impératifs d’une sélection nationale, les échéances d’un club engagé sur la scène continentale et les déplacements parfois incompatibles, comment garantir une présence optimale sur tous les fronts ? Et surtout, comment éviter que l’un des deux employeurs ne finisse par payer le prix de cette double responsabilité ?
Le cas de ce dimanche est révélateur. En privilégiant le rendez-vous du Cameroun, Malick Daf a laissé les U20 disputer sans lui une rencontre capitale à Bamako. Deux objectifs, deux échecs, même si la présence du technicien sur l’un ou l’autre banc n’aurait évidemment pas garanti un résultat différent. Il serait donc hasardeux de faire du cumul l’unique explication de cette double désillusion. Mais cet épisode met crûment en lumière le dilemme auquel expose cette formule.
Faut-il pour autant condamner définitivement le cumul ? L’échec de Malick Daf constitue-t-il un avertissement suffisant pour revenir au système précédent, qui avait notamment permis au Sénégal de bâtir une sélection U20 performante ? Ou n’est-il qu’un accident de parcours, un revers qui ne saurait, à lui seul, remettre en cause les choix du duo Abdoulaye Fall-Souleymane Diallo ?
La question mérite d’autant plus d’être posée que, parmi les sélectionneurs en poste, Malick Daf est le seul entraîneur principal à diriger également un club de Ligue 1. Ce caractère isolé rend son expérience particulièrement scrutée. Son cas doit-il être considéré comme une exception, rendue possible par son profil et son vécu, ou comme le premier test d’une politique appelée à s’élargir ?
Au-delà des résultats du week-end, c’est donc la philosophie de gestion des équipes nationales qui se retrouve sur la sellette. Le cumul peut-il favoriser la continuité entre le football local et les sélections, valoriser les techniciens du championnat et leur offrir davantage de responsabilités ? Ou risque-t-il, au contraire, de fragiliser les deux projets en dispersant l’attention et l’énergie de ceux qui en ont la charge ?
Une chose est sûre : une fonction de sélectionneur national ne se résume pas aux seuls jours de match, pas plus que la direction d’un club engagé en championnat et en compétitions africaines. Préparation, suivi des joueurs, recrutement, gestion des vestiaires, déplacements et arbitrages sportifs exigent du temps et une disponibilité permanente.
À la FSF et à la Direction technique nationale d’en tirer les enseignements, sans céder ni à la condamnation précipitée ni à l’entêtement. Car si un revers ne suffit pas à condamner une politique, il doit au moins servir à l’évaluer.
Demba VARORE







