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Teungueth – Gorée : Le goût du café Touba et l’odeur de la passion, la Ligue 1 est de retour

Samedi après-midi, le vieux stade Ngalandou Diouf de Rufisque a renoué avec la fièvre du football local. Sous un ciel légèrement voilé et une chaleur tempérée, le coup d’envoi de la saison 2025-2026 de Ligue 1 sénégalaise a été donné dans une atmosphère de fête, entre ferveur populaire, organisation rigoureuse et curiosité autour de la nouvelle équipe dirigeante de la Ligue sénégalaise de football professionnel (LSFP).

Sur le terrain, Teungueth FC et l’US Gorée se sont quittés dos à dos (0-0). Dans les tribunes, la passion a fait le reste.

Une reprise dans l’effervescence

Aux abords du stade, l’ambiance était déjà électrique bien avant le coup d’envoi. Les trottoirs ont retrouvé leurs couleurs familières : les vendeurs ambulants, les supporters, les cris, les odeurs.

Un jeune garçon, thermos en main, proposait du café Touba brûlant à dix mètres du portail principal. Plus loin, une femme installée sur un tabouret en plastique offrait du jus de bissap et du gingembre glacé à des groupes de jeunes vêtus des couleurs bleu et blanc de Teungueth. Des effluves de poisson grillé, venus des gargotes voisines, flottaient dans l’air chaud de Rufisque. Le football sénégalais reprenait vie, dans toute sa dimension populaire.

Dans la file d’attente, un vieil homme, casquette bleue vissée sur la tête, confiait : “Depuis juin, on attend ce moment. Gorée, ce n’est pas n’importe qui. Et Teungueth, c’est la fierté de la banlieue.”

Sur le parvis, les chants s’élevaient déjà. Les supporters de Teungueth FC, regroupés derrière la grande tribune, battaient le tambour au rythme des sifflets et des youyous. En face, les fidèles de Gorée brandissaient leurs drapeaux bleus, scandant “Gorée mooy rew !”.

Entre eux, quelques vendeurs d’arachides tentaient de se frayer un passage. Le football sénégalais, une fois encore, se vivait autant dans les tribunes que sur le rectangle vert.

Une organisation nouvelle, un ton plus professionnel

Pour cette ouverture, la nouvelle direction de la LSFP avait mis les petits plats dans les grands. Les entrées étaient bien balisées, les fouilles renforcées, les agents de sécurité présents à chaque couloir. Un drone survolait même le stade, symbole d’une ère où la ligue veut moderniser son image.

À la tribune officielle, les nouveaux responsables prenaient des notes, observant la logistique, la pelouse, le comportement des officiels. Un membre du comité confiait, un carnet à la main : “Nous voulons que la Ligue 1 redevienne un produit crédible, attractif et bien organisé. C’est un chantier, mais c’est notre mission.”

La police et les stadiers ont assuré un déroulement sans incident, une réussite saluée par les observateurs.

Le match : prudence, fatigue et regrets

Sur le terrain, le spectacle a tardé à suivre la ferveur des gradins. Les deux entraîneurs, Malick Daf (Teungueth) et Aly Male (Gorée), s’observaient comme deux joueurs d’échecs. La première période fut cadenassée : peu de prises de risques, un jeu haché, des imprécisions. À la pause, le public sifflait gentiment, réclamant “du vrai foot sénégalais”.

Au retour des vestiaires, Malick Daf décidait de changer les choses : Raphaël Ndong et Khalifa Ababacar Diop faisaient leur entrée. L’ancien de Gorée, Rafael Ndong, faillit d’ailleurs tromper son ex-club sur une frappe surpuissante qui s’écrasa sur la barre transversale. Quelques minutes plus tard, Khalifa Diop obtenait la première véritable occasion cadrée, repoussée par le gardien Samba Mballo.

Gorée tenta de réagir par Vieux Cissé, mais buta sur une charnière rufisquoise bien en place : Moustapha Guèye et Alassane Ly, impeccables dans l’anticipation. Résultat final : 0-0. Pas de vainqueur, mais déjà quelques enseignements.

Teungueth diminué, mais combatif

L’après-match a révélé une information de taille : six joueurs de Teungueth FC étaient grippés à la veille de la rencontre. Le gardien Pape Abdoulaye Dieng, titularisé malgré son état, avait même été perfusé le matin du match. Dembélé, ancien de la Sonacos, et Raphaël Ndong ont eux aussi joué diminués. Malgré cela, les Rufisquois ont tenu tête à une équipe goréenne expérimentée.

Dans le vestiaire, un membre du staff confiait : “On a joué avec le cœur. Certains ne devaient même pas être sur la feuille de match. C’est ça, Teungueth : la combativité avant tout.”

L’après-match

Au coup de sifflet final, les deux camps se sont salués sous les applaudissements du public. Les chants ont repris de plus belle, cette fois plus fraternels. Les supporters de Gorée ont félicité ceux de Teungueth ; les vendeurs de jus ont profité du flot de sortie pour écouler les dernières bouteilles.

Dans la lumière déclinante du crépuscule, Ngalandou Diouf offrait une image familière : celle d’un Sénégal où le football est plus qu’un jeu, un lien social, une fête populaire. Pour Teungueth FC, orphelin de son gardien historique Marco Diouf parti au TP Mazembé, c’est un nouveau cycle qui s’ouvre. Le brassard de capitaine est désormais confié à Libasse Guèye, tandis qu’en défense, Alassane Ly et Tapha Guèye assurent la relève.

Chez Gorée, la stabilité est le maître-mot : Ousmane Mbengue, Grégoire Sène, Oumar Bâ, Vieux Cissé et Samba Mballo restent les piliers d’un collectif solide.

Un championnat qui se cherche, mais qui vit

Au-delà du score, cette ouverture a offert un message : celui d’un football local qui, malgré ses limites, continue de vibrer au cœur des quartiers, des familles, des marchés et des stades.

Entre les vendeurs de café Touba, les chants des supporters, la discipline sécuritaire et la nouvelle dynamique institutionnelle, le message est clair : le football sénégalais n’a rien perdu de son âme.

Les visages qui quittaient Ngalandou Diouf en disaient long : un mélange de frustration sportive, mais surtout de bonheur retrouvé. Le ballon roule à nouveau, et c’est tout ce qui compte.

Khadim DIAKHATÉ

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