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Avec son brin d’humour Vieux Ba a ironisé sur le temps que cela prend au Sénégal pour avoir l’opportunité de passer la Licence A, le diplôme d’entraîneur qui en principe est exigée pour être sur un banc d’un club d’élite. Plus généralement, en ce 1er mai, l’ancien entraîneur du Stade Mbour et de Mbour PC est revenu dans cet entretien avec Dsports sur la formation des entraîneurs au Sénégal.

Entretien de la semaine

Coach Vieux Ba, le Directeur technique national (DTN) Mayacine Mar a dit la semaine dernière qu’il aimerait instaurer une philosophie de jeu sénégalaise. En tant qu’entraîneur que comprenez-vous par là ?

Par-là, je comprends une identité de jeu commune à toutes les équipes nationales du Sénégal des U15 aux seniors. C’est à dire un projet de jeu dont les orientations techniques et tactiques seront clairement définies par la Direction Technique Nationale et adoptées par l’ensemble des techniciens à la tête des différentes sélections nationales. Cela suppose un plan stratégique pour harmoniser tout ce travail.

N’est-ce pas un risque de formater nos joueurs et de les rendre moins intelligents dans le jeu ?

Aucun risque parce qu’en sélection les joueurs viennent d’horizons divers, de pays différents, de culture du football différente et d’entraîneurs différents. On pourrait penser à un formatage s’il s’agissait de joueurs qui ont subi une même formation dans une culture footballistique identique. Ce qui n’est pas le cas ici.

«Il y a comme une volonté manifeste de ne pas voir les techniciens du cru accéder au plus haut niveau avec les qualifications requises».

Améliorer d’abord la formation des entraîneurs n’est-il pas prioritaire ?

Effectivement, la formation des entraineurs devrait être un axe prioritaire pour la Direction Technique Nationale. Malheureusement, elle n’est pas constante ni régulière et se fait plutôt par le bas de l’échelle. Il y a comme une volonté manifeste de ne pas voir les techniciens du cru accéder au plus haut niveau avec les qualifications requises. Pour obtenir la licence A, il faut avoir 70 ans ou attendre d’être sur son lit de mort (rires).

Justement au Sénégal, quel est le processus pour devenir entraîneur ? A-t-on assez d’entraîneurs qualifiés actuellement ?

Pour être entraîneur, il faut passer par différentes étapes. D’abord il faut avoir la Licence D qui permet de débuter dans le métier comme initiateur de football. En principe, ce parchemin ne permet que d’intervenir dans les écoles ou académies de football dans l’étape de la pré -formation. Normalement tous les deux ans, on doit passer de la licence D à la licence C (1er degré) puis à la licence B (2e degré) jusqu’à la licence A (3e degré). À ce niveau, il est clair qu’il y a un très grand déficit surtout pour officier parmi l’élite où dans les normes, c’est la licence A qui devrait être exigée.

Le plus jeune entraîneur au Sénégal titulaire d’une licence A parait-il est Moustapha Seck qui est cinquantenaire. N’est-ce pas une anomalie, un frein également pour les entraîneurs qui voudraient aller monnayer leurs services à l’étranger ?

À titre de comparaison, ailleurs tu trouveras de jeunes entraîneurs titulaires de la licence A à 30 ans ou de la licence Pro UEFA. Evident que ce manque de constance dans la formation des entraineurs constitue un véritable frein à leur ascension.

On est le 1er mai, comment pensez-vous que l’on peut améliorer le statut de l’entraîneur au Sénégal ?

Étant sous la bannière du Syndicats des entraîneurs de football du Sénégal (Sefs) dont Badara Sarr est le secrétaire général, je vous suggérerais de vous rapprocher de lui pour mieux mettre en lumière les doléances du syndicat des entraineurs.

« La perdition sur le plan technique peut s’expliquer par la diminution de certains jeux ludiques à travers le football de rue qui permettaient aux jeunes d’affiner leur technique dans des conditions particulièrement difficiles ».

Des entraîneurs de clubs professionnels seraient rémunérés à hauteur de 100.000 FCFA. Peut-il y avoir des performances dans ces conditions ?

C’est tout simplement inadmissible. Et dans la pratique, sachez qu’il y’en a ceux qui touchent moins que ça !

On reproche souvent aux milieux sénégalais de ne pas être de fins techniciens. Partagez-vous cet avis ?

Il est évident que le prototype du milieu de terrain sénégalais est beaucoup plus physique que technique. Cependant, on pourrait dire la même chose des milieux de terrain français ou brésiliens qui furent jadis, des joueurs très techniques à l’instar de Tigana, Giresse, Genghini ou Platini. Donc, pour moi, c’est une tendance qui est devenue mondiale. Cette perdition sur le plan technique peut s’expliquer par la diminution de certains jeux ludiques à travers le football de rue qui permettaient aux jeunes d’affiner leur technique dans des conditions particulièrement difficiles.
La relation joueur/ballon n’est pas assez développée chez les jeunes et même beaucoup de coaches accordent désormais plus d’importance au travail physique. Au Sénégal, le concours du jeune footballeur n’est plus dans les agendas. Et pourtant ces critériums (concours technique) permettaient déjà d’entrevoir le potentiel technique des jeunes footballeurs.

Vous avez été coach du Stade Mbour et Mbour PC. Qu’est-ce qui explique cette saison la difficulté des clubs mbourois alors qu’ils ont connu dans un passé très récent de grands résultats ?

Les problèmes du football mbourois sont d’ordres structurels et aussi dus à un manque d’infrastructures. À plus d’une décennie de l’avènement du football professionnel au Sénégal, nos clubs pour la plupart d’obédience traditionnelle (amateurs) peinent à épouser les attributs d’un club professionnel.
Ce sont des clubs qui ne parviennent pas à assurer leur masse salariale ce qui généralement impacte négativement sur le mental des joueurs d’où le manque de résultats probants. En outre, une politique sportive clairement définie fait défaut chez la majorité des clubs mbourois. La formation est au rabais, l’expertise locale pas assez mise à contribution, en plus d’une pression forte et exacerbée par un public trop exigeant qui empêche de construire dans la durée.

Demba VARORE

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