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Carnet de voyage I Casa Sports – Gorée, retrouvailles avec une ville de cœur

Onze ans que je n’étais pas retourné à Ziguinchor, cette ville que les Sénégalais portent souvent dans leur cœur pour sa verdure, même sans l’avoir pour la plupart jamais visitée. Si tout n’était pas centralisé à Dakar, comme on nous l’enseigne dès le primaire avec les leçons sur l’exode rural, et si les autres régions offraient davantage d’opportunités, j’aurais pu m’installer ici… ou même plus au nord, à Saint-Louis, cette ville au charme unique dont je suis tombé amoureux durant mon adolescence.

Fait curieux malgré les difficultés économiques dans les autres régions que la capitale, la première finale du championnat professionnel sénégalais opposait justement les clubs phares de ces deux villes, avec le sacre de la Linguère d’Amara Traoré face au Casa Sports de Demba Ramata Ndiaye qui allait par la suite tout remporter entre 2010 et 2012. Mais très vite, Dakar et sa puissance économique ont repris le dessus : en 16 éditions de Ligue 1 professionnelle, seules quatre ont échappé aux clubs de la capitale (2009, 2012, 2013 et 2022). Saint-Louis (1), Thiès (1) et Ziguinchor (2 fois) restent les seules autres Ligues régionales à avoir un de leur club être champion du Sénégal sous l’ère professionnelle.

Premiers souvenirs

Ma première et dernière fois était aussi pour du foot. Dsports n’était bien entendu pas encore né. J’étais à DTV, du groupe Excaf Telecom, où mon passage a été très bref : seulement 45 jours, dont un mois de travail et 15 jours d’attente d’un salaire qui n’est jamais arrivé. J’ai alors plié mes bagages. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle cela me fait toujours rire de voir, ces derniers temps, des patrons de presse crier à l’injustice quant à la répartition de l’aide à la presse. Peu d’entre eux sont justes : beaucoup ne signent pas de contrats à leurs employés, très peu assurent les cotisations sociales à l’IPRES, rares sont ceux qui payaient des formations à leurs employés lorsqu’ils percevaient des millions dans le cadre du fonds d’appui à la presse. Presque tous roulaient en bolide pendant que ceux qui travaillaient pour eux étaient dans la galère après des mois sans salaire.

Sur un but d’Alioune Beugny Tendeng, le Casa Sports, qui recevait en demi-finale de la Coupe du Sénégal Dakar Sacré-Cœur au stade Aline Sitoé Diatta, s’était imposé 1-0 face à cette équipe, alors en Ligue 2 mais très talentueuse, qui se qualifiera d’ailleurs la même année en finale de la Coupe de la Ligue. C’était en juillet 2015, et Seydou Sané, qui dirige encore le club ziguinchorois, n’avait pas encore fait un an dans son costume de président. Il verra son équipe perdre la finale quelques jours plus tard face à une talentueuse équipe de Génération Foot, portée par un tout jeune et insaisissable Ismaïla Sarr (4-3).

L’année suivante, le Casa Sports perdra encore la finale de la Coupe du Sénégal, cette fois face à NGB et son génie Abdoulaye Ba (0-3). Ce n’est qu’en 2021, après avoir traversé quelques zones de turbulence, que Seydou Sané parviendra à redresser la barre du navire avec un sacre en Coupe du Sénégal contre Diambars, avant d’enregistrer, en 2022, le premier doublé Coupe du Sénégal–Ligue 1 du club, créé en 1969 après la réforme Lamine Diack et issu de la fusion de plusieurs clubs de la région casamançaise, dont le plus prestigieux était sans doute le Foyer Casamance. Jeudi, à Saint-Louis face à l’UGB (N1), le Casa pourra d’ailleurs se qualifier pour une 10e finale de Coupe du Sénégal.

Sur la route de Ziguinchor

Le voyage : une épreuve à part entière

Avant même cette demi-finale, il faut affronter un premier adversaire : la distance. Revenir dans le sud du pays, c’est mesurer à nouveau l’épreuve du trajet.

Départ à 4h du matin, arrivée vers 14h30. Près de 10 heures de route pour parcourir 474 kilomètres, à bord d’une fourgonnette Peugeot-Citroën à trois places, avec Thierno Ba, le chauffeur du jour, responsable adjoint de la production de Dsports et membre du staff d’Ismaïla Lô, avec lequel il a sillonné le Sénégal, l’Afrique et le monde entier à l’époque où le musicien sénégalais était très actif et enchaînait les concerts internationaux ; et Malang Sané, véritable Monsieur Foot local, qui est venu à plusieurs reprises à Ziguinchor pour des reportages et où vit une partie de sa famille.

Sur la route : immersion dans les réalités du pays

Le trajet de 474 kms nous a permis de mesurer combien nos états doivent encore améliorer nos infrastructures routières. Après Mbour, la fin de l’autoroute laisse place à des routes étroites à double sens, saturées de camions et de bus. Chaque dépassement devient un risque, chaque croisement une tension. Le développement d’un pays repose pourtant en grande partie sur la qualité de ses infrastructures routières : elles conditionnent la circulation des biens, la fluidité du commerce et la sécurité des populations. Ici, les marges de progression restent immenses.

Le paysage, lui aussi, interpelle. Des sachets plastiques jonchent les bas-côtés sur des kilomètres. La beauté naturelle du pays peine à émerger. Seuls quelques tronçons entre Senoba, Bounkiling, Bignona et Ziguinchor offrent un décor plus apaisant.

Les opérations “set-setal” et les campagnes de reboisement, lancées en grande pompe par le nouveau régime, semblent déjà s’essouffler. Pourtant, avec de la volonté politique et un suivi rigoureux, des résultats visibles pourraient être obtenus rapidement sur le cadre de vie. Les collectivités locales, notamment les mairies, ont un rôle déterminant : organisation de la collecte des déchets, sensibilisation des populations, entretien des espaces publics. Ce sont des leviers accessibles, mais encore insuffisamment exploités.

À Fatick, dès 7 heures du matin, des élèves attendent au bord de la route, espérant un transport pour rejoindre l’école. D’autres marchent plusieurs kilomètres sous une chaleur déjà écrasante. Une réalité quotidienne qui pose la question de l’accès équitable à l’éducation.

La traversée de la Gambie reste un autre point critique. Malgré la présence du pont, les contrôles se multiplient et ralentissent considérablement le trajet. À l’heure de la mondialisation, la libre circulation des personnes et des biens est essentielle pour dynamiser les échanges économiques entre pays voisins. Or, ces lenteurs administratives et pratiques informelles constituent un frein réel à l’intégration régionale.

Enfin, l’entrée de Ziguinchor elle-même pourrait être davantage valorisée. Une ville aussi symbolique mérite une porte d’accueil à la hauteur de son image.

Ndoffane, le village de ma mère, sur la route de Ziguinchor

Ndoffane, le village de ma mère, sur la route de Ziguinchor

Gorée en bateau

Les joueurs de US Gorée ont, eux, évité cette épreuve terrestre. Les Insulaires ont opté pour le bateau : départ le vendredi à 20h, arrivée le lendemain à 11h. Un voyage plus long, mais plus confortable. « Cela permet de dormir dans des cabines spacieuses et d’arriver reposé », confie un dirigeant du club.

Retour en bus toutefois pour les Insulaires, avant un match prévu ce dimanche à 17h face à un Casa Sports en quête de victoire, sans succès depuis 11 matchs mais solide avec seulement deux défaites en 23 journées de Ligue 1.

D.V.

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