ENTRETIEN I Mamadou Ciré Niang : « Mon objectif c’est réussir légalement ma vie »
Révélé à Diambars, freiné par une blessure, relancé à Yeggo sous les ordres de son père, Mamadou Ciré Niang croit toujours, à 28 ans, à son rêve de jouer en pro en Europe. Le milieu de terrain sénégalais revient pour D-Sports sur son parcours, ses épreuves et ses espoirs.
Tu es originaire de Grand Yoff, un quartier populaire de Dakar. Quel souvenir gardes-tu de tes premières années de foot dans les terrains sablonneux ?
J’ai des souvenirs extraordinaires à Grand Yoff. J’ai grandi là-bas et je jouais des tournois inter-quartiers avec les copains sur le sol sablonneux. C’était des moments de pur plaisir. C’était le début, et c’est plus tard que j’ai compris que je pouvais faire carrière dans le football.
Qui t’a le plus influencé dans ces débuts ? Un entraîneur, un membre de ta famille, un ami ?
C’est mon oncle, Aladji Sonko, qui m’a le plus influencé. Je le suivais partout. Il y a aussi un ancien coach, Ameth Gueye. J’aimais leur football, leur technicité.
À quel moment as-tu compris que tu voulais vraiment devenir footballeur professionnel ?
Au début, je ne connaissais même pas Diambars. J’ai commencé les tests début janvier 2010, mais je ne savais rien du centre. Il y avait plus de 300 jeunes, et à chaque fois, on éliminait des joueurs. Finalement, on a été choisis parmi 4000 candidats, c’était une vraie fierté. C’est là que tu réalises que le football, ce n’est pas juste un jeu. Quand tu entres à Diambars, une structure très bien organisée, tu commences à rêver de devenir pro.
Comment décrirais-tu la vie à l’académie ?
La vie était simple. Ce n’était pas comme à la maison, mais ce n’était pas difficile non plus. On voulait marquer l’histoire de Diambars en remportant des trophées avec les différentes catégories.
Qu’est-ce que Diambars t’a apporté humainement et footballistiquement ?
Avant d’y entrer, j’étais très têtu, mais ils m’ont bien éduqué. Sur le plan footballistique, ils m’ont permis d’avoir toujours une longueur d’avance sur les autres.
Tu as failli partir en Mauritanie, mais tu es resté. Pourquoi ce choix ?
J’ai intégré Diambars grâce à mon coach Samba Gueye, dit « Pathienko ». Il m’a mis en contact avec un agent qui voulait m’envoyer en Mauritanie, mais un de mes oncles m’en a dissuadé. Il m’a conseillé de rester au Sénégal.
Tu as mis ta carrière entre parenthèses pour tes études. Regrettes-tu cette décision ?
C’est une décision que je ne regrette pas. J’ai passé de bonnes années à Diambars. J’ai aussi pris un an pour faire le bac. Mais parfois je me dis que si j’avais continué, peut-être que j’aurais signé pro. C’est un peu regrettable.
Ensuite, tu as connu une grave blessure. Comment as-tu traversé cette épreuve ?
Après le bac, j’ai intégré l’AS Douanes. Mais j’ai eu une double fracture qui m’a éloigné des terrains pendant deux ans. J’étais dans une belle dynamique avant la blessure. Mais je crois en Dieu. Quelle que soit l’épreuve, on ne perd pas la foi. J’avais le soutien de ma famille et de mes amis.
Ton retour s’est fait à Lusitana, puis tu as enchaîné plusieurs clubs. Que retiens-tu de ces expériences ?
Je devais aller à Lusitana avant l’AS Douanes. Le président m’avait appelé, tout était presque ficelé. Après ma blessure, j’y suis revenu. Ce n’était pas une saison facile, car j’étais en retard par rapport aux autres. Ensuite, j’ai joué à RS Yoff, on est montés en Ligue 2. Puis j’ai intégré un centre à Yarakh avant de venir à Yeggo. Ce sont des expériences positives.
Quels sont tes objectifs aujourd’hui ? Le rêve professionnel est-il toujours vivant ?
L’objectif, c’est de réussir légalement dans la vie. Mais l’objectif principal reste de signer en pro. Le rêve est toujours intact.
Quel message adresserais-tu aux jeunes de Grand Yoff qui rêvent de devenir footballeurs ?
Je leur dirais de croire en eux, de travailler dur, et de ne jamais abandonner. Avec la foi et la détermination, tout est possible.
Tu joues à Yeggo, où ton père est aussi ton coach. Comment vivez-vous cette double relation ?
Oui, mon père est mon entraîneur. Mais à l’entraînement, il n’est pas mon père, c’est mon coach. On applique ses consignes. Après, à la maison, il redevient mon père. C’est une relation très claire et bien cadrée.
Est-ce difficile de faire la part des choses entre père et coach ?
Franchement, non. Il est très professionnel, donc ce n’est pas difficile. On fait la part des choses naturellement.
Ressens-tu plus de pression ou plus de confiance ?
Il peut y avoir de la pression, surtout quand il me fait confiance et que je ne suis pas à la hauteur. Mais il ne cesse de m’encourager et de me transmettre de bonnes leçons. Il croit en moi et m’a inculqué beaucoup de valeurs qui me servent encore aujourd’hui.
Quelle est la plus grande leçon qu’il t’ait transmise ?
La foi, l’humilité, le travail. Ce sont des choses qu’il m’a toujours répétées, et qui m’accompagnent encore.
Après le reportage sur Diambars, comment ton entourage a-t-il réagi ?
Beaucoup de personnes m’ont envoyé des extraits du reportage. Elles ont prié pour moi, m’ont donné des conseils. C’était vraiment un plaisir.
Propos recueillis par Khadim Diakhaté







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