Pape Modou Sougou : « Avant, on avait de bons joueurs mais… »
Quatre ans après avoir mis un terme à sa carrière, Pape Modou Sougou revient sur son parcours, de ses débuts à Dakar à l’AS Douanes jusqu’aux sommets de la Ligue des champions avec Cluj, en passant par l’Olympique de Marseille et une dernière aventure record en Inde. Avec sincérité, l’ancien international sénégalais se confie sur son itinéraire, ses choix, ses regrets, mais aussi sa vision du football sénégalais.
Entretien.
Pape Modou Sougou, que faites-vous depuis la fin de votre carrière ?
Pape Modou Sougou : Ça fait maintenant quatre ans que j’ai arrêté ma carrière de footballeur professionnel. J’ai terminé en Asie, à Mumbai. Je peux dire que les raisons qui m’ont poussé à arrêter, c’était en grande partie liées à la situation sanitaire mondiale, le Covid-19. J’évoluais dans des conditions difficiles. Franchement, j’aurais pu jouer encore un ou deux ans de plus, mais ça n’aurait pas changé grand-chose à ma carrière. J’ai donc officiellement pris ma retraite de joueur il y a quatre ans. Depuis trois ans, je suis installé à Amiens. Je m’occupe des attaquants dans le centre de formation, et depuis deux ans, je suis aussi à la tête de l’équipe U15. C’est une belle expérience qui me permet de rester proche du terrain.
Quand avez-vous commencé à réfléchir sur cette reconversion ?
Pape Modou Sougou : Avant même d’arrêter ma carrière, j’avais déjà anticipé ma reconversion. J’ai fait un bilan de compétences pour mieux cerner ce que je pouvais faire après le football. Je suis passionné par ce sport et je voulais absolument rester dans le milieu. Mais pour ça, il fallait savoir dans quelle direction aller et si j’avais les compétences nécessaires. Ce bilan m’a orienté vers le métier d’éducateur, de coach. Et avec mes 18 ans de carrière, je peux transmettre beaucoup à la nouvelle génération. Mais il fallait aussi que je me forme. Car même avec l’expérience, il est essentiel de passer par les formations pour structurer ses connaissances. C’est ce que je fais aujourd’hui : je me forme en continu pour être à la hauteur et apporter ma pierre à l’édifice du football sénégalais.
Avez-vous spécifiquement un projet de retour au Sénégal ?
Mon projet principal aujourd’hui, c’est de continuer à me former. Dans le football, il faut rester ancré dans le présent. On ne peut pas trop se projeter. Mais j’ai toujours en tête un retour au Sénégal. Je ne sais pas encore sous quelle forme : dans une structure de la fédération, à la tête d’une équipe de jeunes ou d’une sélection… L’important, c’est d’y aller étape par étape. Il ne faut pas précipiter les choses. Comme on dit, si tu danses plus vite que la musique, tu risques de te casser les dents.
Et si une opportunité se présentait ?
Si un jour j’ai une opportunité de contribuer au développement du football local, dans un cadre cohérent, je n’hésiterai pas. Je suis Sénégalais, et tout ce que je peux faire pour mon pays, je le ferai avec fierté. Je suis en contact avec des personnes à la fédération : le président, le médecin fédéral (mon oncle), le directeur technique… même certains responsables de centres de formation. Donc je reste connecté.
Vous avez porté le maillot des Lions notamment à la CAN 2008. Que représentait cette sélection pour vous ?
C’est une immense fierté, pour moi et pour ma famille. On ne se rend pas toujours compte de ce que ça représente vraiment. Représenter son pays, c’est quelque chose de grand. Il n’y a pas de mots pour le décrire. C’est plus que du football, c’est une part de notre identité. Par apport à ma carrière en sélection, je le rappelle, j’ai fait pratiquement les sélections de jeunes jusqu’à U23, sélection d’espoir. Et après, j’ai pu jouer avec la sélection principale. C’est notre génération qui a fait la transition de la génération de 2002, tu vois, la génération d’El Hadj Diouf, Henri Camara, Fadiga, Pape Bouba Diop, que le bon Dieu l’accueille au Paradis. C’est après que la génération des Sadio Mané est arrivée. C’est Henri Kasperszak qui m’a permis d’honorer ma première sélection à A. Ce qui m’a permis de faire la CAN 2008 au Ghana.
Vous n’avez pas eu une carrière très longue en sélection. À quoi est-ce dû ?
Je pense que, si je ne me trompe pas, j’ai passé 6 ou 7 ans en sélection nationale. Ce n’est pas rien. Certes, je n’ai pas toujours été titulaire, mais c’est déjà une belle performance d’avoir été convoqué aussi souvent. J’ai à mon actif 15 ou 16 sélections (ndlr : 14 sélections), ce qui n’est pas mal du tout. Donc, même si je n’ai pas eu une très longue carrière en sélection, je considère que c’est honorable.
Que pensez-vous de l’évolution de l’équipe nationale aujourd’hui ?
L’évolution de l’équipe nationale est très positive. Le plus important, à un moment donné, c’était d’apprendre à gagner. Et aujourd’hui, le Sénégal sait comment gagner. Il a aussi fallu structurer les choses, mettre les bonnes personnes aux bons postes, et nommer un bon sélectionneur. C’est ce qui a été fait avec Aliou Cissé. On lui a donné du temps, de la stabilité, et les résultats ont suivi. Je tiens à saluer le travail de la Fédération, dirigée par Maître Augustin Senghor. Il a énormément contribué à cette structuration. C’est grâce à cette organisation solide que le Sénégal a pu remporter la CAN, et pas seulement en équipe A : toutes les catégories nationales brillent aujourd’hui. On voit le développement du football local, la montée en puissance des centres de formation, l’émergence de jeunes talents.
Vous êtes très optimiste…
Franchement, à l’heure actuelle, avec le Maroc, le Sénégal fait partie des meilleures sélections d’Afrique. Et pas seulement sur une courte période, mais dans la durée. Parce que gagner une fois, c’est bien. Mais rester au sommet, c’est ce qu’il y a de plus difficile. Aujourd’hui, le défi, c’est de se réinventer. Le football est en perpétuelle évolution. Il faut sans cesse innover, avoir de nouvelles idées, continuer à progresser. Et je pense que les dirigeants en sont conscients. Ils travaillent dans la continuité avec une bonne base. Je suis optimiste pour l’avenir du football sénégalais. On continuera à gagner. Avec Pape Thiaw aussi. Mais au-delà des hommes, c’est tout le système en place qui fait la différence. Avant, on avait de très bons joueurs, mais on ne gagnait pas. Aujourd’hui, c’est toute une organisation qui permet d’atteindre les sommets.
Et comment voyez l’évolution du football local au Sénégal ?
C’est la formation qui est la base du développement du football. Et aujourd’hui, des structures comme Diambars, Génération Foot, Dakar Sacré-Cœur ou d’autres, jouent un rôle fondamental dans l’essor du football sénégalais. Mais attention : ce que je remarque aussi, c’est la disparition progressive des clubs traditionnels. Et c’est un vrai problème. On a besoin de clubs traditionnels forts, avec une vraie identité, une histoire, des supporters. Des clubs comme la Jeanne d’Arc, ou les grandes équipes régionales de Saint-Louis, Diourbel, Kaolack… Toutes les grandes villes avaient leur club fort, enraciné dans la culture locale. Il faut que ces clubs retrouvent leur place. Les centres de formation sont essentiels, mais ils doivent coexister avec des clubs historiques puissants. La formation peut être une passerelle, un tremplin vers l’Europe ou vers les clubs professionnels, comme Metz ou Rennes. Mais le football local ne peut pas se développer sans une base solide de clubs traditionnels.

Replongeons dans votre carrière en club, à vos débuts au Sénégal jusqu’à votre départ en Europe ?
J’ai eu une carrière de 18 ans dans le football professionnel. Comme tout gamin au Sénégal, j’ai rêvé de devenir footballeur. Je suis passé par le sport-études à Mbour avant de rejoindre mon oncle Mbaye Diouf Dia à l’AS Douanes à Dakar. C’est là que j’ai commencé à côtoyer les sélections de jeunes. Par la suite, je suis parti au Portugal. Mon parcours a été un peu en dents de scie, parce qu’à la base, j’étais un peu en retard par rapport aux autres. Pas dans le sens technique, mais physiquement et dans la maturité. Mais je me suis rattrapé. Je fais partie de la génération de Papis Demba Cissé, Nicolas Ndione, Ibou Ba « Presi » à la Douane. À notre époque, il n’y avait pas autant de centres de formation structurés comme aujourd’hui. Nous, on passait par les clubs traditionnels. Ce n’était pas aussi structuré, mais c’était formateur. Le football sénégalais a toujours été un vivier. La différence aujourd’hui, c’est l’organisation. Mais je pense qu’au niveau mental, notre génération était peut-être mieux préparée. Le championnat était plus développé, ce qui nous a permis d’être compétitifs rapidement.
Comment votre transfert à l’OM s’est-il concrétisé ?
Depuis que j’étais au Portugal, à Coimbra, Marseille me suivait déjà. Ensuite, quand je suis parti en Roumanie, ils ont continué de me suivre. Le déclic, ça a été mes matchs en Ligue des champions, notamment celui contre Bâle en Suisse, où j’ai mis un doublé. C’est ce match qui a tout déclenché. C’était un rêve de gosse. Depuis tout petit, j’étais supporter de l’OM. Le fait de signer là-bas, c’était incroyable. Mais je suis arrivé lors du mercato d’hiver, en janvier, et l’équipe était déjà bien en place. On a terminé deuxième derrière le PSG d’Ancelotti, ce qui reste une bonne performance.
Vous avez senti beaucoup d’attentes à votre arrivée ?
Il y avait effectivement des attentes. J’ai été soutenu par le staff, que ce soit José Anigo, Elie Baup ou même Marcelo Bielsa ensuite. Je jouais régulièrement, j’étais le 12e ou 13e homme. Même si je n’étais pas toujours titulaire, je rentrais quasiment à chaque match. Les statistiques n’ont pas été à la hauteur de ce que j’espérais, c’est vrai. Mais je pense que mon passage à Marseille reste positif. C’est moi qui ai décidé de partir à Evian ensuite. Je voulais jouer davantage. Rester 12e ou 13e homme, ce n’était pas suffisant à ce moment de ma carrière.
Regrettez-vous ce passage à l’OM ?
Aucun regret. Marseille, c’est un honneur. J’ai toujours dit que c’était un rêve d’y jouer. J’ai représenté un grand club, une institution. Que du bonheur.
Pourquoi, selon vous, les Sénégalais peinent-ils à s’imposer durablement à Marseille ?
Marseille, c’est un club particulier. Là-bas, le temps n’existe pas. C’est le présent qui compte. Tu dois t’imposer tout de suite. Iliman Ndiaye, Ismaila Sarr, ce sont deux très bons joueurs. Ils sont arrivés dans un contexte de transition. Leur passage n’est pas un échec, ils ont montré de belles choses. Et ils ont su rebondir ensuite, notamment en Angleterre.
Est-ce un problème de pression, d’intégration, ou d’image ?
Pas vraiment. La pression, ils savent la gérer. L’intégration non plus, surtout pour Iliman, qui connaît bien Marseille. Je pense que le contexte du club au moment de leur arrivée n’était pas idéal. Mais ils ont prouvé ensuite leur niveau. Et pour moi, réussir en Angleterre, c’est une vraie confirmation. Derrière, ils ont pu se relancer en Angleterre. Après, parce que moi, je me dis que si tu réussis en Angleterre, ça veut dire que tu es un bon joueur. Après, derrière, par rapport à Ismaila, il n’a pas pu enchaîner parce que parfois il a eu des pépins physiques. On peut dire que leur passage à Marseille est plus ou moins bons mais le cadre n’était pas facile pour eux. Marseille est un cadre un peu difficile.
Quel a été le moment le plus fort de votre carrière ?
Clairement, mon passage à Cluj, en Roumanie. On a été champion, on a fait une grande saison, et surtout une belle campagne de Ligue des champions. C’est là que je me suis révélé en Europe. J’étais même l’un des meilleurs passeurs des phases de groupes cette saison-là. Et le summum de ma carrière, je peux dire le prime de ma carrière, c’est cette campagne là-bas que j’ai faite en Champions League avec Cluj.
Et l’Inde ? Une destination inhabituelle…
C’était une super expérience. À Mumbai, je suis devenu le meilleur buteur de l’histoire du club sur une saison, et aussi sur un match avec un quadruplé. Des grands noms sont passés par là comme Anelka ou Diego Forlán, mais moi, j’ai battu tous les records d’un attaquant au club. Cette fin de carrière m’a permis de découvrir une autre culture et un autre football. C’était très enrichissant. Jusqu’à présent, ces records n’ont pas été battus et de passage. Et l’Inde m’a permis de découvrir un autre championnat, une autre culture.

Propos recueillis par Khadim DIAKHATE – Dsports.sn








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